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Full text of "New Deal fairy tales"

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^-. . '' 



/l^f<»/uf»« Jci^^U^ 



V^^ F-t-.ir: A, \ggo 



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111 



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K^^A 



V 



^t44 A**^ Y^ wv»c\-vu^ 



.-•• u 






HISTOIRE 

DU SINGLE 

D' ALEXANDRE, 

/ivec quelques Reflexions fur ceuxi 
^ui Pont precede* 




A AMSTERDAM. 



M. DCC LXH, 




^ 



UNWERSITV 
2 2 OCT 1986 
OF OXFORD 




E P I T R E 

t>EDtCATOIRE 

A S A M A J EST 3^ 

LE ROI DE POLOGNE, 

DUC DE LOsRRAINE £T DiE BAR. ' 




I RE. 



Pour menhardira offrirthij^ 
foire du Jiecle i Alexandre a un 
Roi^ il Jalloit trouver un Prince 

aij 



ir E P I T R E. 

ami de la verite y qui aprls sitre 
dlflingui a la tete des armies par 
la plus haute valeur^ eutfait taire 
. I ambition y pour ecouter le cri dc 
La nature , SC fefut contented' uif- 
pirer des Jentiinens tels que la re-* 
connoijfance en fait na£tre dans 
le co^ur desfujets heureux. 

Ce Prince , SIRE ^ P Europe 
entiere m^a appris qu!il regnoit en 
Lorraine , SC quiljyfaifoit regner 
avec lui des vartus Jouvent negU^ 
gees ou meconnues des keros Iqs 
plus celehres. Cejl done a ceRol 
Philofophe SC Bienfaifanf que 
fofe pr if enter le peu que fai icrit 
furies exploits iungraiidhommtp 

J^QTKE MAmsTt me pardon^ 
nerafans dome £ avoir fait des 
ri flexions vraies fur la gloire dir 
plorahle des conquirans. Elle 
ffoit bien que Qehxis-Kan , Ma-^ 
hornet fecond ^ Thomas KouU^ 
Jian y noms trop fameu^ danS 
fhyioir^ des malheurs du mande f 



E P I T R E ▼ 

orti ite dis hommesf traces \ plut6t 
que des heros admirakles. Us ont • 
€u pourtant de grands Juc^s dans 
ies armes ; ils fe font converts de 
Vefpece de gloire que ton pent ac-^ 
querirdans Ies combats ; mats Ies 
J ages qui jugent des aSions des 
Princes par Ies motifs ^ 0SC non 
par Ies fucces , Ies accufent de 
n^ avoir eu qiiune ambition fan^ 
guinaire SC cruelle* Enaccablant 
de tant defleaux la trijle huma^ 
nite , jamais Us ne fongirent a la 
confolen 

Oejl un reproche que la pojle- 
rite nauroit point dufaire a Ale-- 
xandre^ SC qiiellenefera certain 
nementjamais aSTAiJiSLAS. Elle 
apprendra y SIR E , tous Ies eve^ 
nemens de votre hijloire qui one 
fait r admiration de t Europe y SC 
produit le bonheur du pays ou vous 
donneT^ des loix. Ellefgaziraqiia'* 
pres avoir ete longtems Pami y le 
compagnQn dun aiure Alexandre ^ 



>j E P I T R E. 

euffi brave que le premier j plus 

' tw^fianimeruvermeux^mmsmoins 

'fortune y d^ux fois yous aye^, faii 

an repos dt votrepatrie y le facrh* 

jfice (Tune Couranne ; qu^enfiuts 

apellepar theiireufe dejiinee de la 

Lorraine a la goiiv emery ces Pro-^ . 

vinces accoutumees a trouver de^, 

puis des Jzecles dans leur^ Souvt-^^ 

rains y des ohjets dignes^ du plus 

tendre attachementy ont 9ii revivre. 

gn vous les qualites ^ les yertus 

de leurs anciens Maitres ; SC 

"quenfin occupe tout entier de leur 

'felicitey vous les avex^retnplies de 

monumtns utilcsouglorieuxy qui 

iterniferont la memohre dt votrc 

nam 6C de votre regne. 

Je fuis avec le plus profoad 
\efpea\y 

S IKEy 

Dt FoTRE Majmst e^ 

Le tres- humble & tr^s- 
obciffanc fervitcur , 

L I N G U E T. 



vr;^ 



AVERTISSEMENT 

PB UAUTEUR. 

J*Entrb dans h carri^re de« 
Letitres^ & je n'ai que vingt-. 
cinq ^ns. Ce n eft point par 
vanit^ que je Tannonce. De 
la f9<;on dont noue fl^cle eft 
inont^ J loin de craindre des 
feproches pour avoir compofd 
ifi jcune , j*ai bien plutot a ye^ 
douter qu'on ne me trouve trop 
vieux pour un commen^^nt. Je; 
ne fais cet aveu que pour mon-» 
trer aux gens fenC^&^ que je fuig 
encoie dans T^ge de recevoi« 
des avis & d*en profiter. 

J'ai des amis qui m*annoncent 
des fucc^s i mais Vamitid peut 

jies- jf^duire : corame d*aillcu« 



Tiij AVERTISSEMENT, 

ils ne font ni nombreux , ni 
puiflans , ce ne font pas eux 
qui feront ma reputation. Je 
Tattends des fufFrages du Pu- 
blic , & de nion. attention a ne 
lui rien offxir qu'il ne puiffe rece*' 
voir, rien que )ene puifle avouer/ 
Je ne me diflimule pas 
les dangers qui entourent le 
parti que j'ofe embraffer. Je 
lijais que la Litt^rature avilic 
par les manoeuvres ignominieu- 
les , par les exces r^voltans 
de plufieurs de ceux qui la 
Cultivent , a ceffd d'etre un 
art eftimable aux yeux de bien 
des gens. Je ne condamne^ per- 
fonne. Je fuis auffi ^loigne de 
la fatyre , que de Tadulation i 
mais j*ofe prendre avec le Pu- 
blic un engagement folemnel 
de ne jamais fouiller ma plume 
par des perfonnalitds , , de ne 
me permettre dans Thiftoire rien 



AVERTISSEMENT. ix 

qui puifTe bleffer la v6nt6 , ou 
rafFoiblir , & d'avoir en ni6me 
terns le refpe6l le plus pro 
fond , le plus finc^re, pour la 
jieligion, le goiivernemcnt^ & les 
meeurs* 

On me trouvera peut-^tre ea 
quelcjues endroits des fentimens 
bien oppofifs a ceux de deux 

{jrands hommes refpedables par 
eur mdrite perfonnel , & par 
Fhonneur qu ils ont feit a no- 
tre Nation , Bpffuet & RoUin. 
II eft vrai que je n'ai pas fuivi en 
tout le fyft^me quails ont para 
adopter. Tous deux font ad- 
xnirateurs d^cidds des Egyp- 
tiens : ils ne reconnoiffent point 
de peuples plus illuftres. J*ai 
of6 fixer les yeux fur cette i6* 
putation ^blouiffante , & fai 
cru entrevoir qu'elle n'dtoit pas 
k r^reuye d'un examen r^fld- 



% AVERTISSEMENT. 
chi. Ce n eft ni par m^Xignitii 
ai par orgueU qiae je. co«iJbats 
CCS deux ^crivains c^l^hires., 
Je d^taille avec candeur . lea 
raifons qui m*qpjp6cheat dfe 
penfer comme eux : q'eft au 
rublic a jugeft Je dois Jfeur 
lement remarquei que ni Tuft 
ni Tautre n ont gu^res pii fe 
permettre I'ufage de la cri-r 
tique. 

BofTuet y g^nie imp^tueux 
& fublinie > peignant avec 
toute la rapidk^ de la piui 
vivp Eloquence les moeurs dcs 
Peuples y les changemens fuc-t 
ecffifs des Empires , fongeoit 
bien plus a donner a fon aiJK 
gttfte ^Idve une id^e de ce 
que les Hiftoricns en . avoienc 
die , qu'a le fatiguer par des 
• difcuflfions entierement oppo- 
f^es au plan de fon ouvrage« 



AVERTISSEMENT. x] 
RolHndtoit accoutum^ depuis 
foil enfance k vivre avec les 
Auteurs dont fon hiftoire eft 
un extrait , a les expliquer ^ 
d exiger pour eux k plus grand 
refped de la jeuneffe confide 
a les foins. On ne fe rdibud 
^ueres a critiquer dans la \ieit 
Ycffe de5 chofes qu'on a loupes,' 
admirdes pendant foixante ans* 
n 6toit done naturel qu^il copiat 
fans defiance Hdrodote & Plme* 
- Quelquefois cependant Y6^ 
Tidence Fenriainoit malgr^ 
lau En pariant du lac Moeris , 
-des embetliffemens de Baby- 
lone , de Tathlete Milon ^ il ne 
pouvak s'emp^cher de ddfa^ 
vouer dans une note des traits 
qu'ii auroit pii fe permettre dft 
ne pas dcrire. Ce que foa 
coeur droit flc fmcere entte* 
voyoit^ ce qu*une trop lorv- 



-r. 



xij AVERTISSEMENT^ 

cue habitude Temp^choit de 
diftinguer bien nettement, c'eft 
a peu pr^s ce que j'ai ofd dire 
avec franchife. 

J'efpdre qu'on ne me foup- 
^onnera pas d' avoir voulu faire 
retomber indire£tement fur la 
religion, refpdce de Pyrrho* 
nifme que j'ai jett^ fur quel^ 
^ues r^cits des Hiftoriens pro-* 
fanes. On fent affez combien 
ces deux pbjets ont peu de re^ 
lation. Les S<;avans fe font 
j^ellement trojp fatigues pour 
les rdunir. lis ont fait des 
in-folio pour prouver qu Apo-* 
phis ^toit le m^me que Pha-» 
raon ; qu'il n'y avoit aucune 
difF(^rence entre Sua & Saba-* 
cus. On diroit a voir leurs 
efforts, qu*ils ont cru que la 
Bible avoit befoin du t^moi- 
gnage d'H^rodote« 



AVERTISSEMENT. xiij 
Pour moi p6ii6ti6 desvdritds 
que contiennentles livres faints^ 
j'ai cru qu ils pouvoient fepaffet 
du fecours des Ecrivains Grecs. 
Dans mes critiques j*ai oris pour 
r^gle ce que dit Rollin lui- 
pi^me, page 120. du premier 
.volume de rHiftoire Ancienne,' 

Su'H^rodote , fur la foi des 
^r^tres Egyptiens , rapporte 
beaucoup de faits fmguliers ^ 
qu'iin Le£leur dclaird ne preii^ 
4ra oue pour ce qu'ils lont^ 
f:*eft-a-dire pour des fables^ 

Je n ai point fait de cita*? 
tions ) & j ai mis le moins de 
remarques qu*il m*a 6t6 poffi-«; 
ble. J'ai fouvent dprouve que 
cette multitude de noms dont 
on h^riffe le has des pages J 
ces notes accumuldes , font 
pour les LeSeurs des obftacles 
qni leur font une v^rjitablft 



^v AVERTISSEMENT. 

f)ein^, Au refte je puis facile- 
. ement indiquer ici fes Auteurs 
dont je me luis fervi. Ce Tout 
H^rodote, Quint-Curce., Plu- 
tarque ^ Arrien , Ath^n6e , Pline^ 
,& lies modernes qui les ont co- 
pies. 

n exiHe parmi nous un corps 
illuftre qui fait fa principalc 
occupation de T^tude de larv- 
iiquit^. Perfonne he rdvi^re plus 
que moi' les talens des parti- 
culiers qui le coippofenc. Je 
lui foumets avec la plus grande 
finc^rit^ mon ouvrage & mes 
reflexions. Ceft fur-tout la v^- 
rit^ qu*il fe propofe de d^- 
couvrir. II a lubftjtud aux re- 
cherches vagues /des fidcles 
JpafCfs , un autre gout de re- 
cherches plus utiles & plus 
profondes. Quelques-uns de -fes. 
membres ne feront peut-6trc 



AVERTISSEMENT. «♦ 

f» en t&m de moA avl^. JY 
retK)ncettdf^»is f&nt d^s qa'iis 
auront ia hotic6 de ¥fte commtt- 
nii|fter le fceui: ^ tfu )e <l^aiU 
^rai le^ ttfifbns qui pourrdient 

mes doutes & de leurs folu- 
tions ifttitront peut-6tre quel- 
ques lumi^res dont je ferai flatd 
tfavoir ^t^ roccafion. 

ApjSfes fe fi^cle d' Alexandre 
je pr^>are cchii d'Augufte, qui 
fera dans ie mSme gout ^ mais 
plus long & plus int^reffant , 
parce que les objets font mieux 
connus , & les reffources plus, 
nombreufes. II eft m6me ddja 
fort avanc^. Les confeils qu*on 
voudra peut-6trtf5bien me don- 
ner fur celui-ci , ferviront en 
m^me tems pour la perfe£tion 
de Tautre. lis m'apprendront 
^ me conformer avec plus d*e-! 



xvj AVERTISSEMENT. 

xaflitude au gout c{u Public J 
dont j'ai peu de connoiffance f 
& a fuppnmer beaucoup de d^-. 
fauts infdparablesf de la jeu- 
neffe , d un talent mediocre jj 
^ d'un premiex ouvjage* 




H/STOIRE 




HISTOIRE 

D U SI fi C LE 

D'ALEXANDRE. 




INTRODUCTION. 

I tous les hommes etoient 
fages,peut-etre f5auroient- 
ils mieuxr apprecier les 
louanges qu'on donne aux 
Conquerans.' lis ft'y verroient quele 
langage flatteur de la foibleffe qui 
cherche a dcfermer la cruaute. lis n at- 
tacheroient point la gloire a ce titre, 
que bien des Rois croient malheureu- 
fement heceffaire a leur grandeur. 
L'hiftoire vengeroit ml peu le genri 



kumain des hommes qm Vom pcf te. 
Elk ne mettFoic pas grande dififih-ence 
eiTtr'ctix & ces manures appelles Ty- 
. tans pqtii deriennettC avec juftice Ie$ 
objets de i'horreur & des meprisde 
!a poftrrit^. • 

; Cene fafoft.de peftfer . ferok coot- 
forme a la nature , & fondee fur la 
raifon. Je ne crois pai qu'it y ait ja^ 
mais deTyrans donr les caprices foienc 
defvfcnus auffi funcftes a 1 btimanite-> 
^vte la valeur d'Alexandre on de Ci- 
S^. La cruaute tranquille & refle- 
cliie d(ts Tiberes , des Nerons , dies 
Damiiiens , ne privoit Rome que 
d'un petit nombre de citoyens dans 
luielongue fuite d*annees. Mais^ wm 
feule bataille comme celfe d^Arbelies 
&^ de Pfiarfale coutoieijt plufleuri 
milliers d'hommes au mopde ^ & de- 
peuploit des pays, entiers^ 

Quelque* Hifloriens ont ofe louer 
Cefar d'avoir fait pcrir un million 
d'hommes dans les combats. Si cela 
id ^ le genre humain ti'a point eii 
d*eraiemi plus impitciyable. (Jaligula^ 
iCommode , Eliogabale ont ete pres 
cle lai des pf odiges de douceur & dfe 



Bu sifiei:;E B^ALEXAKDiiir. } 
demence. Si la ratfon }uge avee tanc 
dc feveritc Cefar Ic moins cruel des 
coaquirans » que doic-dle dire de tons 
ces heros dev^nus celebres par les 
msLUx qa'ils om fairs , & done la gloi^ 
re n'efl fondee que fur des ruines } 

Cependanc en general on aime 
ieur hiftoire. On entend fans fremir 
le recic de leurs exploits. L'educa- 
tton nous accoutume a ne pas ren* 
^re les Generanx refponfables dela 
deAru&ion des bommes dans les ba« 
tallies. Comme on ne Ieur voit pas 
diftini^ement alladiner les malbeureux 
qui peri (lent par leurs ordres , que 
d'ailleuTs ils courent eux-memes quel* 
ques rifques , & qu'ils s'expofent aux 
dangers- oil ils predpitent leurs en- 
Bcmis f on Ieur pardonne des meur- 
tres qui fembknt occafionnes par une 
defenfe legitime ; au lieu qu'on s'in- 
digne ccMitre la lacbete de ces bri- 
gans couronnes > qui du fond de leura 
palais ^ donnotent fans perils des or^ 
dres cruels. On ne les voit qu'avec 
horreur prodiguer a leurs efclaves le 
fang des hommes qui Ieur devenoient 
a charge par la^verui^ ou fufpeds p^ 
le courage* Aij 



4 H I S T O I R E 

II y a done grande apparence que la 
gloirc & la reputation feront tou- 
jours le pactage des Conqucrans.Pour-^ 
vu qu'ils fe diftinguent par de gran« 
des qualites , ce qu'clles ont d'eblouiCi 
fant empechera leurs contemporains 
& la pofterite d'ouvrir les yeux fur 
la defolation qui les fuit.. 

11 faut avouer aufli que leurs ex^ 
pioits, tout trifles , tout fanglants 
qu'ils font par eux-memes , produi- j 

fent fouvent des changemens avanta- I 

geux a la fociete, Soit que le fracas j 

de la -guerre eveille les efprits ^45c les j 

tire de I'engourdiflement oii le repos \ 

les avoit plonges , foit que le me— 1 

lange & le commerce des nations les 
rende plus rafinees & plus induftrieu- 
fes, foit que Topulence du peuple ' 

Vainqueur eleve les idees , qu'il trou- | 

ve dans Temploi de fes richeffes de- 
quoi creer de nouveaux befoins y & 
de nouvelles rellources ; il eft certain 
qu'on ne voit jamais tant de grands 
bommes en tout genre, qu'apres ces 
6rifes violentes qui fatiguent ou 
aneantiflent les Empires, 
' Jl femble que les fciences & les arts 



foient un dedommagement^ un reme- 
de falacaire que la nature prepare au 
genre humain epuife* Ce font les fleurs 
dci printetns qui fuccedent aux glaces 
de I'hiver. Elles aiderent a confoler 
Kome fous Augufle des horreurs de la 
guerre civile & des profcriptions. EW 
les firenc oublier en France les fu^ 
reurs de la Ligue , & en reparerenc 
tous les defordres. Elles appaiferent 
chez les Anglois cette fermentation 
des efprits qui avoir conduit un Roi 
fur rechalTaud , & amen#rent dans 
cette Ifle orageufe un calme qui dure 
encore. Par-tout elles viennent efluyer 
les larmes de Thumanite , & guerir 
les plaies caufees par le fanatifme S^ 
par rambirion. . 

' C'eft fous ce point de vue que j'ai 
envifage le ficcle d' Alexandre. Son 
nom excite encore nocre admiration. 
On n'ofe prefque le prononcer qu'avec 
refped. Les Princes regardent couir 
me un grand honneur de lui etr^ 
compares, &cet honneur eft fouvent 
la plus belle recompenfe de. ambi- 
tieux qui trouvent de la gloire a de* 
truire ieurs fembkbi^s. lis ne fon? 

Aiij 



•f H I 5 T O I It B 

g€nt pas que fi Alexandre s'itoit con- 
tente de faire perir des hommes , & 
4e ruinet des villes , s*il n'avpit re- 
pare par des anions vraimenc louablef 
rheroifme fanguinaire qui lui fit ra- 
vager tant de provinces, fon nom 
tie feroic pas au - deflus de ceux de 
Xamerlan & <d^Attila. li meriteroic 
'qu'on ne fe fouviiH de fon regne que 
comme d'une calami te fundle qui 
auroic chang^ pour uh tems la face 
d'une parciedtimonde. Mais heureu- 
fement , <te n'eft point la Tidee qu'on 
doit avoir de ce regne memorable. 
Ceft dans Tetude de Tantiquite le 
point fiKe d'oii l*on peut conimencer 
a compter les progresde t'efpric ha« 
jnain. 

Ce n'eft pas que I'hiftoire profane 
ne remonte beaucoup plus haut. Mai» 
le peu qu'elle nous apprend ne vauc 
pas la peine d'etre repete. Ceft ua 
amas confus de noms & de hits foth- 
vent contrJldiftoires, qui ne font boni 
qu'a donner de Texercice aux favajit«* 
Perfonne n'avoit eCrit ^ perfonne u'ar- 
Yoit voyage.Des Navigateurs Tyriens 
ou Carthaginois avoieac ofe ^'ecarter 



d9 lejirs pays : mais c*ecoient dcs xie* 
gpciaos avides qui , ne Tpngeant qu'i 
?enrichir, cherchoient a tromperlcf 
hommes plutoc qu'a les inftruire. Si 

?uejque$ fages comme PyihagoreV 
'hales , Solon , avoient hazarde de 
longs voyages dans la feute vue d'ac- 
aaiiit des connoiflances utiles , ce$ 
voyages dont la verite n'eft pas bien 

5>rouvee ', paroiflenc avoit eu peu da 
iicces ; oii les philofophes n'en tire- 
rent point les luniieres qu*ils s'ecoienc 
j^romifes , ou lis ne youlurent pas les 
c#mjtnumquer a leur patrie. Dans ces 
terns recules , iln^exifte pour nous 
que deux peuples , les Perfes & les 
Grecs : encore eft-ce a leurs querelles 
^ue nous avons I'obligation de les 
connoitre. L'envie de celefcrer les di- 
faites des Perfes , fir crier Thiftoire pat 
fin Grec ; & le renverfement entier de 
cet Enapire fous Alexandre , acheva 
d'en rendfe tomes les parties dcce& 
fibles. 

Alors 11 fe fit dans la moltie da 

flobe une revolution prodigieufe. 
.es richefles de Sufe 6c de Perfepolis 
traofportees en JB^rope y cauferenc 

A iv 



% H I $ xai R E 

un changemenc rapide. L'inter^t , U 

politique la lierenc a FAfie , & cesr 

noeuds une fois formes ne fureirt plus 

rpmpus. 

Depuis quefque teihs la Grhce etoit 
preparce a ce chang^nient. Ses pre- 
mieres vidoires I'avoienc remplie d'or 
& d'argenr : \es efpices devenues plus 
communes y avoient facilite la per- 
feftion des arcs : mais puifque ce fuc 
furtout vers le rems d' Alexandre que 
X les fruits en devinrent plus fenfibles ^ 
on peut regarder les beaux jours de 
la Grece, comme faifant partie de fon 
iiecle. 11 eur le bonheur de comman- 
der a des peuples cclaires, aui s'inC- 
truifirent encoreeux-memes, encher- 
chant i diiljper I'ignorance dans leurs 
conquetes. Leur habilete feconda avec 
fucces les grandes vues de ce Prince , 
qui alloient au bonheur de ks nou- 
veaux fujets : car il s'occUpoit du foin 
d'embellir TAfie apres Tavoir defo- 
lee. Le grand avantage de fes vic- 
toires fut pour les vaincus , a qui elles 
procurerent des arts qu'ils ignoroient , 
& pour la pofterite a qui les ecrivains 
purent cranfmettre des connoiflances 
plus sixres & plus utiles. 



DU SlictlR D*Al.fiXANDRB. f 

Le fiecle d'Alexandre eft done la 

J)remiere epoque incereflinte dans 
'hiftoire de refprit humain. II feroic 
a fouhaiter pour le public que ce Ce- 
de euc le meme bonheur que celui 
de Louis XIV , qu'il fut traite par 
ce genie fuperieur a qui la Lictera- 
turi de nos jours a cane d'obligations. 
Mais cet homme celebre ecanc oc- 
cupe a d'autres.ouvrages, & paroit- 
fent avoir renonce a ce qui fait Tob* 
jet de celui-ci j 11 doit pardonner a 
des mains plus foibles d'ofer manier 
un fujet qui Jui fembloit referve. 

En entreprenant d'ecrire I'hiftoire 
de ce fiecle , on n'a pas pu fe difpen* 
fer de jetter un coup d'oeil fur ceux 
qui Tont -precede. Quelque obfcurs , 
quelque incertains que foient les mo-? 
numens qui nous en reftent , il a bien 
falki tacher d'en prendre & d'en don- 
ner une idee. On commencera done 
par examiner en peu de mots la con- 
fiance que Ton doit aux hiftoriens fur, 
les premiers Empires , & la fajon 
dont ils ont pu fe former. On tra-. 
cera en meme-tems un plan tres-abre-. 
ge de ce qu'ont ete les differens peu^t 
^^-v Av 



r/>> 



'oro. 



10 "ttlSTt) lilfi 

pies avant Alexandre, 8c dece qtills' 
ctoienr lorfqu'il xrotnmen^a 4 paroi-^ 
tre. Apres un detail racooTci de fe? 
exploits militaires', & de fes occirpa- 
tions pacifiqiies , on fera connoitre 
autant qu'il eft pofliMe dans an fi 
grand eloignement , quelle etoit la. 
TOrme du gouvernement , les mcrurs 
J5c les ufages adoptes avant & fou» 
Ion regne , les grands hommes qui 
font illuftre , & on tacberade deter- 
miner jufqtfoit ils avoient pouflcleurs 
jbrogres dans les arts eftimablei^ 
par leur utilite ou leqr agrcment. On 
tachera de rendre ces details plus in- 
tereffants & plus inftruftifs , en Ic^ 
comparant avec m^agement aux 
wfages qui font en vigueur parmi nous. 
On Qonferv^ra un article a part pour 
traiter de la Religion , qui chez let 
anciens influoit moins que chez nous 
&r Iesinoeurs& fur le gouvernement. 
On chef chera fi elle etoit , coihme 
on veut fe le perfuader , «n culte 
aviliflant, & une fource de debaa^ 
ches ; ou fi onne doit pas plutot la re* 
garder comme une alli?gorie inge- 
nieufe qui amufoit le peuple «b iul 



sctrafant la m^moire des pxincipaui; 
phenoipeoes de la nature , Sc quel-* 
Allies attributs de Ja piviniteT Enfia 
oo parlera de h pbilofopbie done U$ 
inonuxnens font syirs & noxnbreux » dp, 
Ton v^rra fi So/crate, Platon , Ariftote ^ 
ctoienc par eux-memes , ind^pendain^ 
ment ae reloignemenr pu nous le$ 
vpyons , des homines bien fupirieurf 
aux PttlofopKes du dernier hecle, 

Unxeprocte qu'on pourra voe faird 
avec uneapparence de jujftice^ c'efj 
4*avoir parle dans un ouyrage iotir 
^ule , if SUclc d* 4UxqLndre^ de beaij* 
coup de chofes qui paroilfent ^voi^ 
pueu de rapport a lui. Danj \t% ar- 
ticles des Arts , de la Pbilofopbie , 
\ft n'ai pa$ pu fairc fentir bien dif- 
xin6bmenc quelle part il e^ut i leuris 
©rogues J & c«s 'progre5 meme , avep 
^ grands hoxnm^s qui les one occa- 
iionncs \ ont ^n partis precedi ioii 

Si <:'eil la un defaut , je ne roe l,e 
:fiii$ pas diflimjule. Mais )e prie 1^ 
.Jedeur de fooger que dan« le Circle 
j4'A^>'^"^''^f^'^ft moins Je conqu^- 
ju^ntj qiu^.les b^v^xnes de fon cen^s 

Avj 



12 H I S xd I R B 

dpnt je me fiijs prppoil? de donijrf 
riiiftoice. L'auteiir'du fieclede Louis 
XlV. a pu dans fon oiivrage rappeU* 
ler tout i ce Prince , pitce q\xen effet' 
il eft encr^ pour quelque chofe dans 
tout ce qui s'eft fait fait de grand de 
fon terns. La forme de fon* gotrvcrr- 
nement exigeoit cette d6pendancei 
Dans une Monarchie abfolue ^ on n'a 
prefque a confiderer que le Monar- 
que. II tiem feul en fom pouvoir le$ 
reflbrts capabies d'exciter les horn** 
xnes a faire de grandes chofes , & Voti 
doit lui ffavoir gr^de toutes celles 
qui s'executent fous fes yeux. ^ 

Mais ici , il n'en eft pas de memel 
Alexandre fte fat que le chef reP- 
jpefte des Grecs qui Tavoienc elu. Si 
la force des armes je rendit defpo^ 
tique en Afie , il menagea toujours 
avec foin les peuples dp I'Europe qui 
avoient ^te tes compagndns de fes 
vidoires. Ces peuples djeja polices ^ 
voient portA par eux-memes prefque 
tous les arts a la perfe6lion dont ils 
etoient alors fufceptibles ,; ik jouii^ 
'ioient du fruit deleurs travrfux J ^ttarfcl 
^Alexandre parut. Depuis fdixkm^ aiib 



IftU Sltctt D*AlEX ANDRE. f) 

la Grece etoit peuplee de grands 
hommes en tout genre qui contri- 
buoienc a la gloire de leur pacrie. 
Ainfi ce fiecle illuftre pourroit etre 
facilemenc defigne par d'autres noms. 
Mais celui d'Alexandre ayant ^clipfe 
d^puis tous c^ux qui ravaienc prec^ 
de , (es Conquetes & fon gout pour 
les arts ayant fait participer I'Afie 
8c les nations deshonorees jufques-la 
par letitre de barbares , aux connoif- 
fances que renfermoit la Grece , on 
a cru devoir lui confer ver Thonneur de 
cette revolution.L'afticlequi traitede 
fes exploits eft le plus brillant de cette 
hiftoire ; mais ce n'eft pas le feul dont 
on ait du parler. On a dit le fiecle d'A- 
lexandre comme on diroit celui d'Au- 
gufte. Dans ce dernier , il faudroic 
bien parler de Luc/ece , de Terence, 
He Plaute & de Ciceron. Cependant 
Augufte n*a point yu les trois pre- 
miers f & il ne connut le dernier que 
Dour le faire aflaffiner. 



14 Ht.iJTDJMf 



CHAPITRE PREMIER^ 

JLj A nuit des terns couvre enciie* 
rement les premiers -^ges du monde. 
J-.*Ecruare nous en apprend tres-peu de| 
cbofa ; deftinee afournir au Chriftja- 
nifme foumis, des regies de cond^ite , 
clle rfofl&e aucune reflburce anotr^ 
curiofue. Pour ces fiecles que Feloi- 
gnement derobe a notre vue , nou$ 
fommes abfolument bornes aux ecri-» 
vains profanes, Mais dansce ^u'ils 
nous «n appr^nnent , on eft bien em-* 
barraJK xjuand on veut concilier 
ITiiftoire av-ec la vralfemblance. Leuf 
fecic nous donne fidee d'une popu- 
lation , d*une opulence li prodigieu{p 
qu'on*ne fjjauroit la concevoir. Les 
princes ne fe mettoient en qampagn^ 
qu'avec des millions dliommes a^. 
tnes*; ils trouvi^eotj^aftout des peu- 
ples a combat tr«^.i& des depouilles 
a remporter. Les uns parcouroient 



I'Afie depuk 1* niw Caifdenoe^juC- 
^u'au golfe de Bctigale. P'autrcf 
partis des homes At rA&iqiie pen^ 
€ioiepc fufqu'au fcads 4e TEurope^ 
4Sc fajfo^ni reconnoitre leur pouvoir 
depuis le Nil lofqu^au Volga. 

Le$ -oufvfage^ attr ibues a Nlmis ., 
a Semiramb^ a lsnr$ fiiccefleurs, o^ 
font point IfisCTCs^epinfcs dHine tfoup^ 
de fauvages ignorahs Sc b^rbaresij 
ik proavenc des ooDian^ ^rt- ^ten- 
dues ^ & la €X)!snQiflaQce de plufieurft 
arts qui se peuveat avoir lieu que 
cfaez^ies peuples polices diepuis longf 
terns. On pojt croire fans doute qw. 
Kifiiv^ n'avoit pas xoiw-a-feit treme 
& 4Hie lieue <le tour / que iies mws 
de Babylone avioienc un peu moh^ 
de trois cens pieds de haut, ^ d^ 
qoatre-viBgc-iiBpt de large , & quf 
ks faiftoriens ont ttu autan^c de f^^n 
que les Acchitedles aa merv^eilkuK 
qa on troave <dans les !emr^priies deis 
Monarqaes de ces tetns-la. 

Cependaoc Jeur poiCbilM efi de« 
inoniree par Texiftence de h. grand^ 
muraiUe de la Gxioe. Ceffe prodk 
gieufe ^ iawile de&ofepi^^^r^ pM 



i6 Hi ST 1 as 

la Chine civilifee centre la ferociti 
de fes voifins , eft cominuee fur une 
ctendue de cinq cens lieues , mal- 
gre les obftacles infinis qui one da 
s'oppofer a fa conftrudion. Elle peuc 
rcndre plus vraifemblable I'enorme 
.enceinte de Ninive, de Babylone , 
& la grandeur etonnante de tous les 
b&timens qui embelliflbient cette par- 
tie de TAfie. 

Quoi qu'il en foitde leur hiftoire, 
& de celle des Rois qui les ont ele- 
viSf il ne femble pas qu'il y ait «u 
beaucoup a gagner dans I'etude qu'oa 
en faifoit autrefois. Heft mcme fur- 
prenant qu'on s*y foit attache avec 
rant d'opiniatfete , & que les recits 
prefque toujours contradidoires des 
ccrivains ayent -caufe tant de dis- 
putes parmi nos f^avans. On enten- 
doit tous les jours dans les Acade- 
mies lire des recherches profondes 
fur les debauches du voluptueux Sar* 
danapale^ On y faifoit avec elo- 
quence les portraits bien detailles de 
tous les ^nuques cheris de ce grand 
prince. T)n enfantoit des volumes 
£ir.un mot jbarbare qu^on n'entendoi^ 



DU SIECL1! d'AiEXANDRE. I7 

pas , fur les reftes d'une infcriptian 
detruite par le terns- On a voulu 
trpuver tout le fift6me du ciel , tou- 
tes les decouvertes aftronomiques , 
dans ces colifichets fculptes fur les 
monumens Egyptians , qui etoienc 
probablement des hors-d'oeuvres fans 
confequence, prodigues par le caprice 
des ouvriers , comme ces feuillages, 
ces petites flatues nombreu fes qui 
couvrent & defigurent tous les hk^ 
timens gothiques. Bien des gens ad- 
mirent avec raifon que des ffavani 
doues d'une patience fi laborieufe, 
ou d'une imagination fi feconde , fe 
foient bornes a des fujets auffi in- 
grats. Que nous revient-il de ffa- 
voir au jufte que c'etoit le Dieu 
Horus qui avoit le tol d'une cigogne, 
& que la tete de chien appartenoit- 
au Dieu Anubis > La vingtieme par- 
tie' de Tefprit & du travail qu'on a 
mis a faire des fiftemes fur ces anec* 
dotes ridicules, auroir fuffi pour de- 
brouiller les points les plus obfcurs 
de notre hiftoire. 

Nous fommes entoures des mo« 
namens de Terreur. A peine pou* 



vons'^ious bien ecablir la verite dcr 
f^its memes qui fe paileric fous nos 
y^ux : caaimem o(on$-Bous nous 
flatter de xlecouvrir des chofes pallet 
^oubliees depuis 4. ou 5000. an$ ? 

On a peine cependanc a renon^ 
cer a ces difcuffions inutiles. .Noqs 
naiilbns tous avec une curiofiti^. 
adive qui nous porce a etendre no9 
cpnnoiflances. Eile eft bomee du 
cote de ravenir. L'efprit humain 
pour qui il eft inaccefCble fe rejette 
fur le pafle. II femble au'on pro- 
longe foa exiftence en penetrant dans 
ces terns recuies. On fe plait a con- 
flderer les honunes qui les rem" 
niiflent par le bruit de leurs adionsr 
jUi flatterie y cherch^ des exemples 
pour radttlatioo , & la inalignite es 
tcouve pour la fatyre. 

D'ailieurs chaque peuple cberche 
a rapprocher Ion orieine de celle de 
rJiumanice. II iexnble qu'on mette 
une efpece de vanite nationalea prou* 
Vier qu'pn defcend en ligne plus di-*- 
refte des premiers, homnies. 

S*il etoit une fois xlempotre que 
les wdw^ jbiftorieos nous goat tsom^. 



I>U Slices P'AUVANDRE. 1^ 
|)e$ , on n^auroit <lonc plus de la*' 
iaiA'es fur ces details ft chers a no- 
tte amour propr^. II faudroit fe re*> 
£Dudre a igoorer pr efque tout ce qui 
nous a pr^edes. lies f^avans iie pour** 
foientptus fedifiiogttor par desconi- 
jeduces & des fiftemes <q^iIeurfon( 
June imputation. Rien n'efi plus de^ 
iblaat pour des efprits avides qui 
veulrat rendxe raifon de tout. DaM 
rificertitude on aime encore mieux 
Sfd^voh des fables que de oe rie9 
%avoir. 

Les fjavans fe font avifes d'une rut 
qmleuf a reuifi, pour le foutien de 
Jeurs fyftemes. Us ontintereffe la reiif 
^lon a ladefenfedecesclumeresal>» 
£irdes. lis crient qu*on en veut a coup 
«e qu'il y a de plus facre , dh qu^o* 
«*eft poiiK de leur avis. Ceil maa- 
^ner de ibi , que de ne point expli^ 
qoer comme eux le$ fioms de Gog Sf: 
lie iVIag<%* Us appelknt impie qui^ 
4:oiique ofe douter que les Efpagnol^s 
iaient defcetsdtbs 4js Mefraim ^ Sf: 
les Frames de Gomcr. La vivacui^ 
nvec iaqueUe ils defeodeat ces loi^ 



*© H I S T O I R E 

nuties chronologiques , empechc 
qu'on ofe les examiner. On les iroh 
par habitude, bien plus que parcon- 
viAion. lis devroienc pourtant fon- 
ger que ce ne fotK pas la des ar- 
ticles de foi : notre divine religion 
eft independante de I'appui que veut 
lui donner une ignorance orgueil- 
leufe. Les noms des premiers hom- 
mes qui ont peuple les forets de 
la Gaule , ou les neiges de la Suede^ 
ne font rien a fon autenticit^V puit 
que ce n'eft pas elle qui nous les 
apf)rend. 

Quand Moife rend compte de la 
difperfion des peuples fur la terre, 
il dit fimplement qu'ils s'etablirertt 
les uns a TOrient , d autres a I'Oc- 
cident : mais TOrient & TOccident 
peuvent fe trouver dans un petit ef- 
pace comme dans un grand. Il ne 
faut pas aflurement en conclure que 
les petits-fils de Noe quicterent leur 
patrie & leur famille pour aller dif« 
purer aux ours les glaces de la Nor- 
vege. Dts gens accoutumes aux de- 
lices de TAfie , auroient-ils ete tout 
d'un coup ie confiner dans la La- 



T>U SINGLE d'AleXANDRF. ^T 

ponie pour y vivre de chair de 
marfouin fuinee,*& de lard de ba«- 
Icine ? 

Cercainemenc la population du 
monde ne s'eA pas faite comme oq 
le croLt ordinairement. Quellequ'ait 
ete la parrie primitive du genre hu- 
main ^ il eft clair que les hommes 
d abord peu nombreux s'y renfermc- 
renc dans une petite enceinte : quand 
les faniilles augmenterent , il en fal* 
lut reculer les limites , & de proche 
en proche on gagna toujouirs de nou- 
veaux terreins. Par ce moyen.le 
paflage devenoit infenfible. Les en- 
fans ecablis a quelques lieiies de^ 
peres ne trouvoient point de diffe-* 
rence entre le climat qu'ils aban- 
donnoienr & celui qu'ils alloient ha- 
biter. lis s'eloignoient des pays 
chauds fans s'appercevoir qu'ils en- 
traffent dans des pays plus froids : 
ils prenoient I'habitude de fixer fur 
la terre par le fecours des pins & 
des autres bois la chaleur que le 
Soleil commenqoic a leur refufer : 
peu a peu il fe trouva vers les der- 
aiers. degres de latitude feptentrio- 



Dale des halricans qui ne croyoteitt 
pas avoir a & platfidre de ta na-« 
cure. 

Aprcs avoir t^he d'expliquer 
eoxnineTir les homines fe forvc re* 
pandus fur la terre , on voudroit 
pouvoir affigner au jufte I'inftant o^ 
tes memes hommei depcmilles de 
leur droit naturcl, confencirent a fjt 
ibumettre a d*autres hommes. Mai^ 
Tepoque du gouvemement , foit re- 
publicain, foit arbitraire, eltincow- 
niie. On croit communement que I3 
premiere autorite dans le monde 
fut celle des peres fur kurs enfans ; 
que la puiflknce jiccordee aux Rois 
en fut rimitation, & que le pou- 
voir defpotique ufurpe par des-ty- 
rans en fat le copible & Tabos. 

Certe idee qui a de k'Vraifem- 
blance , paroit pourtant , quand on , 
Texamine , manquer de juftefle. It 
eft tres-probable que Phabitude & 
la neceflite tinrent les enfans dans la 
dependance de leurs peres tant que 
les families furent peu nombreufcs* 
Une obeiffance douce & volontaire^ 
route fofidee &f le refped ^ 1^ pou^ 



T?xr siEctfi x>*Alhxandre,. i^ 
▼oit rien avoir de gcnanr. Elle n'^- 
coit combattue prefque par aucune 
des paffions qui ont depuis agire les 
hommes , 8c qui leur ont faic fi fou- 
venc enfanglanter la terre. Ces pe- 
tit es colonies raflemblees chacune 
autour de letir chef, uniquemenc oc- 
cupees du (bin paiHble de leurs 
troupeaux , n'ayant d*aueres befoins 
que la fubHilance, unies fans interSt 
.& fans pretention, ne connoiflbient 
fans doute d'autre regie que Tega- 
lite,& d'autre fouiniflion que celle qui 
nait du re^eft & de la reconnoif- 
fance. C^eft ce que les Poetes ont 
appelle I'ige d'or. Mais on ne peut 

fueres croire que les hommes foient 
echus peu a peu de cet etat tran- 
quile , & que radminiftration mo- 
narchique ait fucced^ in perceptible- 
men t au gouvemement paternel. 

Le premier qui vouluc comman- 
der a d'autres qu'a fes enfans , ne put 
fans doute en venir a bout que par 
la violence. II afliijettit d'abord les 
foibles , afin de dompter par leurs 
fecours multiplies les forts plus dif- 
jpejcies Sc moins unis. Des qu'il j * 



JL4 ^ISTOIRS 

euc deux efclaves , il s'en trouva 
bien-tot un troifieme. Car ces deux 
. premiers croyoient diminuer de leur 
mfortune tout ce qu'ils pouvoient en 
faire retomber fur un nouveau venu, 
En fe remettant eh liberte^ ils n/au- 
roient plus eu de maiire j mais en 
aidant ce maicre a opprimer celie 
des autres, ils devenoienc eux-memes 
des defpotes en fous-ordre. lis avoienc 
a leur tour quelqu'un a qui com- 
mender, Ils travailloient done de 
toutes leurs forces au foutien d'une au- 
toritedont ils croyoient jouir perfon- 
nellement , & c'eft ainfi que fe font 
formes les empires. 

Mais le premier de tous ces tyrans 
qui ofaimaginer defubjuguer deux de 
. ies voifins , n eut eertainement pas en- 
vie de leur laiffer lepouvoir de tompre 
les chaines dont il les accabloit. Moins 
iJs y etoient accoutumes , plus il 
les fallut rendra pefantes , & ceux 
qui les rejurent, ne le firent proba- 
blement que quand ils ne parent 
plus refifler : or cet inftant n'eft pas 
celui oil Ton fait des conditions avec 
la puiilance fuperieure dont on fe 

fent 



dt; siecxc d*Aiexandrb. 15 
fent ecrafe. II fallut alors traiter les 
faommes coxnme ces lions feroces que 
Von tire des ibrets. Les prifons , les 
fouecs y la faicn ^ la foif font lears 
pnemieres lemons de fervicude. Ainfi 
les premiers fujets furenc efclaves. A 
la plus grande liberce fucceda tout 
d'un coup & fans inrervalle le plus 
afTreux defootiftne (<i). 

Cette verite fe trouve confirmee 
par i'hifloire & par la fable. On voit 
que partout les tyrans precederenc 
les Rois naoderes* L'abus du pou- 



(a) On me ftfoit une cfaelle injnftke , fi 
ToQ me foup^onnak ic donner a entendre 
<que i'admuiillratioii d^uu feul eft coocre les 
loix de la nature , & que la MonarcHie telle 
que nous la coanoiffons n*a d*autres fonde- 
mens que la violence. Au eomraire j je la 
regarde codume le riamcde de la tyraonie. Elle 
tienc im jufte milieu ^ocre la libext^ oner^fe 
de rAnarctie ^ & la rigue^ir infooteii^ble du 
Defpotifme. Ellc eft done au point od fe 
trouve dans toutes les chofes haraames ta 
f erfe^ion dont ellei fdnt fufcdptiblefr, ^Ht^ 
menc ^ign^ des ensrdjK^ces, 

B 



'^6 H I S T O I R E 

voir eft aufli ancien que le pouvoir 
lui-meme. L'Afie le premier fejour 
des bommes, le, premier pays peu- 
ple\ a ete auffi le plus foumis a cette 
puiffance arbitraire qui femble de- 
grader rhumanit^. Dans cette par- 
tie du monde, foit par la mollefle du 
climat , foit par la force de I'babi- 
tude , les fers des peuples ne fe font 
jamais rel^ches. Mais ailleurs on fie 
plus d'efforts, & ils furent plus beu- 
reux. Les bommes trop avilisfefou- 
vinrent enfin de ce qu'ils etoient. 
Ces heros (i fameux dans la fable , 
Hercule , Thefee , Oedipe, furent des 
Citoyens genereux qui confacrerent 
leurs ricbefles & leurs travaux a la 
deftrudion de k tyrannie. La mul- 
titude delivree, retablie pareux dans 
fes droits naturels,en fit des Dieux par 
reconnoiflance. 

Depuis ce terns il y eut chez tous 

les peuples una alternative d'opref- 

fion & de liberte. On remarqua tou- 

Jours un combat entre TamWtion des 

•Princes qui les conduit au Defpo- 

tifme^ & rinclinacion des peuples 



DU SI EC LB D'AlEXANDRE. IlJ 

qui les ramene a rindependance. Ce 
font ces deux mobiles prefque tou- 
jours en oppofition qui ont caufe 
tons les malheurs dont Thifloire a 
conferve le fouvenir. 



CHAPITRE II. 

De I'Egypte. 

ON a trait^ rhiftoire de TEgypte 
comme on traite les romans.- 
Les ecfivains y ont prodigue Tin- 
croyable [a] ; ils en ont fait le pays 
des prodiges. Ces recits merveil- 



(a) II eft trds-poffible que j'aic ^t^ auffi 
ontr^ dans mes critiques , que les admira- 
tcurs de TEgypte le font dans leurs clones. 
Ce n*eft pouriam pas le gout du paradox e 
quim'a mis la plume a la main. J'ai dit 
ce que ; ai crd la veritej ce qui m'a p '^d 
appuye par les faits. Je fuis pret a tout r^- 
ua^ter , des qu'oa me fera voir que je mc 
fuis tromp6. 



leux , peu contredlts, parce cjulls 
font anciens ^ copies fiicceffivemenc 
par tons les hiftoriens femblent ac- 
iquerir en yieilliflant de nouveaux di- 
gres dc certitude^ On tie fonge poine 
ici a enjtrer dans aucune difcuflioa 
de dironologie. On ne veut don-^ 
ner aucune atteinte a la gloire deg 
illu(lres Rois £e Mcmphil , de 
Thebes ow de Tanis^ On ne pre- 
tend degrader tii la generofite du 
celebre Ramefles Miamun , ni la va- 
jleur du grand Sabacbn , ni la yer^ 
4u f^ge misftjigmiirofis. On refpgc^ 
ces; bagatelles inutiles & fatiguances 
<qui ne font cheres qii'aux compi-* 
latetirs^ Mais tout k monde parie 
d^s Egyptiens comaie du peuple le 
plus lage^ lis pofKdoient, dit-on-, 
tous les ahs & toutes les vertus : on 
t& curiettx de f^avoir fi cos honuBes 
femeux nij^ritpi^ent tarft d'^loges. On 
cherchp a Iss apr^cier d'apres 1^ 
rapport xi^ejpie de leurs pan^gyriJftes, 
On eft bien futpris de ne Voir en 
Ejgypte qii'une nation pauvre , igno* 
ranee , & plus orgueilleufe encore 
i^ue grpilaere. Cette terre feconde 



^ qui le Nil epargne les peines cfe U 
culture, nenourriflbit camtne au^ur* 
d'hui que des habiians malheureux^ 
On cannoic leur Religion ;: c^etoit 
ropprobfe de rhumanite. Pro^ern^y 
anx pieds des plus vils arrimau}! , it» 
ecoienc emare plus meprffables que 
Ieur» Dieux. Les rdles iUuilre^ qui 
nous les font admtret ne font que des^ 
fnoaumetis de kur efclavage ou de 
few fi^eritition. Les Pretres feuls ^ 
cette portion d'ltommesr, a qtri le 
commerce avec la Diviftite femble 
bonnet par-tout cJes lumieres fupe^ 
rieures, erofent les depofitaires des^ 
fcietices & des arts^ Mais- ces S^a^ 
vans oifffs & fuperbes craignoient 
d'etre entendus^ lis voiloient leurs fev 
crets ft)us des emblemes pfefqiie 
inintelligibles , & peu de perfonnesf 
etoient admifes a I'explication de 
leurs myfterieux Hicrogty^phes ; fi 
poirrcant on dei^ entire que les Bie- 
W)glyphe?s ayeirt jaim«is renfetme d^ 
ter ha Wfes cotTftoiffancris^ 

Led Frinces terioient dTeiRf teur 
education &; leurs lumieres r c'eft k 
cux qu'il fauc actribuer ce gout pour 

^ii> 



30 H I S T OI RE 

les grandes entreprifes qui nous econ- 
nent encore aujourd'hui. Le refte du 
peuple plonge dans la mifere & dans 
i'ignorance , ne pouvoit ni rien con- 
cevoir, ni rien executer. Mais que 
penfer de ces ouvragesf admirables , 

aui fukant a tant d'enthoufiaftes*, 
epofent contre notre foiblefle , & 
eternifent la gloire de leurs auteurs I 
II y en a de difFerens genres , des Py- 
ramides , des Obelifques ,des Laby- 
rinces , des Statues , des ruines de 
villes : reftes informes (a) qui ne pre- 
fentent que des debris , & qui par la 
font chers aux voyageurs. 

Cettejefpece d'hiommes qui lie fait 
guere ufage que de fes yeux ^ voic 
tout avec etonnement, jug« fans gout, 
& raconte fans verite. Le defir de 
pafler pour extraordinaires leur fait 



(a) II faut pourtant excepter les Obelirqiiet 

Jui font r^ellemeDC de tres r beaux ouvrages. 
Lome moderne au milieu de coute fa magnift- 
cence s'enorgueillit encore d'en avoir pu t^li* 
ver quelques-uns. On verra a Tarticle deTAt- 
chite£lure , comment j'ai cru qu'on pouroh 
les apr^cien 



DU SIECLB D^AlEXANDRE. 5I 

jecter du merveilleux dans leur nar- 
ration : crop fouvenc ils invencent des 
fables , afin de pafler pour avoir vu 
des chofes qui n'onc frappe perfonne 
avant eux. Quelquefois au contraire . 
ils femblent fe defier d'eax-memes » 
&*n'ofent parler que d'apres les an- 
ciens. Qu'on life Thevenot , Paul 
Lucas & bien d'autres , on verra qu'ils 
copient Strabon , Pline , Pomponius 
Mela , pour faire la defcription des 
bbjetsiju*ils avoienc eux-memes fous 
les yeux, 

Mais ces pyramides qui femblent 
le dernier terme de la grandeur ^ que 
fauc-il enfin en penfer ? Ce font des 
ouvrages immenfes j elles prouvent 
le pouvoir des Princes qui les ont ele« 
v6es , mais non la delicatefle de leur 
gout. Quelles raifons auroic-on de les 
eftimer ? Eft-ce la quantitc de pierres 
qui y entrent , eft-ce leur forme ? Le 
premier merite n'en eft pas un : le 
fecond eft bien petit. II montre que 
les conftrudeurs n'en ^toient qu'auie 
premiers elemens de TArchicedure. 
Quand un enfant veut entafler des 
pierres les unes fur les autres , ii com* 

Biv 



^1 H I S T O I R B 

mence d'abord , fans reflexion , panr 
dontier plus d*ecendue a la bafe qu'aa 
fommet ; c'eft le precede qu indique 
la nature. La forme pyramidale ell 
done une preuve d'ignorance &. non 
pas de grandeur. 

Admireroit-oa leur duree ? On ne 
fait pas attention que cette duree me« 
me eft une fuite de leur groflierete* 
Le terns qui detruit fans peine les 
prodttilions legere^ du gout , ne mord 
qu'infenfiblemenc fur ces maffes enor^ 
mes qui couvrent plufieurs arpens do 
terfe. 

D'aiUeurs il pleut (a) rarement ett 
Egypte, Ce qui nuic le plus aux edi- 
fices dans nos climats , c'eft cette al-» 
ternative d'humidite & de. fechetefle 
qui en ebranlant infenEblement les 
parties quilescompofent, en faciliie 
la ruine. Les pyramides qui font inal-* 
terables dans ks plaines brulantes dtt 
Caire, feroient peot etre deja detruites 
dans nos canapagnes. 

( a ; les Anciejis ont aflur^ qii'il n*y pleu* 
vok point du tout. Les voyaeeurs modernes 
difent qu*il y pleut aux mois de D^ccmbre'& 
jAnvicr aum tort qu'a Londres, On eft eml>a- 
xaSi a concilici ces deuxii6cits. 



tns Sliest D'AtixANpftff^ '5 J 
Enfin la matiere de ces monf- 
trueox edifices ciicreraic-'eHc* pour 
quelqiie chafe dafts I'eftitrte qu'on en 
lait f II eft affez pfobable que ce font 
des pierres du pays ; ihais on lie yoit 
pas fans furprife.qu^l les fcrivams no 
, |>uiflent s*accorder, m^me fuf leut 
couleur* Des temoins oculaire^ di- 
feit que ce font des pierres tres-not- 
fes J d'autres tcmoins oculaires aflu* 
rent qu'elles font cres- blanches. Urt 
Auteur ancien a die que la furface en 
ctoit unie du haut en bas ; un {a) 
xnoderne pretend qu'on y avoit pra- 
tique des marches de quatre pieds de 
haut , & cda^ dit-il, ppur la coia- 
XQodite. 

. II en eft de meme des ^:Btte5 bi** 
timens dant on a patle: En fuppo^ 
fanr qu'on puiflejjCToire ce qu'on difc 
du labyrmtli^fde fes trois mille cbanlr- 
tresi f 4e"^ces- plafonds de marbrc 
qu^un voyageufr y a-^^^ , de ces* pto^ 
■diges de I'art en formes (bus la terre, 
on n y trouvera qu'une magpificenc^ 



( a ) Hiftoire des Empires*' 

Bv 



34 H 15 To I A B 

barbare {a) , un abus de TinduArie liu* 
jnaine, Ce font des pierres monf* 
tfueufes , des fall^s immenfes , des. 
Colofles 9 des Statues de cinq ou fix 
cents pieds de haut. Ces Statues fonc 
detruites j mais tous les fphinx 
qui exiftent encore font d une gran- 
deur prodigieu e & d'une fculpture 
grofliere, Les colonnes que le tems 
n'a pas renverfees , celles que la terra 
n'a point couvertes , ne font ni d*uu 
deflein corred , ni d'une proportion 



(h) On volt qae je ne refafe pas aax Egyp" 

tiens de la conflance & de la haraielTe. Jecon-' 
Viens qu'ils ont entrepris 5c execuc^ de grands 
ouvrages , comme les P^ruviens^ qae nous ne 
. fbupfonnons pas d^avoir eu des connoiflances 
Jbien ^cendaes & qui ont pourtaat d force de 
bras & de tems fait des chofes plus ^tonnantes 
que les Pyramides. Ce que je contefte aux prfr- 
jniers , c'eft le godt ^4a d^licateffe dont il ri^ 
paroit pasqu'ils aient m^me eu d'id^es 11 fatA 
jaimc encore a cet ^gard diftinguer les tems. 
Car apr^s Alexandre , apres la c^voituioa caur 
Ke en Egypte par les drees joints aux Mac^ 
donieas ; ceux-ci purent y porter les atts per- 
fed^ioun^s^& qui f^ait ules monumens plus 
fuportables qui nous en reftent ^ ne fonfpas'de 
ces tems poil^rieurs i . ^ 



DU SlicL£ D*AlEXANDRe. )5 

Elegante. Les petites parties n'y font 
pas mieax traitees que les grandes ; 
enfin dans ces mafures qui (one bien 
plus vancees que nos plus beaux chefs* 
d'oeuvres , tout demontre Tignorance 
des ouvriers , dc le peu de gout des 
peuples qui les employoient. Chez 
eux Tart etoit encore dans fon en* 
fande. lis ignoroient ces juftes rap- 
ports , cet enfemble qui attache Tceil 
du fpedateur fans le fatiguer, qui lui 
procure unplaifirtranquille, fans ef* 
frayer fon imagination, lis f5avoient 
forcer la nature , & non pas Tern- 
bellir. 

S'ils etoient Archite£fces groffiers , 
on ne peut guere penfer qu ils fuflent 
ou Pemtresou MuHciens plus deli- 
cats. On ne connoit pas leurs pro- 
gres dans ces deux arts : les hiiloriens 
n'en ont rien dit ; mais a en juger 
par le refte , on ne doit pas en avoir 
grandeidee. 

Si ces talens avoient eti dans lege^ 
niede lanation^la barbarien'auroit pik 
les eteindre tout - a- fait. Ils auroient 
reparu fous des Princes bienfaifans & 
magnlfiques tels que les Ptole mees 

Bvj 



,^6 HrsTOTRr 

G'ed ainH que les arts accueillb etti 
France fous Francois Premier , pref- 
que etouflfes fotis fes focceileurs par 
les guerres de Religion , fe ranime- 
rent tout dun coup a la voix de Ri-' 
chelieu , & fe developp^rent avea 
iblendeur pendant tout le regne de 
Louis XI V. 

- Ceft ce qu'on ne voit pas en Egyp- 
it, Ce qu'elle avoit de tableaux dans 
les terns plus modernes , elle leste- 
jioit de la Grece. Ses Rois en ti- 
jDoient leurs Danfeurs , leurs Mufi-; 
ciennes , leurs Comediens. Lacapitale 
alors cclebre par la moleflTe de fes ha*- 
titans devoit aux etrangers jufqu^a fes^ 
plaifirs. 

On parle beaucoup de la bibliow 
thcque d'un Roi Ozymandias. Ce 
grand Prince aimoit I'etude , & il 
avoit fait mettre pour infcription fuf 
la porte de fa bibliotheque , bouti- 
que des remedes de I'ame. Ayant 
donne nn fi beau nom a fa biblio- 
theque J il ne lui manquoit plus que 
d'avoir des livres-: mais alors perfon- 
ne n'avoit encore ecrit. On ne con- 
noiflbit pas meme Tufage de Victim 



BU SIECLB d'AlCXANDRE. fj 

ture. Ces figures maudades & ininrei-* 
ligibles que nousavons nominees Hi^ 
ro^lyphes, eo cenoienc lieu ; eiles 6* 
totenc gravees fur de hautes colom* 
oes 9 ou fur des pierres d'nn volume 
enorme. Ces colomnes & ces pierres 
pouvoient difficilement entrer dans 
une bibliotheque J & Ton ne voir pas 
a quelle maladie de Tame elles poa« 
voienc lervir de remede. 

Les inondacions du Nil aprirent, 
dyit-on y la Trigonomerrie aux habi- 
tans du. pays qu*il arrofe. La necef- 
fice de diftinsuer leurs heritages apres 
la recraice des ewixx, , en fir d'abord* 
des Arpenteurs » & enfuice des G6o^ 
metres. Cependant ils ignoroient le* 
proprictjs du Triangle & du Cercle^ 
fans lefquelles il n'y a point de G^o* 
mecrie. Celles 4e la fphere ctoient 
loin de leur etre connues. Ce font 
des Pfailofopbes Grecs qui ont fait 
ces decouverres utiles. Platon , Py- 
thagore I ArchimWen*^oient point 
nes fur le bord du Nil. 

Quand Alexandre voulut envoyer 
a fon precepteur les obfervations af> 



3 8 H I s T o I K s 

tronomiques de T Aiie > ce ne fut pas 
a Memphis qu il $'adre0a. Les feais 
Caldeens fournirent des memoirs » 
& le filence de TEgypce en cette oc- 
cafion prouve combien elle ecaic pen 
cclairee. 

La Mecanique , cet art qui fern* 
ble ne avec Pbomme , y etoit tres- 
impai;faite. lis ne ffavoienc pas ren* 
dre les elemens efclaves de leur 
adreflfe. Loin de foup^onner I'ufage 
des forces mouvantes , & i'augmea*^ 
tacion de puiiTance qui en refulce , 
ils n'employoient pas meme les ret- 
*fources les plus fimples de la nature* 
Si I'on veut fcavoir comment ils s'y 
prenoient pour le tranfport des far- 
deaux , qu'on ouvre TAbbe Guion ^ 
(a) on y verra que deux mille hom- 
ines furefit trois ansyia faire faire par 
i^au t un trajet de vingt jours , a une 
pierre de trente pieds de long. 

Ils exerfoient la mcdecine, maij 
fans intelligence. C etoit une routi- 
ne dont il n'etoit pas permis de s'e- 



[a] Hiftoire lies Empiret. 



BU SIECLB D'AlEXAKORe. Jf 

carter. La loi defendoic les expe* 
riences : c'eft-a-dire qu'elle obligeoic 
les Medecins d'etre ignorans. lis e^ 
toienc refponfables de la more du ma* 
lade y quand ils ne Tavoienc pas traicc 
felon les regies > & Fon con^oic ai*» 
fement qu'avec un paretl principe ^ 
prefque touce^ les maladies dev&* 
sioient mc^celles^ AuiTi dit • cm que 
TEgypce ecoic an pays mal fain. 

Si I'on examine enfuice les moeursda 
peuple y laconflitation meme du gou* 
vernemerK , on verra par - tout des 
contradiAions ou des abfurdites. L'& 
gypte avoir d'excellentes loi*, aux- 
quelles les Princes memes etoient fou- 
mis, j& on n'en raconte que des exem- 
fles de defpotifme. Elle avoit des 
armees immenfes ; elle encretenoit 
cinq ou:fix cent mille foldats ^ S^ 
ftit toujours fubjuguee fans tefiftance. 
Nabuchod'onofor , Cambife, Alexan- 
dre n'eurent qu'a fe prefenter pour en 
devenir les maitres. On y croyoit 
i'immortalite de Tame , & dans les 
repas , on prefentoit une figure de 
mort aux afliflans ^ en leur difant » 
tuvez & mangez , car voiia ce que 




46 HisTOiAt 

vous ferez un jour. Eft-ce ainfeqtie 
pen rent desgens pertuadcs d'vat^ aiw 
we vie ? Par le contrat d© mariag^, 
\e mari s'engageok a obeir exade« 
ment en tout a fa femme. Au moins 
ee£ article n^eft que ridicule. Mais 
apres cela , il eft bien fuprenaitr qw'iert 
Egypte on efit befoin du minid^er^ 
des Eupuques. On a peine a devinejt 
Tufage qu'en pouvoienc faire des 
ipoux auHi foumis. 
- Ce pays tanc loue eft done biert 
au-deffbus^Co) de la reputation qu*on 
lui accorde. 11' faut rabactre beaueoup 
des eloges que lui one prodigue des 
auteurs credules ou mal inftfuits. 
Vers le terns dont nous allons par^ . 
ier , elle ^toit devenue une provitiee 
ie I'Empire des Perfes. Un Prince 
prefque imbecille en avoit fait lil 



[ tf ] Je crams coojonrs qae ma hardieflb i 
<(ire mon avis fur des objecs r^v^r^s /ii&{u*tci 
par ungratki nombre de S^avans , ne pacoiflk 
choquante. Mais je le repece i j'ai cru Sire 
fond^ dans cette fa^on de pcufcr , je rece* 
▼rai avec docilit^^ las aris qu'on pourra me 
donner a CGC^acd.^ t . , 



T>V SIlScLE d'AlEXANDRE. ^f 

conquece. 11 ne paroit pas meme 
qu'elle fut Jbien confideree de fes 
vainqueurs Les maitres des pyrami- 
des ecoient les efclaves d'an Satrape. 
S'ils ofoient quelquefois fecouer le 
joug , ce n-ccoic qu*aYec le fecours 
des etrangers. 

On leur avoir laiile leur Rclfgios 
& leurs Divinite^k Les Mages depo*- 
firaires & Juges fooverains do culte 
facre dans rEmpire,prodiguoient aux 
Egyptiens le plus grand mepris. En 
e&c les adorateurs du feu ng pou- 
-voient guere etre jatoux d'un encens 
brule fur les autels d^un boeuf on 
d'vm rat. Dedaignant egalement & 
les Pretres & leurs Dieux , ils Jes lail* 
ibient adorer humblement le Cro- 
codile qui les d^voroit ; & bicir des 
Teniples a tous les monftres dontle 
Nil etoit plein*. 



w 



4J2 H I S T O I R K 

CHAPITRE III. 

De la Perfe. 

CEs Empires d^ Aflyrie, de Ninive, 
de Babylone , d'Egypte fondis 
par tant de Heros inconnas , vinrent 
enfin avec toute TAfie fe fondre dans 
celui que forma Cyrus. L'biftoire dece 
Prince eftun peu moins obfcure. Les 
Livres Saints le nommeHt diftinfte- 
xnent. Les ecrivains Grecs qui en one 
parle n'en difent rien d'abfolument 
incroyable. Seulement il eft finguUet 
qu'ils foient oppofes prefque en tout. 
En rapportant la vie du meme Roi , 
lis difent des chofes toutes difieren* 
tes. 

L*un (a) fait de Cyrus une efpece 
d'avanturier fans moeurs , ians prin- 
cipes , qui n'avoit d'un Conquerant 
que la ferocite. Ceft un ufurpateur 

r 

(tf)H<frodotc, 



©U SIECLB d'AmXANDRE. 4^ 

barbare qui doit le Trone a des cri- 
mes, & qui va dans les pieges d une 
fcmmc terminer une vie deshono- 
rante par une mort ignominieufc, 

Dans Tautre {a) c'eft un Prince phi- 
iofophe , ne pour etre le modele des 
Rois & des Generaux. Ceft un de ce$ 
ecres bienfaifans que la nature accorde 
rarement aux voeux du genre humain. 
II regne , il combat comme le plus 
grand des hommes , il meurt comme 
le plus fage. II nous eft afliirement 
bien difficile aujourd'hui de decider 
lequel de ces deux- portraits eft le 
plus reflemblant. Rollin, cetecrivain 
celebre , juftement & generalement 
eftime , a fiiivl le recit de Xenophon. 
Peut-etre feroit-il a fouhaiter qu'il 
nous eut appris la raifon de cette 
preference ; celle qu'il en donne.ne 
paroit pas fuffifante : c'eft ^ dit-il , 
parce que la mort de Gyrus eft bien 
plus belle dans X^nophon que dans 
Hcrodote. Gependant fi jamais un 
ouvrage aeu I'air chimerique , c'eft la 



.[(i}X6nopIiofi«. 



44 ^ Hitoritr 
Cy ropedicCenedifcipline dcsPerfe^ 
done dix ans apres il nefelle pas le 
znoindre veArge; eecte exceUeiiM^dcH 
cation qui n'apprend rien aox jeanef 
gens '3 puifque Cym*, malgfe umces 
les lemons de fiigeiTe s'inftraitr en tAM 
demi-heure avec fon pere^ pfo^ qtt*i8ft 
quinze ans avec (es maitres , la mo* 
f ale de Sccrace qui fe r^trouve route 
entiere dans la bouche de ce H^rds^ 

Suerrier , font autant de cbofes qtti 
01 vent rendre cette Hifloife bi^ 
fufpede. 

D'un autre cote , Herodote n*eft 
guere plus croyabte* On vo«droit 

?tte cet ecrivain ceiebre , appetl^ le 
ere de THiftoire » eut doi^vyi a. fes- 
fucceffeurs Texemple de Te^xadkude^ 
comme celut da ftyle. 11 efl aiie de 
ie convaincrequ^il a fouvent ramafl^ 
fans choix les faits les plus abfottdes, 
& que dans les chofes memes qui rt^ 
gardent la Grece , on ne doit pas ie 
croire fans examen. Si doncdefrdeun 
ouvrages qui nous font connofere Cy-^ 
rus , Tun eft un Ronoan fairs vraifexiw 
blance , & I'aurre u» Livre ibovent 
ians verice , que fauc-il Cf aire au 6^ 



ryu siECLC b*AiEXAKDRC« 4f 
fet de ce Prince ? U a exifte, put fque 
l^ecricure en parle. II a ^ce un grand 
capiiaine , puifqu'il a fait des con- 
qui§refi : en general on peuc le metcre 
an rang de ces fleaux hrillans qui ont 
defole ie monde ; mais le detail de 
fesadions eft parfakenvent ignop6« 

Ceft aififi q<tt'on connoit les tioms 
^e Phara^mond & de Merouee« On ne 
peut gu^redouter quails n'ayrent^te 
Kois des Francs, lis font au nombre 
jdes Chefs qui ont guide la yaleur de 
fios ancetres , coiitre la foiblcfle d^s 
Romaias. Mais dire precff^meint en 
qualle annee ils ont vicu , en quels 
lieux ils ont regne ^ domyer m^me uilfe 
idee de leurs exploits j c'eft ce que 
TMiftoirene fjauroitiaipe aujourd'hw. 
£t}e ne marche qu"^ Taide des mo- 
numeos auteflriques , & la nuit des 
terns, ou plutot les tenebresde Tigno- 
fance ^ one fait difparoitre ceux qui 
polivoieat nous eclairer a leur fujet. 

Sans vouloir done deviner au jufbe 
ce que fut Cyrus , tl fuflSt de fjravoir 
^e 4es prenwers fuccefleurs de ce 
grand homine,ne fious font gtiere plus 
c^Biius-.. Si un Darius qui dut la cou- 



4^ H I S T O I R E 

ronne a un ailaffinat , & , dit-on , aut 
henniflemens de fon cheval , fe fit 
battre par des Sauvages appelles Scy- 
thes^ ^ enfuice par les Atheniens a 
Marathon \ ces difgraces n'eucenc 
point d'eclat , parce que fon fiis en 
eprouva de bien plus honteufes. Ce 
filsappelle Xerxes , ebranla TAfie en- 
ciere pour accabler la Grece. U epuila 
fes vaftes Etats pour envahir un 
coin de terre qui devint le tombeau 
de fes armees. II ne faut pourtanc 
pas croire qu'il marchat avec cinq 
millions d'hommes, pour fubjuguer 
un petit pays qui n'avoit pas deux 
millions d'habitans. Les ecrivains 
Grecs. n'ont pas cru ppuvoir trop 
ezagerer le nombre de fes foldats^ 
pour relever la gloire de leurs com- 
patriotes qui les avoient vaincus : 
mais toutce qu'on peut en dire^ c'eft 
€[ue fes troupes etoient nombreufes & 
riches , celles des Grecs , pauvres Sc 
pleines de courage. Les Perfes com- 
Dattoienc pour un maitre ; les Grecs 
pour eux, & pour leur libertew lis 
repouflerent aifement des foldats 
charges d'or & d'^rgent ^ qui coxa* 



BU SIECLE d'AiBXANDRE. 47 

ptoient le fafle & le luxe pour la 
premiere vertu d'un guerrier. Ces ma- 
gnifiques depouilles , qui trop fou^ 
vent annoncenc & produifent lefcla* 
vage , devinrent cnez les vi&orieux 
le prix de la valeur j & I'ornement 
de la liberte. 

On ne peut trop remarquer la reA 
femblance des fcenes qui fe jouent 
fur le grand theatre du mcMide, Xer- 
xes devint pour la Grece , ce que 
Philippe Second fut long-tems apres 
pour la HoUande. Tous deux en 
prodiguant des tcefors immenles con^ 
treleurs ennemi$,Ieur preparerent des 
rclTources pour fe defenare. lis poli- 
cerent , ils enrichirent les peuples 
qu'ils avoient voulu dompter. Mais 
^imprudence du Monarque Perfan » 
fut plus fatale a fes fiiccefleUrs que 
celle de TEfpagnol. Xerxes en vou^ 
lant allervirun pays dont la conquete 
n'auroit rien ajoute a fa pui^nce , 

})repara de loin la mine ennere du 
ien. Quatre Princes qui regnerent 
apres lui ne firent que la faciliter. 
Amollis par le luxe , toujours en- 
fermes dans leurs nombreux SerraiU^ 



4? Htstoirb 

ils ne durent leur confervation qu*aux 
troubles qui defoloienc la Grece« 
Lorfqu'enBn ees troubles difTipes lui 
permirent d« fe reunir contre i'en- 
nemi commun ^ la Maifon Royale 
dc Perfe fe trouvadeshonoree par des 
crimes , & TEtat ^branie par des re- 
voltes* Un fcclerat nomme Ochus^ 
devenu Roi a force de meurtres^ 
'ayant pafle fon regne a combaccre 
fes fujets p pcrit enfin par les intri- 
gues d'un autre fcelerat nomme Ba- 
g4)as. Ce dernier qui etoit Eunuque 
& puifianty diibbfa deux fois du Tro- 
tie. II donna d'abord pour maitre a 
la Pecfe un enfant qu'il aflafliDa^dc 
cnfuite I'infortune Darius Codonciaii* 
Le rival d'Alexandredevoitdonc la 
Couronne a la prote&ion d'un Eu- 
nuque. L'Empire fe reflentoit encore 
des fecouiles qui Tavoient agite fous 
le gouvernement d'Ocbus. Les Prd- 
vinces.nouvellcment remifes fous le 
joug, devoicnt le porter avec im- 
patience* Les Grands accupes de leurs 
int^rets , peu fenfibles a la gloite da 
Trone, n'en voyoient que I'aviliflfe- 
mefiit ,5c les peuples £itigues/par tant 

die 



Du siicxfi i>*Ai.czAiri>R?* 4f 
changemens fiibitsne pouvoienc avoir 
81 amour ni refpedk pow un Princt 
feone , a peme conim , & qui wt9f^ 
^oio d'autve dr^c a la. Awreraiatt 
piiflance ^ qua d'avoir f^u plasre i 
rlnfame aflUifl do deux Rois. Ces 
obfervations que les Hiftoriens ne 
fent point, aideM a concevoir pour* 

2uoi^ les progres d'Alexandfe farenc 
* rapides* 

CHAPITRE IV. 

JDc Tyr^ de U RhAtkU d du rep 
de tJJie. 

LE Royaume dfe Perfe contenoit 
TEmpire entier qui porte en* 
ccyre te mcine nom; A ^orient il 
occupoit une partie dfe r£mpire du 
grand Mogol , defignee alors par de^ 
noms dont il eft tres^ifficile d'iiidi-* 
querla veritable ngni&cation.Dti>Tiiidf 
a rbccidenc, fes bornes etoieiit le 
Golfe Perfique , I'Arabie ; au' itord 
ces immenfes deierts de la TaYtinie. 

C 



5© HiSTOIR* 

moins peuples que ravages par de» 
l^arbares inconnus, appelles Scythes , 
dont les defcendants confervent en- 
core ies moeurs & la ferocite. On ne 
ibupgonnoit pas I'exiftence de ces 
vafles contr^es de la Mofcovie , de 
la Chine , de la Coree , du Japon , 
qui par leur ecendue , leurs ufages , 
leurs loix , & meme la figure de 
leurs habitansj femblent former un 
autre univers. La partie interieure 
liies Indes n'etoit gueres itiieux con* 
nue. On n*avoit point encore ou- 
vert ces niines precieufes de Gol- 
conde & de Vifapour , qui produifent 
^nt de fuperfluites brillantes. Les 
yeuples de ces beaux climats con- 
tens des avantages que la nature a 
prodigues a leur pays, aflez heureus: 
jpdur ctre ignores de leurs voifins ^ ne 
fongeoient point a les troubler. Ce 
que les Hifiorlens d' Alexandre ap- 
pellent le monde entier , les nations 
qu'il afoumifesy ne formoient done 
pas le quart de I'Afie. 
'. Sur les cotes voifines de TEurope, 
en trouvoit quelques Grecs qui vi^ 
^oient en republique fous la pro- 



BU siicLE d'Auexandre. 5» 
te&ion du grand Roi. lis avoienc 
bien degenere de leur origine , & 
ne fe defendoienc d'une fervicude en- 
tiere qu'en faifant baflfemenc l«uc 
cour aux Satrapes. Un peu plus 
hautetoit la celebrevilledeTyr, qui 
ne poffedant prefque en terre fcrme 
que le feul rivage ou elle etoit ba^ 
tie , avoit f^u fe former un empire 
t^tendu, fonde fur les befoins & Ti* 
gnorance des autres hommes. Ses ha- 
bitaps furent les premiers , dpnt Un- 
dullrie Impofa un tribut volontaire 
au luxe & a I'indolence de leurs voi- 
fins» lis fe rendirent les fadeurs des 
nations , & par ce moyen qui a der 
puis (i bien reufC aux HoUandois , 
ih s'enrichirent fans avoir de ri- 
chefles ^de leur propre fonds. lis 
avoienc encore avec les HoUandois 
une autre reflemblance ; c'eroit la 
frugaUie dans Topulence , & le peu 
d'envie de'fairedes conquetes. 

Avant que de pafler i la Grece, 
il faut donner une idee de Carthage ,1 
colonnie de Tyr , dont nous avons 
parle ; & de Rome , ennemie irre- 
conciliable & heureufe deCarthage* 

Cij 



11 HfST^TAS 

Quokpie ces deux villes bc foienr m^ 
trees pour rien dans les mouvemenf 
qui agiterenc I'Aiie fous Alexandre i 
dependant elles font dignes toutei 
deosc d'une attention partkuliere , 
parce q«f Tune jouiflbit d^ja d^une 
reputation ctenduc, & que Fautre 
comment oit a la merker. 

CHAPITRE V, 

J)e Carthage. 

TAm>is que Tyr etendoit au loin 
fon commerce , 6c fembloit 
etre feule la fource des ricfaefTes d^ 
FAfie,^ qp^lques-uns de fes citoyeni 
allferent s'etablir dans un com de 
rAfrique. P!don^ foeur du Roide 
Tyr^ clTa(Re par les cruautes^ fon 
frere ^ & fiuv je de quelques PWni* 
ciens attaches a fa fortune , Wtit Car- 
thage for le bord de la men Les 
Afincams encore grofiiers , accueil- 
lirent les fugitifs avec bimanite. lis 
leur ciderenc £ms peine un en^la-^ 



^emeitt done* lis ne coooiMilaieor 
pas les avaiitages^ Les Tyrieos j 
porcereac I'oipf h d'indtifttic &• d'ac^ 
tivic^ de kur paySi> lis cttlctverent 
par gou€ & par lieceffise to com- 
fiierce que les naturels nedigeoienc 
par ignoraiice. Tyr* vie biemoc fa 
fiile devenue fa rivale ; Carthage 
couvrit les mers de vaifieaux. £n 
loutenant le commerce d'one main , 
elle eut ramkictoa de conquerir de 
I'aurre, les nations meme x)ui Tenri^ 
cbifibienu Ses generaux procure- 
rent a leor pacHe la gloinequi zc^ 
compagire les expedkfdns guerrteresr. 
lis c(K3)meticerent mr aiTervir les def- 
cendans de ces Arricaios qui avoienc 
autrefois ft Hen traite leurs ancetres* 
Enfuice ils porterent leurs armes dans 
rEurope^ Ils defcendireat dans !'££- 
(iagne,alar5 barbareific tnconnue ,mm 
j^euplee Sc feconde en inities abon* 
dantes. Ils en traiterenc les peoples, 
xxnnme les Eipagitols eux-memes one 
depuis traite les l^ibittns da Me»- 
xique & du Perdu. Ils en mafla** 
uoe paraie p Sc employerenc 
Cii) 



54 HiSTOIRE 

les bras dcs autres , pour arracher k 
la terre ces metaux qui flattoient leur 
avarice. Depuis j lorfque Xerxes non 
content d'armer TAfie eritiere centre 
la Grece , lui cherchoit partout des 
ennemis , ils fe firent payer fort cher 
par ce Roi barbare pour entre- 
prendre la conqu^te de la Sicile , qui 
devoit leur refter. 

II eft bon de remarquer que ces 
marchands avides portoient Tefprit de 
trafic , jufques dans leurs expeditions 
milicaires. Ils aimoient mieux amat 
fer de Targent pour payer des fol^ 
dats, que de cultiver des terres pour 
les nourrir. Certains de trouver des 
defenfeuTs tant qu'ils feroient riches ; 
ils laiflbient aux autres nations Id 
foin de recruter leurs armees. Ils 
achetoient le fang des peuples pau- 
vres . & courageux. Faifant de la 
vie meme des hommes un obiet de 
commerce, ils fourniflbient des trou- 
pes a leurs generaux, comme nn fac- 
teur envoys des marchandrfes a fes 
correfpondans. 

Un efprit tout diflferent animoit 



DU SIEELE d'AlEXANDBE. 5J 

tin peuple alors bien moins puiflTanty 
qui difputant a peine centre fes voi- 
fins la pofleflion d'un terroir ingrat , 
n'annon^oic 'pas qu'il dut fitre un 
|our vainqueur de Carthage, de la 
Grece, de la Perfe , & de prefque 
tout Tunivers connu. 



CH APITRE VL 

De Rome. 

4 

CE T T K ville devenue fi celebre 
etoit encore bien loin de tant 
ffc gioire & de puiflTance. Prefles de 
toutes parts par des ennemis bra- 
ves & pleins ae valeur , fes citoyens 
n'avoienc peut-6tre du leur courage 
iqu'a la neceffite. lis etoient tous 
foldats, parce qu'il s'agiflbic a chaqu6 
inftanc ae leur deftruftion. lis n'au- 
roienr bien-tot^ plus eu de patrie, 
s'ils n'avoient pas ff u la defendre, 
* Cependant les Hiftoriens l,eur at- 
tribuent des le commencement , un 
"plan de conduite tendant a la conr 

Civ 



5<f Hi ST O I RE 

quete . d\x monde. lis veuleac que 
dans un terns oil trois mille Isri^- 
gands ib difputoient dans le champ 
de Mars une centaine dexnoutons^ 
avec une botte de foin pour jenfei- 
goe, lis fongeadenc a envabir de$^ 
pays , dont ils n^ connoifToient pas 
xneme le nom. lis one orne de fa- 
Mes le becoeiui de Rome fiaidaoMr 
Une tete crauvee au Capicole , la 
pefanteur d*tine pierre qtfon neput 
ibulever , furent des prefages tres- 
clairs de fa future grandeur. Parce 
qu'ils ont fait de grandes conquetes, 
on a cru qu'ils avoiemt toujwrs ,p#Qf 
ie a devenir conqu^cans* 

CetcefoibleiTe pardpnnal^leaux ao* 
cieas Auteurs^qui flattolent par des re^ 
Uts merveilleux la vanke de leur^ 
x^ompacriotes, ne Teft point dans lui^ 
IJiodernesqai lescopient. II fallol^ 
dire^, cequi efl vrai & vraifemblable^ 
que les premiers habitans de Kome 
ne combatcir^nt d'abord que pqur 
fa coniervation. Quand des circon(^ 
tances heureuies eurent augmente 
leurs forces , leur ambition 3'augv 
iaenta avec elle& Us fe iier?ircoc des 



{>6ttples vatncQs wat en vaMfcre i^aoh 
tres I ils fe pretar€trt a k fortune ^ 
ic ^Ai T^deretit ifueiqaefoH ^ e« fut 
par Tfl^t^ce Sc la tralMifofll autaK 
i|ve par la vAleor. 

Vne<ito(t (mgAi^ef «efetft l«i 
^ges qa'on prodigue a«te varto <le 
CC6 andem iWmaiiis* La pi^BVFA^^ 
k^pQ^ettf 4staient, cik-oii^ ks (bin 
ttens 4e bt R^i44fq«e. Ok vdk 
^bas tes Foetes de^ deferiprions toiH 
diantes de Tkiiiocence qm regnok i 
Rome dans les premiers terns. A 
les enrtendhre tous fes ckoyens ecoienc 
aucant de p4ik)foplies pratrques ^ 
dont la comjnence & la nlodera^ 
uem ^ieknt la home de kur p^f* 

?e veoK crolie qoe qnand Rome 
ft fon Empiw n'^Kccupoit qae 4eM: 
lieiies de cerrein , les moewsyetoient 
encofe refpeftees. II i»e poHYok y 
OYOir de lu«e chez des brigands gro£- 
ficTs, a qui one terre oeu ferc^ 
ffywmffoit a peine la fabmlance. tW 
n^voient pas de quoi pafyer les vict*s« 
JMais cet ecat dura peu. Le premier 
£mt de leurs pillages fat cbez; eux> 

Cv 



58 HisYoirU 

comme clie^ les aucres peuples > £ifc» 

crifie a la volupt^. , 

Dh le terns de leur quatriimfe 
Jloi , ces laboureurs qu'on nous peint 
fi ennemis de la molefle , firent une 
diviniti^ de la courtifane Flora. On 
confacra la flus belle faifoh de rah* 
nee, a celle qui avoir tronfacre fes 
beaux jours aux plaifirs des citoyens. 
L'agreable emploi qu'elle avoit fait 
de fes charmes lui valut Tempire des 
fleurs. Je f§ai quelle paya les hoii- 
neurs qu'on lui rendit. Ce fut du 
prix de fa beaute qu^elle acheca des 
autels. Le peuple Rotnain inflitue 
far eljfe heritier de fes richeffes , crut 
qu^iin culte religieux pouvoit feiil 
prouver fa reconnoiflance. Mais eh 
bonrtefoi , eft-ce cbez un peuple ver- 
tueux, qu'on recompenfe le liberti^ 
nage par Tapotheofe f Eft - ce daris 
une ville bien reglee , qu'on b&tit des 
temples a une femme publique ? Eft- 
ce avec des particuliers pauvres & 
attaches au travail , qu'elle trouve 
moyen d'amafler des treforsj Les 
Auteurs qui racontent Thiftoire de la 
^;^llc flora I auroient du, c.e fen^blc* 



DU SIECLE d'AiEXANDRE. ^^ 

Vanter la generofite , 5c non pas la 
^ageffe des Romains qui renrkhif- 
foient. 

Quoi qu*il en foit, Alexandre n'eut 
rien a demeler avec eux. Tite-Live 

{iretend que ce fuc un bonheur pour 
ui. 11 exagere la valeur de ce peu- 
ple , le courage •& Thabilete de fes 
generaux , le nombre de fes foldats, 
que le Prince Grec n'eut pu cgaler 
malgre touce fa puifTance. Mais les 
Tolfques ctoient moins nombreuic 
que les Macedonians : Corialan n'e- 
toit pas plus brave qu^Alexandre. Ce- 
pendant a peine ce citoyen rebelle 
paroit arme fous les murs de fa par 
trie , que tout y tremble , tout eft 
dans la confter nation. Les grands 
hommes dont elle etoit pleine s'e- 
clipfent , lorfque la feule emulation 
'de gloire auroit du les engager a fe 
■"montrer. Ges Senateurs fi fiers vont 
humblement embrafler les genoux 
de leur ennemi. lis lui envoient des 
Pretres en pioceffion pour le flechir, 
& point de foldats pour le combattre. 
lis doivent enfin leur* falut a des 
fenimes , & Rome ne fubfifte qttt 

Cvj 



/So Hisroiar 

parce que fon eiuiemi a plas . ic^ 
.^randesr d'ame qu'eUe-.memc n'« 
xnontre de l&chete. 

Quekjue terns apres, Uttpetit oonit- 
Bre de Caulois ecrafe dans une UxAe 
bacaille tomes les forces de la Ke- 
publiqde. lb ^lafcfaenc a Roitie;^ 
ils la br^lenc ; \ks afllegent pendant 
fepc niois k Capitofc^ aux yen? de 
tTols cents nxiile guerriers Bpmains 
ilifperles & tremblans a ttois oiv 
quatre lieues de-la ^ & £ cenx-ci 6caiv- 
tent enfin leurs redoutables vain-' 
qoetlr^ , c^eil bien moins par la force 
4que par la furprife & la perfidie. D'ar 
pres ces faics averes p on nje voit pas^ 
pourquoi I'ltalie aurois pu devenir & 
iunefleauRoi deMacedoine. A&ire- 
xnenc le vainqueur d'Arbelle pouvpit 
l>ien fe promettre de fubjuguef une 
ville, qut avoic'demande grace a Co*-' 
riolan 9 & n'avolc ole fe iefeodi^ coifr' 
tie £reiui¥$^ 



DXr SI8CXB B'AUQtlNDRC 6t 

^^^■■■■■■■■■■■■^■■■■■■■■■■■■■Mi^ 
J P» ' ' ■■■ " ■ ' ■ ' " 111^^ 

CHAPITRE VIL 

Gnce. 

LA batEariV la pins epaHle ileC^ 
IhMOfMc le refie de catcf fsar- 
tie de runivers. L'AISemagne^rAiH 
^leterre^ lem&eilies ai^aurd'lBii par 
tanc de vilies opulei^ces , peupleeB 
imr iies bommes qu font bosoeur 
a lear paioie , .& itouvenc a xouc fe 
gense msiaio y etoH&tix alors csbnk 
¥erte$ de ferets infe^ees par sdes iao- 
Vl^es feroces , qui n'ltvoient aucme^ 
^communication avec lewrs voifins. 

Les ijauies liabttns paf nes aim 
^res^ ecoienc un pen pins polidnes. 
II piumc^Q'il s'y ec«>ic deja tferttn^ 
iks fibcaefies diitiiifies ^ des eeacs pai^ 
&mf. Lies mtms qn j fianc eenm 
jQunes ^ leor fottrniilbieot n>eme une 
t&pKC d'opoJence^ dont ks Romatns 
-tiecaffdereRc pas^ a les depoQilLer. Now 
4» i^ayom de cos Gwloia qoe C9 



4x HlSTOlRE 

que leurs vainqueurs nous en on^f 
appris. lis n'avoient pour confer- 
ver la memoire des evenemens paf- 
fds , que les poemes de leurs Bir« 
des ou Druides , efpece de Poetes 
refpedes , qui ^toient en. meme- 
terns les Precres de la nation. On 
ffaic que prefque tout leur culte con- 
fiftoit.a avoir fur eux du gui' , '& 
a imgipier quelquefois des hommes 
a unMcertain Theutath , qu'ils re- 
^ardoienccomme lecreateur del'u- 
3ivers. 

' Ce climat aujourd'hui fi tempere, 
tetQit alors fi trifle , Si rude par la 
-quantity de bois &. de marais qui 
couvroient la terre , qu'il arrivoit 
.fouvent a des portions confiderables 
d'habitans de s'expatrier. lis pap- 
«toienc fans autre relTource que leur 
jepee & leur courage : ils alloient 
ie faire par la force des . ecablifle- 
Hcnens dans des climats plus doux, 
-cliez des peuples que cette douceur 
avoit amoUis. Des troupes nom- 
'.breufes de ces avanturiers avoienc 
:deja paflfe les. Alpes. lis etoient def- 
^cendus fur les : rives du Po, ^ s'o* 



DU si4ci« dA'iexandrh. ^) 
toient emparesde cette campagne de- 
Ifcieufe qui forme aujourd^hiii le Mi- 
lanois & fes environs. Cependanc 
eomme ils ne mectoient dans leurs 
entreprifes aucune politique , que 
ces eUaitis une fois fixes n'encrete* 
noienc plus aucune correfpondance 
ivec la nation qui les ' avoit pre?* 
duitSy ils fe confondoient peu a peu 
avec leurs voiiins & leurs fu)ecs , 
& confervoient a peine la memoire 
de leur origine. Quoiqu'ils eufleiic 
fait aflez de conquetes pour former 
un grand empire , ces conquetes n'e- 
tant ni reunies, ni gouvemees pap 
le meme efprit , les Gaulois ne pa- 
roiflbient point encore redoutables. 
On ne les comptoic pour rien dans 
le monde. 



^ HisTOf&C 

CHAPITRE Villi 

J% jb <;ric« enigin6mL 

SI iWi deiroic fu^ef dks peiipfef 
par le sendn qti'ils out i^cetipe f 
il Ti'y en aivob PMU tie pisi sac ^ 
pri&bfes cjite iee iSrocs. Le petk pst>» 
^'tls iiabitoiefit , n'avok Mcme dte 
ces produttbtts pi^ieu(e»^ qui tien^ 
nent Icf pvenier rar^ dftiis l-effiitte 
des IfiMnflMs. La nature (fambloit I9 
avoir cofidKmnef a .ne pas S&fxx de 
la»bicarui6 «u fcmtenfihrelies tant de 
muom puittoises. Maiacette con^ 
tree fieriie fucpeuplee par dcs itona^* 
mes courageux , dont te defpotirme 
li'eut pas le terns de fletrir 1^ fen- 
timens. Les arts qoe la fervicude^ 
touffe y y profp^rerent fans peine a 
Tombre de Hndependaijce ; & Titt- 
fluence favorable ah la tiberc^ deve- 
loppa chez eux des relTources incoiw 
nues depuis a leur poftertt^ malheit- 
reufe & degradee par I'efclavage. 



t>U SlECIrB d'AuX ANDRE. €f 

Etie fut 9 die-on ^peuolee par Javan 
ou Ion , petic^fils de Noi ; inais en 
uxeme-cexxis on afTare que \es fpre^ 
xaiers Grecs etoient des fauvages qui 
]>routoient Therbe ^^ vivoiecrc dam 
ies hois conxme des hetes. U e(t a^les 
d^^ile d'imaginer que ce Javan , 
^es avoir mai^ du pain , & btt dn 
vin avec fon grand - pere Noe , ait 
j)u ie nefoudreit vi^re de glands d&n^ 
ie PeloponneTe » ou a courk« tout nsid 
ilans Ies Opines & Ies buiAan^ de 
rAttique^.apris avoir porte des hau- 
lms dans lies plaines brvlances de 
rAflyrie. S'ii cesinoiflbit rAgrkuIok 
j^y.comnient aerien&igna-t-il pome 
k fes^nfans i cemmem la memeire de 
icet arc necei^aire vinc-eUe a ie perdiie 
en Europe^ candid qu'on perp^oiceii 
Afie cielbe des artsijui n^^toiem ^o^'a** 
greabies ) Pour moi j en iifanc THi^ 
xoire des ancieos peoples , ^ fuis ega>* 
lement porce i me defier 4e k m»- 

Sificence 4es uns , & de la mfticiee 
sawTe§ > parce ^vi'eanc fi»rti$ d'^rae 
ibucbe 0(9t9itnui(ie, ils devoienc fei^ef' 
UroiAer coos dam c«s ppemiexs tcrns^ 
a Jbeauco^jp 4*egirdi# 



6f H I S T O I R E 

' Les commencemens de VHiftdire 
Grecque font, cdmme chez les aurrefe 

{)euples, defigares par des fables. Seu^ 
ement elles font d'un autre genre;. 
L'Egypte & rAflfyrie fediftinguoieht 
par de grands batimens , la G;ece 
par de grands crimes, ou de grander 
vertus. A Argos on avoir Tabominable 
hifloire des Danaides , a Thebes Tin* 
cede degoutant d'Oedipe. Athene$ 
s'enorguwUiflbit de Thefee. Plus d'un 
pays revendiquoit les exploits d'Her* 
cule ', & ceux des heros du fiege de 
Troye. Cetoit alors le terns des 
Freux. Les grands hommes etoient 
de vrais Chevaliers errans , qui cou* 
roienc le monde & cherchoient les 
avantures. Le fils d'Alcmene & Tami 
de Pirirhous pourfendoient les geans, 
enlevoient les pucelles , & donnoienc 
Texemple de routes les reveries , qu*a 
-depuis embellies Timagination del'A- 
-riofte. Les oeufs de Leda , les maria> 
ges , les infortunes & les combats dek 
Dieux , tous ces contes des metamor*- 
phofes qui defigur&nt THiftoire & 
/I'embelliflent que les Tableaux rvoilji 
les antiquites de la.Grec^. 



DU SIECLE d'AiEXANDRE. 67 

Ceft pourtant a debrouiller ce ca- 
hos confus , que fe font appliques 
bien des ecrivains. lis ont calcule,fup- 
pute,*arrangeie nombredes Rois dans 
chaque hameau. lis ontlixe au jufte la 
naiflance d'Erefthee aux jambes dc 
ferpent , la more de Pelops a Tepaule 
dTvoire ; ils n^ont pas ignor6 les an- 
hces de leurs regnes. lis en ont me- 
xne decouvert des anecdotes cacbees 
pour les contemporains. Qu'on fe 
fafle une idee de ce$ arrangemens po- 
litiques^ d'apres I'aveu fincere a'un 
d'entr'eiix [a). II reconnoit que quand 
il a trouve dans une annee trop de 
iaits,& trop peu dans une autre , il 
a fait une compenfation. 11 a enri- 
chi Tannee fterile aux depens de celle 
qui ^toit abondante , & par cet ac-» 
comniodement judicieux , il eft par* 
venu a faire difparoitre tous les vui- 
des de la Chronologie. 

On fent bien qu'une Hiftoire fi in- 
certaine doit etre celle des terns bar* 
bares 6c malheureux, Ceft ainfi qu'oa 

— : .^ . 

' [fl] L'Abfci Guyoa. 



4i iti srot^i 

ne ((ait rien dc$ premiers Gauloisf y 
des Germains , dts Efpagnob , tdnn 
qu'ih furetit iauvage^s & errand dans 
leurs fon§c«. Tout ^e qu'on £f3it de» 
Gfccs 9 c'eft ^iie des le tem» du liege 
de Tfoye , ils fonnoienc de|a ^me 
Kepubtique commune ^ diviXee en 
plufieurs petit§ Etats^ qui tousavoienc 
des Rois. Mais ces Rois ii'etoient qae 
des parctculiers un peu plus riches eo 
troupeaux , done iouce I'^coiite fe 
b<?rt|&it a quelques diftioj$bioas , idle 
qui n'avoient guere d'autre'prlviiegd' 

3ue de s'afleoir par -tout a la place 
'faonfieur, d'etre les plus expofe^ dans 
les batailles , &, de s'arxx^ar lui p ei» 
mieux que tes autre!s. 

On fe defic bien-tot de ces Princes ^ 
qm felaflbient peut-etreden'en avois 
que le notn. Prefqae par- tout le pea- 
ne satcribua le fouverain pouvoip^ 
Jl nommoit les Magiftrats , kl clioi*-^ 
Mote les G^neraux (bus qui il r9vt* 
loit combactre , & c'eft cette forme 
de gouvernement qui produific daa» 
la fuite tanc degrandes adions , canr 
de vertus , tant d'hoT»mes iiluft re > > 
Qtt'oa fe figure ime de «a$ pro¥iace» 



1>TT Slfc«.B O^AmANDRE. 6^ 

oti tons ks Tillages feroient: fermes 
de murs , auroienc chacun leur ter* 
toir y ietrrs I^x , leurg moears , ie fe« 
tdient fouv^nt la gaerre eacr'eux , A: 
le remiiroient qudquefois concre les 
«tmeinis Strangers p on aura une 
idee de la Grec^. Parmi cette mul- 
titucle de pecits Etats voiGns & ja- 
lom, detlz vUles fur -tout fe diftin«* 
querent par leur rivalite , Sparte Sc 
Athi^es. Toutes deux ijiericent d'e- 
tre connues en paitciculi^r^ txms fur- 
tout isL derniere* 



C H APITRE IX; 

De Spmu. 



V>pl 



_ n*eil'potm cetcc ville qui aUi 
,«^^ plus contribue a la gloire de la 
Gcece. Elle n'eA pr^lque celebre que 
par £i fingularit^. Elle pouvoit avoir 
a^ peu pres la grandeur d'uae de net 
petices^ viUes , & h populatioa d« 
tone r£cat n'alloit pas a 40000 male* 
libr0i«^£lU avoic d'^abord et^ xnal^ 



7Q H I S T O I R B 

heureufe dans le choix d'un gouvcrr 
nement' : fatigueedes troubles qui 
la defoloienc , elie demanda des loiz 
a un de fes citoyens nomm^ Lycur- 
gue. Celles qu'il lui donna font d'au- 
tant plusetranges,qu*elles choquent 
les ufages de tous les autres peuples, 
& que jamais on n'en a pu trouver 
ailleurs la moindre trace. On a beaiu 
coup loue leur fagefle. Les mo- 
dernes, d'apres les anciens, les ont re- 
gardees comme des modeles de poli- 
tique & de legiilation. 11 eft aife do 
voir fi ces eloges font merites. 
: £lle$ avoient fait des Lacedein<>> 
niens lepeuple fe plus oifif de TU- 
nivers. C'etoit une Republique de 
foldats. Mangk , faire des enfans , & 
combattre ; voila rout ce que Lycur- 
gue demandoit a fes citoyens. II leur 
avoit interdit toute autre occupation. 
Les llotes ^ peuple autrefois reduit k 
Tefclavage, cultivoient la terrepour 
ces maitres orgueilleux. Ces llotes 
exerfoient feuls tous les Arts m^cha« 
niques. Tout le detail, tout Tembar-. 
ras du menage rouloit fur eux , fans 
<ju!onfjache a qiioi.^'pccypoifntjes 



Bu si^iE d'Aisxandiic. 71 
lem'mes, qui probablemenc ixnicoient 
rindolence de leurs maris. Cell a peu 
pres ainft que penfenc encore aujour^ 
d'hui plufieurs peuples, & I'on fpait 
s'ils en font plus heureux. La clufle 
ecoitydit-on^leur unique resource con« 
tre Tennui. Mais il eft difficile decon- 
cevoir que ce petit pay* p6t fuffire 
a nourrir fes habitans ^ les Ilotes qui 
ie cultivoient ^ Seles animaux defli- 
jies a I'amufement de quarante mille 
faineaosi qui il etoit defendu de s'oc« 
cuper. 

Tous les hommes a Sparte man-* 
geoient en public. Il y avoit^comme a 
Malthe,des auberges ou Ton fe raflem- 
bloit a i'heure des repas. Mais a 
Malthe , c'eil un feul Chevalier qui 
fait la depenfe des tables , & cet 
iifage y conferve au moins une ef- 
pece de decence. lei chacun de ces 
^uerriers porcoii lui meme toutes les 
Xemaines, ay maitre cuifinier , fa pe- 
tite provifion de vin, defarine, de 
xai(in fee & de fromage. Ces repas 
etoient guais. On y tenoit des pro- 
pos amufans : on y faifoit de petites 
malices innocentes , 6c po^r a.ccou- 



JX H f S T O C R K 

fumer les enfans a la difcrecion , Hfy 
vieilla-rd leur difoic , en montranc is 
porce 9 rien de ce qui fi dit id ne 
Jbrtpar-iL Au refte U ^Uoit de bons 
•ilomaehs pour s'accofnmoder de ces 
ta-bles ; le plus grand mangeur y etoic 
regarde comme le plus fobre ; le de- 
fine d'a[q)e€it paflbit pour unemarque 
ihtn temperance : & en meme^teros, 
par une contradiftion (inguliere » il 
B^etdic pas permis aux parciculiers 
d%recrop gras. On puni^ic rembock 
point comme un crime. 

II ne faut point croire que dans un 
pays (i extraordinaire , les msdiages 
i© fiflenc comme aiileur^. On n*y 
goutoit qu'en tremblant les plaifirs 
d'un amour permis. Un man pour 
coueher avec fa femme , prenoit au- 
tant de precautions que les amknts 
en prennent ailleurs pour fe glifler 
aupres de leurs maitreiles. Mais ceux^ 
ci trouvoient toutes les facilites po& 
fibles. Un vieillard qui avt>ic une 
ifemme jeune & joUe, & point d'en^ 
fans y pouvoit s'adrefler a un jeune 
homme frais & difpos, pour en tirer 
Ime belle race ; ou meme fans le coit^ 

fentemenc 



I>U SIECIE D^AlEXANDRE. 7J 

fentement du mari , le jeune homme 
pouvoit ofFrir fcs talens, & pourvu 
qu'il fut bienfait , la femme en les 
acceptant, rendoit un fervice a I'Etat. 
De touces les fa9on^ de fervir la pa- 
trie j ce devoit etre la plus ufitee. 

L'education des enfans avoit ete 
un des principaux folns du Legifla^ 
teur. 11 avoit youlu qu'on leur infi- 
puitde bonne heure la louable ha- 
bitude de voler tout ce qui leur con- 
venoit , & quand ils fe lailToienc 
furprendre , on les puniflbit, non pas 
pour le vol , mais pour la mal- 
adreffe. , Du relle ils etoient fort bien 
eleves. Pour leur apprendre Tobeif- 
fance , il y avoit de certainsjours de 
fete,ou on les fouettoit jtifqu'a lamort 
fur un autel confacre a Diane , & fi 
la douleur leur arrachoit un foupir , 
ils etoient deshonores. 

A des peuples fi defoeuvres , il fal- 
loit abfolument des fpedacle% , & 
Lycurguey avoir^ourvu. Lesjeures 
filles combattoient toutes nues de- 
vant les gar^ons , quelquefois nie- 
me avec eux. Leur habillement or- 
dinaire n'avoit d'ailieurs rien de ge- 

D 



74 HisToiitr 

liam:. C*etoic use funpl^ rpbe ouverte 
par Ifi liaut , Sc fendue par le ha$ d^ 
puis U hancbe jufqu'auic pteds. Ua 
celebce FhlloToph^ de nos joiirs ap^ 
prouve &>n cet ufage ; il die qu'il && 
fifoit auxiBiles d'etre couverces de 
Vbormet^te publique« Mais ce que la 
plupart dcs lefteurs en croironc , c'eft 
que fi eet habillement n'etpic pas pro* 
pre a defendre la vercu , au mp'ms U 
^toic commode pour en manquer. 

On feiit bien que dans une pareille 
yllle ^ ou le lu^e n'etoit pas connu p 
C)U Topulence lae dpnnoic m honneurs » 
HI credit , ni plaifirs , perfonne ne 
vouloit prendre la peine d'etre riche#. 
Audi Lycurgue en avc^it banni les 
efpeces d'or & d'argent. 11 n'avoit 
perjni^ de fraper que de la monnoye 
dc fcr dont le poids excedoit beau- 
coup la valeur. II falloit , dk-on > une 
cliarr^cte a deux boeufs pour trainer 
dix rifines ou 500 liv* & une eham- 
bre cnticre pour la ferrer. 11 eft 
deja bien extraordinaire qu'il faille 
une cbambre pour ferrer le fer que 
deux bocufs peuvent trainert Che* 
nous la charge de cinquante cbe* 
%'aux tiendroit moins de place. Mais 



il Tefl bien davantage qu'un Spar- 
tme.coupable aic ete condamftc a line 
amende de cent mille dragmes oa 
50000 liv. il auroic fallu deux mitl6 
bceufs pour la porter au tr^or , & 
mille chambres pout la contenir. C'efl 
ainfi que les anciens font pleins d'ab- 
furditcs , que les modernes copient 
fansexamcn. 

A tant de Joix ridicules , poui? 
acbever de donner une id^e de 
Sparte , il en feut joindre de cruelles. 
Les premieres ne choquoienc que la 
raifbnjics autres outrageoient Thuma- 
nite, Paxexemple, les en fans qui , eh 
venantau mond^, ne paroiflbient pas 
d'une confticution robufte , ^toient 
condamnes a la mort des Tinftant de 
leurnaiflance. On,avoic fait ao milieu 
de la viile un trou expr^s oh on les 
precipkoit. Les efcfaves des Lacede- 
moftiens etoienc , fans exception , les 
phis malheureofes cr^attires qu'll y 
eut fous le foleil. lis n'avoient que 
des habits de peaux de chiens. Tout 
lemonde, joiqu'aux enfans pouvoit 
les malrraiter , fans qu'il leur fut 
peimis des^enfuir. On fcuf donnoii 

pij 



7$ HiSTOIRE 

tous les ans un certain nombre de 
coups de fouec^ fans caufe , unique- 
ment pour les encretenir dans la 
fouplefle & I'obeiflance. S'il s'en crou* 
voic quelqu'un qui fut ou plus beau 
ou mieux fait que la loi ne leur per- 
xnettoit de Tetre , on le faifpit mou- 
rir. On meccpic meme fonmaitrea 
Tamende , pour Tobliger par la fuite 
a defigurer ceux qui iui reftoient ; 
quand enfin lis paroiilbienc crop nom- 
breUx J on les egorgeoit pour s'en 
debarailer. VoiU les principes d'un 
peuple qu'onregarde comme le plus 
▼ertueux de I'Antiquite. 

Avec des loix (i fages , S parte ne 
fiit jamais puiflante. Le meprls de 
fescitoyens pour Tar^entne les empe- 
choit point d'aller &ire des baflefles 
a la Cour du grand Roi pour en ob- 
tenir. lis parvinrent a foulever la* 
Grece contre Athenes , dont la hau« 
teur avoit ali^ne tous fes voidns. lis 
la furprirent dans un inftant d'epui* 
femenc qui ne Iui permit pas de fe 
d^fendre ; ils la faccagerent , Sc ces 
fiers Fartifans de la liberte n'eurent 
ps home d'y ctablii la tyrannic. Mais 



DU SIECXB d'AlEXANDRB. J J 

Athenes fut bien-tot vengee. Epami- 
nondas faumilia Sparte \ (on tour : il 
porta le for & le feu jufqaes dans fon 
enceinte , & Lacedemone vaincue 
par les Thebains , accablee bien-toc 

{)ar les intrigues & les armes de Phi* 
ippe , ne pu# donner aucun fujet d'in- 
quietude a fon fils. 



CH API TRE X. 

LE plus mauvais pays de la Grece 
etoit TAttique , & c'eft la -qu'A- 
thenes fut batie, De tout terns un 
gJnie heureux femble avoir infpird 
fes habitans. Les Antiquites des au^ 
tres peuples font des fables ridicules 
ou groflieres. Celles des Atheniens 
ctoient des allegories agreables. Des 
Dieux s'etoient ^i^putesThonneurde 
nommer leur ville. Pallas , la Deeffe 
de TEloquence , pour lobtenir , fit 
fortir de la terre un olivier. Neptune 
le maitre d'un Element utile , mais 

Diij 



y% ^ His t o r rb 

capricieux & redoutable avoit produit 

un cheval fougueux, Lc voyage de^i 

Argonautes ^ renlevement de Pro- 

ferpine par Pluton qui la garde fix 

. jnois J & la rend pour fix mois a ia 

mere ^ etoieftt des emblemes , Fun 

du commencement de la navigation > 

Vautre^ du bled qui d^raeure en terre 

un certain terns pour fe reproduire 

av^ ttfure. Cei images frappantOT,^ 

qui fervoierft a confacrer la memoire 

des inventions utiles , amufoient ce 

peuple ingenieux : mais elles ont de- 

puisbien fatigue les Commentateur$ 

qui veulent y donner des explications 

plus extraof dinaires. 

Les Atheniens f^urent bien fede^ 
domiixager de la fterilite de ieur paysw 
Cctte Contree aujourd'hui defolee 
par le courage deftrudeur desTurcx^ 
a peut-etre ete la plus fertile de rU-» 
i:iivers en beaux genies. II fen;ibloiti 
qu*elle futla vraiepatrie des'Sciences* 
Qed de la que font fortis nos ma£« 
tres pYefque en tons les genres. Ses 
habitans ont exepce tpus les Arts ^ 
& ils ont excelle dans plufieurs. Quel- 
^ues-uns de Leur^ m^numens ioat 



fe!iappft ata barbariey aFinjufe dei? 
terns; & c*eft foavent un g'rancf eloge 
pow nds pfus habiles Artiftes que 
tf avoir pft reufl5r a fcs ifrriiCTr 

* ScHorr fit pour (rffe ccque LycWgu^ * 
avoir fait a Laredemone. II y dtxntiac 
rfei^ loix.' Manr il ne s'attarcha poiire 
comtnelc Spartiate^ a fbrniper des CofU 
dats faroucfreSj. fans autre verru cjue I2 
▼aleur. D itlnterdtt a fes^ citoyeM 
smcurt dts objets que- leur aAivite 
pouvcm ccmTrprendre. Sa:tTS foerver leur 
courare*, t\ fjiK Icur infmtrer du gadt 
pour les arts de la paix y^ & le muc 
de cette fage polirique fift de rarf- 
femMer dans Atfitires tourey les eC* 
peces de gloire, Dxx mille Atbeniemf 
Ihirent en fuitea Marathon cent mille 
Perfes. lis eurent tout Thonneur des 
riftoires remparrees fur Xerces^ ^ & 
fo nombreufes FTottey foenr d^trui- 
tes par un petit nombre deGalerejjp 
fertie? des Forts de PAhiquei. 

Apres aroir ainff defeffdu leter pae^ 
■frie arec courage , \H apprfrewc 2 
rfcmbellir av^c intelli^ce. On vit 
de toure pans s'elever des chefs — 
dTotuvter (T Archhewhure- que Rome ;^ 



8o His to I R B 

clans tout Teclat de fa puiflance , fe 
cruc heureufe de pouvoir egaler. 
L'envie de plaire au peuple & de le 
gouverner, perfedionna ['Eloquence ^ 
qui n'eft que Tart de feduire. La Poe- 
fie , la Mufique vivement encoura- 
gees reunirenc dans les Spedacles 
tout ce qui peut flatter Toreiile & 
Tefprit. Athenes d^vint le fejourde 
rillufion & la merveille de TUnivers* 
II faut pourtant Tavouer , fa puit 
fance militaire ne fut pas de longue 
duree. Elle eprouva bien-tot que fi, 
les arts agreabies fervent a la fplen- 
deur des Empires , * ils en annoncent 
aufli prefque toujours la chute. Ces fu- 
perbes edifices n'etoient pas encore 
finis.,' que des armees ennemies rav^ 
geoient deja les campagnes de TAt- 
tique. Le Theatre retentiflbit encore 
des applaudiflemens prodigues aux 
Pieces de Sophocle & d'Euripide p 
quand les Spartiates entrerenc dans la 
ville , egorgerent une.partie des ci- 
toyens , & foumirent le refle au plus 
rude efclavage. Si ce refte malnett- 
Teux parvint enfin a chafler fesTy* 
rans^ il n'euc plus dans la Grece i ni 



DU SIBCW D^ArtXAHDItB. 8 1 
confidcration , ni pouvoir. Envain it 
z^le impetueux de Demofthene les 
arma un inftant centre Philippe. Ce 
fut le dernier effort de la liberte mou- 
rance. lis tremblerent toujours de- 
puis devant Alexandre & fes fuc- 
ceffeurs* De toutes les grandes qua- 
lites de leurs peres ^ ils ne confer- 
verent que le gout pour fes amufe- 
mens de Tefprit ; & les vainqueurs 
de Salamine ne furent plus que des 
Orateurs eloquens , des Sophiftes fub- 
tils , & des flateurs ing^nieux. 



3 



CHAPITRE XL 

De Thebes & du rejle de la Grece. 

TAndis qu'Athenes & Sparte 
combattoient pour le premiet 
rang , une puiflance inconnue iurques** 
las'en empara.pour quelques annees* 
Les Thebains n'avoient jamais paru 
dans les batailles. Une garnifon La- 
cedemonienne logee dans leur cita- 
delle fembloit leur oter les moyea; 

Dv 



# 



tz H I stoi RiB 

de devenir redoucables. Vn pbilq^ 
ibpbe obrcur devena grand capkai^ 
fie a forc« de geiW'^ entreprk de 
leur donner une exillence. Sans pou^ 
voir ^ fans reputation ^ fans armee ^ 
il ofa concevoir le projec d'abaiffer 
U$ makre$ de la Grece «. &: il y reuflic 
Avec des citoyens timides ^ il fit 
d'excellens foidats. II euc ia gtoire i 

dk voir ^it devanc lui les iavinci- ' 

Hes Spartiates. Thebes devint pen- 
dant quelque tenxs Tar bi ere & la ter- 
feur du pays. Mais fa grandeur te* 
itoic aux talens d'Epatninondas : ellc 
difp^ttt avec tui, it it ne FeAa a (a i 

patrie c^ue I'honneur d'avoir produit I 

un grand hammer 

Le refle des Grecs ne fit jamais 
que s*attacher au fort de Tune ou 
Tautre de ces trois villes , & quoi- 
^vHh eufient pairt aux catamites qx- 
uemes que la guerre produit ^.ils 
n'en eurent point a la gloirev 

JL faut poiirtant encore diftinguer 
Syra^riafe , qui par une fataUr^ fingiw 
liere , ne dut fa puiflTance qu*a (es 
tyrans. Elle devenoit foible de9 
^tt'cUe ecoit lib; e ^ 2c ce0bic d'^sr# 



Tedontable des qu'elld ceffbit d'Qire 
eCchve. Pout occupeic un rang dans 
le monde , ft falloic qtfelle flic mal- 
heureufe. Elle ncr Tetoir point air 
tems de Texpedirion d'Alexandre, 
& fes beaux jours etoient paflKsr Ua 
de (esr tyrans namme Agatb^de^ 
avmt ravagi PAfriqne , affieg^ Car- 
thage f 8c redoit cetre fierc Reptf^ 
blique aux dernieres extremite; Uo 
autre appellc Etenis , s^hoit v6 des 
Flo ttes * nombreu ks j des armfer im^ 
menfes : 11 s'ctoit fait regarder com^ 
me un Ats plus^ puiflans Princes de 
TEurope. 

L'hiftoire de ce Denis e{t enccv 
re tine preuve de I'injuftice des 
^crivains , & du peu de difcernement 
aveclequel ih compiletrt des faits. Sot% 
nom infpire une efpece d'horreur* II 
he paroit dans nos &rics qu'avec ignoK 
xntnte. Apres deux mille ans, on le 
detefte encore far la fck d*un Hiffo- 
irien , qur en VaccaWanf des noms Ie» 
plus odieux, ne raconte prefquede 
jm que des crafts louablesw Or fe 6- 
gure le plus cruel des Princes; on or oft 
voir' un cyran pale , fbupfonrteux , 



84 H I S T C I R K 

que fes amis meme n'approchoieot 
qu'en cremblani:, un hommeft qui les 
plaiHrs ecoienc inconnus> & que ta 
defiance forfoit a fe priver des com>- 
xnoditis les plus ordinaires-de la vie* 

Cependant on le trouve toujours 
occupe des arts d'agt^ment : il donne 
^ f(^ amis des repas done il faie les 
honneurs avec aifance : il leur lit des 
vers. 11 foufire fans aigreur les rail- 
leries de ceux i^entr'eux qui avoient 
le courage d'en faire. II eft vrai que 
prefque tous les S?avans qui I'cntour 
roienc etoient des flatteurs, & i'en fuis 
iache pour I'honneur des Lettres, 
Mais au milieu de cecce adulation 
^encrale,PhilQxene & Platon fureat 
libres impunement. Denis repara par 
la plus grande indulgence un trait de 
rigueur pardonnable a Tegard du prcr 
mier , & s'il ne fuivit pas les avis du 
fecond ^ il ne lui fit point un crime 
de les avoir donnes. 

II ne pratiquoit pas la vertu ; mais 

11 Taimoit & la refpeftoit dans les 

' autres. Perfonne n^igore le trait des 

deu;x amis^ dont Tun condamne a 

jnort par ce ptetendu Tyran , de- 



»U SIECLE D'AlEXANDRE. 85 

inanda qu'on lui permit d'aller 
cbez lui arranger fes affaires en pro- 
mettant de revenir ^ & fon ami 
s'offric pour caution. On bUmoit la 
hardieile de celui-ci ; perfonne n'ima- 
ginoit que i'autre dut revenir. Onne 
croyoit pas qu'il put fe refoudjre I une 
fidelite qui devoit lui couter la vie^ 
Cependaiit il arriva au jour & a Fheu- 
re marquee. Denis attendri par une 
amitie (i genireufe, f&rdonna au cou- 
pable , & regretta que fon rang n# 
lui permit point d'efperer de pareils 
amis. Comment ofe-t on ecrireapres 
cela qu*il ne parloit jatftais au peuple 
que du haut a'une Tour ; qu'il y avoic 
autour de fon lit I dans fa chambi^i a 
Goucher , un foffe tres-large flc tres- 
profond ; enfin que ne pouvant fe re- 
foudre a fe laifler rafer par un hom- 
me, il obligeoit fes fillesi lui briiler 
la barbe avec des coquilles de noix ? 



^ 






«4 HlSTOTRS:" 

CHAPITRE XII. ] 

D^ la Macddoin€. 

CEj'Etat pauvre & borne m^i* 
toit a peioe le nom de Royau- 
me : ie& habitans meprifeis des Greci^ 
furenc prefque toujours foi^mis aim 
^arbares ^ & le prem^r de leurs Rots 
gui s'acquic une reparation ,. fut an 
ufurpateur. Trop fouvcnt il arrive 
qu^ ces hocxmes poi^s au Trone pai 
ritt\uftice , I'occupetu avec plus d'c- 
clat que le$ Rois legitimes. Ceil 
qu6 Taudace qui les rend ambicieux 
& criminels^ tient prefque coujours 
a de grandes qualices : elle Aippofe 
au moins beaucaup de courage 09 
de policiaue. Philippe pere d'AlexaiH 
dre eut 1 un & Tautre. 

A Tage de vingt-quatre ans , il s*e- 

0<;happe de Thebes ou on le tenoit en 

^ifage , fous pretexte de lui dotiner de 

I'education. 11 arrive en Macedoine, 

tri>uve le Roi more , une grande ba<* 



Bu siBCLB •'Alexandre. J7 
taill« perdue , un Princeenfent incapa- 
blc dt recueitlir, ou de defendre ks 
dro!Cs,deux Compeciteurs puiilansqui 
ie difputent (cs depouilles iangtantes , 
& le3 peoples dans la derniere conC- 
ternarion. 11 ^coit oncie du jeune 
Koi :U s'etablic d'abord fon Tuteur^ 
Sc Regent fous fon nom. Bien-toc ii 
fuppofcqueles Macedomensahnoient 
tnieux F«oir pour Rqx que pour R^ 
geor. II ie d6faic de fon pupille , & 
faific une Couronne qu'il fe fentoic 
digne de porter. 

il couvrit fon crime a force de 
grandes afttpns. Unedifciplmeeiiader 
& fcvere iui fit d'excdlens fcldats. 
.Bactre cous fes voifins qui comptcaent 
profiter de fa foiblefle , ecarcer^ fcs 
Coneurrens & detniire leur ^arti , 
jrendre le nom & tes armes des Ma^ 
cedomem aufli refpedables qjj'elles 
Favotenc ete peu, employer la rufe 
ea ie courage etoie inutile > prodi^ 

Stter fur-tout Pargeot, & comptei^ 
ieti moins encore fur la valeor de | 
fcs troupes » que fur Vavidite de fes 
ennemts ; telles furent ies occupa"- 
|j0cis de iespemieres aon^es. Quaud 



SS MrsToiRE 

il cut bien affermi fon pouvoir , il 
fongea a proficer d'une occafion que 
les Grecs lui fournirent de fe meler de 
leurs aflfaires. Des payfans voKins du 
Temple de Delphes avoient labou* 
xi des terres confacrees a Apolion. 
D'autres payfans ennemis des pre- 
miers , prirent le parti du Dieu , & 
maltraiterenc les profanateurs. Peu 
a peu la quer^Ue devinc commune a 
touce la Grece. Chacun chercha a 
foutenir fes interets particuliers , en 
paroifl&nt ne s'occuper que de ceur 
a'ApoUon. Le Temple fiit pille par 
un des partis qui penfoit , contre 
Tavis des Pretres , que ce Dieu de- 
voit payer des foldats deflines a le 
defendre. 

Apres dix annees de combats fan- 
plans , les plus foibles eurent recours 
a Philippfe, commeil I'avoit prevfi. 
II tenoit une armee prete. Auffi-tot 
il franchit les Termopiles » paflage 
Jameux dans THiftoiredeJa Grece, 
-» oik cent hommes en pouvoient arre- 
ter cent mille , & qui ne fut jamais 
gard^ ; il tombe fur les Grecs achar- 
nes, epuifes par leurs propres fureurs^ 



DU SIECIK d'AlEXANDRB. 89 

&les force de remettre entre ks mains 
la decifion de ce grand proces qui 
avoit coute tant de fang. 

Ce fut alors que le zele infatigua* 
ble de Demofth^ne parut prendre de 
nouvelleg forces. Get Orateur ardent 
friimiilbic en voyant Philippe prepa- 
rer des fers a fa patrie , fans qu'elle 
parutfonger as'en defendre.Il couroit 
de ville en ville , il appelloic a grands 
oris tous les citoyens a la defenfede^ 
la liberte. L'or de Philippe I'emporta 
long-tems fur fon eloquence, & quand 
les Atheniens & leurs Allies emus 
par des foUicitations fi vives , hon- 
teux de kur indolence , effrayes des. 
fucces de leur ennemi , oferent defier 
fa puiflance , ils n*en .rerirefent que 
de la honte. Le Roi de Macedoine 
les ecrafa dans une feule bataille p 
oh Demofthene qui avoit travaille a 
faire prendre les armes , fut le pre- 
mier ^ jetter les fiennes. 

Alors Philippe triomphant & cou- 
vert de gloire, put fe livrer a fon 
grand projet de detruire la Perfe par 
les mains des Grecs. II fe fit elire leut; 
Chef dans une afl^mblee die la Na« 



tion.^Aprhs I'avoir domptee ,, il fir 
preparoh a derenir Con vcn^effr* It 
xnenafoit I'Afie de lui rendre cotisp 
les ii^aux qu'elle avoir autrefois ap- 
portes dans TEurope , lorfcpi-iB fur 
a^fiafline par un de fes lujetsrll imHir«* 
xac prefquea fa fleur de V&geyhd& 
iknc a fon fils Alexandre un Rojraunxe 
qu^^il avoit pour ainft dire erce^des^ 
troupes agueries , des Gcneraax ha-* 
biles ; mats en meme - tern s des Toifiii$> 
jnquiers & jaloux , & bien plus d'en-* 
nemis que d'allies. 

Le derail des exploits d'Alexan^-^ 
lire efl one chofe aujburd'hut trop 
connue , povtr qa'oti s'attache a Iw 
decrire avec une exaditude qui fk^ 
tigueroit fans ricn apprendre de ftOtt*- 
veau, Tous fes Hiftoriens qui e», 
ont'parle fe font bwncs i louer fa va^ 
fcur^ qu'il pooflbit iufqu'a la teme- 
rite f a ^xagcfer fer naiiibre des vfc-^ 
times qu'tt facrifiott a: foif zmhitmau 
Us en font une efpece de pirate^ de 
Brigaird determine, quitmarcfaocr toow 
j^urs deVant lui , avec le deflein va-* 
gue d'abatre tout ce qui lot refiftoirv 
ikiis foimisr auctm piaa pour s'afiiiidr 



Du siicxB D* Alexandre. 91 
Ire qu*il avpic pri$» lis ne develop- 

f)enc lii Ces vueit , ni fa politique , ni 
'art avec lequel il s'y prenoit pour fai- 
jrc aimer fon Empire aux peuples nou- 
vellemenc foumts. II falloit pourtaht 
qu'il en cut beaucoup , puifqa'il n'eut 
a efluyer prefque aiurune revolte^ 
& que deux ou trois Perfes qai ten* 
terent d'en exjciter , furenc aufli - tot 
livres par ceux memes qui etoient 
leufs compHres. A fa mort il fut re- 
greti de$ Perfes comme des Mace- 
doniens : les larmes des vainqueurs 
& des vaitKus fe confondlreni; fur ia 
tombe. 

11 falioit dorifc s'atu^cher a pein- 
dre les vextus qui meritoienc des 
legrets fi honorablcs. Mais Quinte- 
Curce eft pletn d'Epigrarames & dt 
lieux camrouns. Ce fage , ce judici^ux 
Piutarque n a rempli fa Vie d' Alexan- 
dre que de pecites anecdotes prefque 
tou)ours pueriles. II commence par 
dire que ia charn&re de ce Prince 
jfefitoit bon , parce qu'ii etoic d*un 
tempera niment chaud : il le com- 

frare aux terrei brulees par le So- 
eil , qui produifent les meilleurejr 
epii^es & les odours les plUs forces. 



?t . HiSTOIRE 

Fn Poete a dit qu'il n'avoit ravage 
le Monde que parce qu'ii n'y refpi- 
roit pas a fon aife : un autre qu'il fal- 
loit Ic meftre aux Pecices- Maifons. 
Ce n'eft pas la qu'on apprend a juger 
fainement d'Alexandre. 

Ses vidoires furent fans doute un 
malheur pour les in fortunes qu*il fit 
perin Sans lui on n'auroit pas verfe 
tant de fang en Afie , ou oii rauroic 
verfe plus tard. Mais puifque la guer- 
re , cet art deftrufteur , eft aufli neceC- 
faire que deplorable , puifqu*on eft 
convenu d en pardonner les exces a 
ceux qiii les commettent avec une for- 
te de nobleffe , ou qui cherchent a le$ 
reparer j & qu*a cet cgard I'Hiftoire 
d'Alexandre offre les plus importan- 
ces lesons, il falloit done I'ecrire avec 
.foi« , & mettrp ces le9ons a portee. 
d'etre faifies facilement.Ceft ce qu'on 
va tacher de faire en peu de mots , 
en fe bornant a Teflentiel , en ecar-- 
tant touces les circonftances indignes 
de la pofterite , & ne prenant dans 
la vie de ce Prince que ce qui peut 
fervir a caraderifer le Grand Homme. 



SV SlicLE d'AxEXANDRB. 93 



CHAPITRE XIII. 

V 

Depuis le commencement du regne 

(£ Alexandre jufqu'a la bataillc 

d!igus. 



A 



La mort de Philippe, la Grece 
etoit , comme on Pa vu , plucot 
accablee que foumife. La haine ^ la 
jalouiie vivoient encore dans tous les 
coeurs > mais elles ecoient etouflfees 
par la crainte. Les peuples barbares 
qui avoient eu autrefois I'habicude 
de ravager la Macedoine n'ofoient 
plus y rentrer. Cette mort fut un 
.lignal qui lembloit leur rendre la 
liberte. Tout avoit tremble devanc 
ce Prince qui s*ctoit rendu redou- 
table : tout fe reunit pour accabler 
fon fucceffeur qu'on croyoit hors d'e- 
tat de fe defendre, 

Ce Demofthene , I'ennemh irre- 
conciliabie de la grandeur des Ma- 
cedoniens recommence fes intrigues, 
U alloit d'Athenes a Thebes ^ de 



94 , HiSTOlRB 

Thebes dans toute la Grece , echauC- 
fanc les efprits, taniinant les cou^ 
rages , de'mandant partout des fe- 
cours centre ixn Prince qu'il appel- 
loic un enfant , & dont la perte 
•lui paroiiToit facile. Get epfant n*a- 
voit encore donne que des preuves 
de valeur ; il en donna bien-tot de 
valeur & de fagefle. ^ 

D'abord il ne prend confeil que 
de ion audace : il part av^c des fol- 
dats choifis , fond fur les barbares 
• <{ue la mort de fon pere avoit fon^ 
leves. II faccage le pays , brule les 
villes^ tue les hommes , fait efclaves 
les femmes & les enfans , fans queces 
peuples epcrdus ofaffent fe defendre 
contre un ennemi qii'ils croyoiciic 
tors d'etat de les attaquer. Apres 
avoir ainfi afliwe les frontieres > U 
revient avec la meme promptitude: 
tandis que Demofthene cabale , que 
lesGrecs aflembl^sdeliberent, qu'ils 
fe demandent les uns aux aatres s'il 
eft bien vrai que Philippe foic 
mort , Thebes etoit deja dctiuicej 
& les Macedoniens vidorieux meaa* 
f oient de tout renverfex* 



I>TT SIECL8 P*AUXAKDRS. 95 

AloTs il ii'y euc plus a balancer* 
L'aftivite guerrier^iinpolafilence aur 
intrigues policiques. tl falluc recoo- 
fioicre Alexandre au3C memes coiuli'- 
elans q\fon avoir reconnu fon pere^ 
i!c confier le fort & ilianneur de la 
Crtce a ce meme enfant qu'on a vote 
cu i'injuftice de mepnfer- Au reRe 
ii ufa de fes avantages avec mode* 
ration. EKcepte Thebes qu'U avoit 
ruinee pour faire un exemple, aucun 
peuple ne perdit ni fa liberte , ni 
fes loix. II parut dedalgner meme 
!e plaifir de la vengeance. Demof- 
thene qu*il pouvoit regarder avec 
juftice comme Tennemi particulier 
de fa maifon ^ ne fur ni exile , ni 
pourfuivi. On le laiflTa languir fans 
noimeur daas fa patrie, reduit a etrc 
fpeftaceur tranquile de la gloire du 
Hs, apres avoir t&che fi longtems 
de fMiire. a celle da pere. La Grece 
ainfi pacifiee , CQinme Thiver af- 
pFOchoky Alexandre retourna dans 
la Macedoine pout achever les pre- 
paratifs de fon expedition, & d^s 
le printems tout fut pret. 

Ce n^ecoit pas une petite portion 



^6 H I $ T O I R.E 

de l*Afie qu'il vouloir difputer aux 
Perfes. II ne fangeoit point a fe faire 
fimplement a leurs depens un Royau- 
me plus etendu que le fien. Cctoit 
la conquete entiere de leur empire 
qu'il meditoit, 11 fongeoit a aller 
accaquer au milieu, de fes etacs , Je 
maicre de tous les pays connus de 
TAfie , & d'une partie de I'Afrique, 
le Prince le plus riche qui fut all 
monde , & dont on ne pouvoic 
compter ni les trefors , ni le& fol- 
dats. En formant de fi vaftes pro- 
Jets p il avoit moins de troupes que 
les plus petites puiflances n'en ar- 
ment aujourd'hui dans leurs moindres 
querelles. Trente mille hommes d'in* 
£interie , quatre mille de cavalerie 
compofoienc toutes fes forces : mais 
c'etoient de vieux foldats endurcis 
a la fatigue > accoutumes a braver 
les dangers , & qui ayant fouvent 
Jiraincu Tbus Philippe , les Grecs vain- 
queurs des Perfes, ne voyoient rien 
au-deflus.de leur courage & de leurs 
efperances. Alexandre lui ^ meme 
comptoit fi fort fur le fucces , qu'en 
partant il abandonna a fes amis tous 

fes 



DtT siEcii d'Aiexandrs. 9Ji> 
tous fes domaines de TEurope ; 11 ne 
fe refervoit que les conquetes qu^il 
alloit faire en Afie , & des-lors on 
put prevoir que la guerre ne fini- 
roit que par la ruine entiere de l*ua 
des deux Rois. 

Darius avoit commenc6 a regner 
la meme annee. 11 etoic mont^ fur 
le trone , comme on Ta vu, par des 
moyens peu honorables j & n'avoit 
pas encore eu le terns de s'jr affer- 
mir. Ebloui peutetre par le chan- 
gement fubit de fa fortune , il s'e- 
toit plus prefle d'en gouter les dott» 
ceurs , que de Tetablir folidemenc. 
II fefhble qu'etant fi voifin de la 
Grece, il auroit du ne rien ignorer 
de ce qui s*y paflbit. Toutes les de- 
marches de fon ennemi devoi^nt lui 
etre connues , & cependant il ne fit 
rien pour les prevenir. Soit que les 
Satrapes n'euflent pas intention de 
bien fervir leur _maitre , foit que le 
maitre ne ff ut pas fe faire bien fer- 
vir , on n*oppofa pas le moindre ob* 
llacle aux premiers mouvemens d'A* 
lexandre, Lorfqu'il traverfa le d^troic 
des Dardanelles qui fepare TEu^ 

£ 



«98 H I S TO I RE 

rope de TAfie , la flotte Perfanne 
qui pouvoit en difputer le paflage ne 
parut point. II etoit aife aobferver 
rennemi , & d'empecher fa defcente; 
il ne fe piifenta pas un foldat; 
il avoitdjeja conquis des provinces, 
quand Ifa cour de Sufe fongea a ar- 
reter fes progres. 

Une armee de cent mille hommes 
commandee par plufieurs Generaux , 
s'ebranla enfin , & vint fe pofler pour 
Tattendre fur Ics boids du Granique. 
Oeft une petite riviere qui , cpmme 
43lufieurs autres ruifleaux de TAfie , a 
plus de reputation que beaucoup de, 
grands fleuves. Alexandre en arrivant 
la trouva toute couverte d'ennemis.Ses 
Officiers lui confeilloient de ne point 
hafarder le paffage qui leur paroif- 
foit plus dangereux que neceflairc. 
Mais pour lui il ne voyoit.rien d'im- 
pofSble des qull ne falloit que du 
courage pour vainer e Ics difficultes. 
JD'aill6urs fa fitua^ion ne lui per- 
-inettoit pas d*attendre patiemment 
les fucces. li falloit ou brufquer la 
ividoire , ou y renonccr pour tOu- 
jours* Ainfi, I'attaque fut refolue. 



DU SIECLS D^AXCXANDRE. 99 

II pafla le premier la riviere a la 
tete de fa cavalerie , pen^tra le pre- 
mier dans les rangs ennemis & y 
courut le plus grand rifque. II ne 
dut la vie qu'au fang froid d un de 
fes Officiers , qui abbattit le bras 
d'ufi Perfe pret a lui fendre la tete. 
Cetoit ce meme Clitus qui perit de* 
puis de la main de fon maitre , & 
ne paroiflbit pas devoir attendre une 
pareille rccompenfe d'une fi belle ac- 
tion. Tant de courage animiit les 
Macedoniens. lis ne fongeoient plus 
au peril en voyant leur Roi s'y ex- 
pofer ; )is enfoncerent bien - tot la 
cavalerie eniiemie. Cetoit Telite de 
Tarniee, & quand elle eut plie, le 
refte n'ofa plus fe defendre. 

Tel fut Tevenement du premier 
combat qui rendit le nom d' Ale- 
xandre fameux dans TAfie. La cour 
de Perfe I'apprit avec plus d'indi- 
gnation que de crainte. Les cour- 
tifans , comine c'efl; I'ufage , bla- 
merent impitoyablement les Gene- 
raux. lis dirent hautement que la 
honte de cette defaite ne regardoit 
point la nation J qu'on n'avoic ete 

Eij 



too H I S T o r R K 

kattu que parce que les chefs avoient 
fait des fautes , & qu'aflurement le 
Roi des Rois n'avoic rien a craindre 
d'un ennemi auffi foible qu'AIexan- 
dre. Le Prince le crut ., & r6foIut 
d'aller lui-meme foutenir la gloire 
& la fortune du nom Perfan. Les 
ardres furent auffi-tot donnes pour 
aflembler cinq cents mille hommes 
qtftl devoit commander , & des- 
lors les coyrtifans regarderent la guerre 
comi^ finie. 

Un etranger attache a fon fervice 
lui donna dans le meme tems un 
projet moins glorieux peu«-etre , 
mais plus fur & plus utile. Cetoit 
de faire paffer des troupes dans la 
Grece ^ & de porter la guerre aa 
milieu de la Macedoine. Alors le 
rainqueur fe feroit vu oblige ou 
d'abandonner TAfie pour aller de- 
fendre fon pays , ou de diminufer 
confiderablemenc fes forces pour y 
cnvoyer des fecours. Ceft le plan 
qu'Annibal fuivit depuis , & qui 
penfa caufer la perte^de Rome. II 
etoit fage & bien entendu. Mais le 
feul homme qui Tavoit propofe pa* 



foiflbit capable de Texecutef. II vine 
a mourir , & Von ne penia plus a £00 
pro}et. 

Cependam Alexandre btofitoit de 
fa vidoire. II avoit deja ibumis pin- 
fieurs provinces. Le bruit de la mas^ 
cbe de Darius lui donnoic encore une 
nouvelle vivacice, U ie flatcoit de 
trouver eniin un rival & des dangers 
dignes de liii , & on %aic que les 
dangers ne rincimidoienc poinc* Un 
jour apres une marche kmgue & fa- 
tiguance , il arriva dans une vilte 
ou paflbit une petite riviere connue 
par ia beaute & la fraicbeur extreme 
de fes eaux, L'envie lui prit de s'y 
baigner ; il s'y jetta tout ecbauflfe 
comme il etoit. Mais a peine y fut* 
il encre , qu*il fe fentic faifi d'uti 
friflbn 'niortel ; il fallut Ten recirer, 
& le porter dans fa tente fans force 
& fans connoiflance. On f^aic que 
cette riviere fut fatale a plus d'ua 
grand homme. Dans les croifades 
I'Empereur Frederic , ce defenfeur 
intrepide des droits de TEmpire , fi 
coanu par fes demeles avec les Papes 

£ii| 



101 H I S T O I R E 

& les Mahometans , y trouva la mort 
avec les memes circonftances. 

Get accident imprevu produifit un 
efFet terrible dans Tarmee. Rien ne 
peut exprimer la frayeur & la conf- 
ternationdes foldats , & cette frayeur, 
cette confternation faifoient dHiiie 
fa^on peu'fufpefte le plus bel eloge 
du mourant. U fembloit que la vie de 
chacun d'eux dependit de celte 
d'Alexandre : ils ne voyoient plus 
de reflburce que dans une fuite 
honteufe, s'il venoit a leur etre en- 
leve. 

♦ Les prenaiers Officiers n'etoicnt 
ni moins troubles , ni moins inquiets. 
Se voyant a: la veille de perdre & 
leur fortune & un maitre qu'ils ado- 
roient , ils attendoient en tremblant 
autour de fon lit qu'il eut repris 
connoiflance : mais les allarmes re- 
doublerent quand les forces lui fu- 
♦rent un peu revenues : la vivacite de 
fon caraftere parut alors dans toute 
fon etendue. ll frcniiflbit de fe voir 
retenu dans un lit , tandis que fon 
ei^nemi approchoit les arraes a la 



r>u siEcLE d'Alexandri. ip^ 
JTiain. Ilaccufoit les Dieux, fa for- 
tune , le bonheur de Darius ; il ^^e- 
mandoit a grands cris la more ou 
la fante ^ & ne promettoit fa con- 
fiance qu'aux M6decins qui €ntre« 
prendroient ou de le guerir promp- 
tement , ou de terminer prompt ement 
fa vie. 

Ceux-ci qui dans I'occafion pro- 
dlguent fi legerement aux mala- 
des, fur- tout quand ils font Princes, 
les remedes & l^fefperance , etoient 
alors plus timides & n'ofoienc rien 
ordonner. Enfin un d'entr'eux nom- 
me Philippe fe chargea de Tevene- 
ment, & 'repondit d'une prompte 
guerifon : mais il demandoit di| 
terns pour preparer fon remede. 

Tandis qu'il y travailloit , Ale- 
xandre revolt des avis , ou t)n lui 
mande de fe defier de ce meme Me- 
decin , qui a reju de grandes fommei 
de Darius , & s'eft engage a Tern- 
poifonner. II falloit avoir un efpric 
bien ferme , un courage bien de- 
cide pour s'arreter au parti qu'il 
prit. Quand Philippe parut avec U 
potion qu'il avoit promife , Ale- 

Eiv 




164 H 1 S T O I R E 

xandre la re^ oic , Tavale fans he£U 
ter^ &.lui prefenteen meme terns 
Tavis qui doit la rendre fufpefte. Le 
fidele Medecin ne montra que de 
rindignation : mais coxnme il crai- 
gnoit que ces idees facheufes en 
chagrinant le malade ne nuififTent a 
Teffet du remede, & qu*il cher- 
choit a le tranquilifer : Tranquilifez- 
vous vous-meme , lui dit le Prince, 
en lui prenant la main ; car je vous 
crois doublement inquiet^ de ma gue* 
rifon d'abord , & enfuite de yotre 
fuftificacion. Si^'on fait attention i 
I'age d' Alexandre , & dans quelles 
circonftances il parloit ainfi a un fu- 
jet accufe , on ceflera d'etre furpris 
de le voir aim6 avec tant de paiiioa 
de tout ceux qui I'approchoient. 

Lecemede opera avec une promp- 
titude etonnante ; au bout de 
trois jours le Roi fut en etat de fe 
montrer a fon armce. Si la dcfo- 
lation des Troupes avoit etc ex- 
treme en craignant de le perdre, 
leurs tranfports allerent jufqu'a la de- 
xnence en le voyant hors de dan- 
ger, lis couroieat en foule baifer 



1>U SticZH D^AXEXAKDRC« IC5 

la main dti Medecin qui I'avoit gue- 
rr. lis auroient drefle volontiersdes 
autels a tin homme oui leor rendoic 
leur Prince. La pofttrit^ n'aura {Tas 

• de peine a d^meler dans notre hiE- 
toire une epoque abfolumenc fern-* 
blables; elley retrouveraunRoijeiuie 
adore ^ pret a pdrir au milieu d'une 
campagne gloneufe , fauve concre 
toute apparence ^ & rendu \ 11a« 
mour des peuples au defefpoir , qui 
croyoient deja n'avoir plus qu'a le 
pleurer. 

Afexandre a peine gueri ahregea 
le terns de fa convalefcence. II ecoic 
encore foible ; mais Tenvie d'aroir 
des forces lui en rendic. II traverfii 
en peu de terns une grande ecen* 
due de pays , & fe trouva enfin i 
Iflus dans la Cilicie, en prefence de 
Darius^ qui trainoit a fa fiiitc cinq 
cens mille hommes avec Tattirail da 

• luxe & de la neceffice indifpeniabie 
dans une fi grande arm^e. l\ itcnt 
xneme fuivi de fa mere , de fes en- 
fans , de fes femmes , de tout foa 
ferrail , fdon Fufage ecabli parmr tes 
Fer&s ; ufage embarrafiant^ mais dant 

Ey 



Jo6 Hl^TOIRE 

lequel la molelle n entroit pour rieft ^ 
puifqu'il fuc adopte par les Gaulois 
& les Francs nos ancetres, dans un 
tQms ou ils ne copnoidbient afiure* 
xnent ni le luxe , ni^ la molfefle. ^ 

IfFus eft celebre par le fecond af- 
front qu'y re^urenc les Perfes , ^ 
par la gloire done fe couvrit leur re- 
aoucabie ennemi. Le^ details de c^s 
afticns font tres peu intercirans pour 
nous , qui n'ayanc pas la moindre 
idee des lieux , ne pouvons rien cop- 
cevoir aux mouvemens des armees. 
Tout ce qu'on f^ait: , C'eft cJu'Ale- 
xandte y fit voir la plusgrande va- 
leur \ que la refiftance des Perfes fvit 
inutile ; que Darius , apres avoir vu 
tailler en pieces les meilleufes troupes, 
& maflacrer fous fes yeux fes plus 
chers courtifans, fut oblige de c^* 
der a k fortune de fon rival , & 
de lui abandonner ' fes treibrs , (es 
equipages, fon*campavec cous le$ 
gages precieux qyi y etoient ten- 
termes. 

On connoit fes fuite* de <^et;te ba- 
tafUe. Notre illuftre le Brqn y ,a 
piis.le fyjet d'un dc.S^ plus dbe^^x 



j X>U SI^CIB D*AlEXANbRE. lOJ 

I tableaux. On' fcait que Si(igambis » 

I mere de Darius, crouva dans fon 

ennemi un refpeft , une foumiflion 

qu'elle n'eut prefque ofe fe promet- 

tre- (de fon propre fils. Les Prin*- 

cefles fes filles que le droit de la 

guerre rendoit efclaves , & cme le 

vainqueurpouvoityfuivant les ufages 

du terns , employer legitimemeiit 

j a fes plaifirs , s'aper^urent a peine 

I qu*eHe$ avoiegt ceff^ d'etre libres. 

\ La femme meme de Darius ^ celebre 

par fa beauce , parut a Alexandre 

une ennemie trop dangereufe. II ne 

voulut la voir qu'une fois , de peur 

d'etre tente de la revoir trop fou- 

vent. Enfin le feul ufage qu il fit 

de fon pouvoir envers cette famille 

•defolee , fut d'epuif^r pour elle ce 

qu'une politeflTe refpedueufe , ce que 

des attentions pleines d'egards ont 

de plus flatteur & de plus delicat, 

11 n'y a peut-etre point de plus beau 

trait dans l^hiftoire. 

On a vu de nos jours un Rol dii 
Nord , imitateur cohflant d'Alexan- 
dre, poufler aufli loin la continence. 
•Mais Tame plus que. ftoiquede Char- 

E vj 



lO^' HisTorRH 

les XIL capable du meme efibrt dff 
vertu , ne I'etoic point d'une fenfr- 
bilke (i confolante; 11 n'auroic fait av^ 
cun outrage a fes prifonnieres , mais 
il ne fe feroit point fait un devoir 
de foulager leur douteur. Elles n'au^ 
roient point eu a craindre dans ion 
camp de traitemens honteux, mais 
il n'auToit etejpour dies qu'une hor*- 
rible prifon. D'ailleurs Charles XIL 
avoit un modele , & Alexandre n'en 
aroit point. Peut -€tre cependanc 
cft-il facheux qu'il eat caufe lui- 
acneme les maux qu'il fe cr^oit oi>li«- 
ge d'adoueir , & que fa generofit^ 
si'eut point a eifuyer d'autres larmes- 
^ue celles qu'il faifoit repandre. 

On regrette que dans un fi beau 
moment Quinte-Curce place une pue- 
jilire , fcrupuleufement copiee par les 
autres Ecrivains*. Uditqu'Alexandre 
.ay ant pris entre fes mams le fils de 
Darius encore tout |eune , cet en- 
fant fans s'etonner Temijrafla , & que 
le Prince touch^ de tant d'aflitrance, 
dit a fon favori, que je youdrois que 
Darius edt quelque chofe de ce ban no- 
tureli Qu'entendolt'll par-la? Voii^ 



DXT siicxB i/Alsxandrb. 109 
ioit-il qae Darius vint aufH iui pcen*- 
dre affeftueufement les joues f Qm 
regardoitil comme un prodige etott- 
nant , qu'un enfant eut oi^ Fem^ 
brafler ? 



CHAPITRE XIV. 

Dipuisla bataiUe itlffits ^ jufqii^rh 
la conquite de lEgypte. 

APres cttte memorable bataille 
d'Iflus la con^irfte de I'Anato- 
iie entiere ne fut plus qu'un voyage 
agreable. Ces rkhes provinces que 
les Turcs n'ont foumifes que pour 
lesdevafter, remplies alors deviiles 
opulentes & peuplees, refurent fans . 
lefiftance la loi du vidorieuxr Son 
a(&bilite , fa jeunefle , fa douceur , 
la fimplicrtc de fa vie , Je mepris 
genereux quil faifoit du luxe, for- 
jnoienc on contrafte intereflanc pouf 
les peuples accoucumes au fade inh 
fblenc des Satrapes , & a la pompe 
orgueilleufe deleursKois. Us fefai^ 



no HiSTOIRE 

foient un mirice de courir au-devant 
des Mac^doniens y & ne fe laflbienc 

Joint d'admirer leur nouveau Maitre. 
-.e Gouverneur de Damas lui vendit 
fa ville & avec elle les trefors de Da- 
rius , les families |^e mnt de Sei- 
gneurs tues ou mis en fuke au der- 
nier combat , "qui avoient cherche 
dans cette place une retraite qu'elles 
croyorent afluree. 

On paroiflbit avoir oublie deja 
ce Prince infortune qui fuyort pref- 
que feul dans des plaines couvertes 
deux fours auparavanc de fes nom- 
breufes armeef^^fic la rapidite de fa 
courfe egaloic a peine celle du vain- 
queur qui le fuivoit en prenant fes 
places. 

Au milieu de cette fuite contt- 
nuelle de fucces & de profperites ^ 
Alexandre apprit avec etonnemenc 
xju'une feule ville fe preparoit a lui 
fermer fes portes. C'etoit lacelebre 
Tyr. Ses habitans aufli fiers de leurs 
richeflTes^ qu'Alexandre Tetoic de (ts 
viftoires , vouloient bienetre fes al- 
lies , & non pas fes fujets. Les Perfes 
les avoient toujaurs menagps. lis vi- 



BU flEClE D*AlEXANDRE. Ill 

voient fous leur protedion bien plus 
que fous leur empire. Mais Ale- 
xandre vouloit les foumettre : il fal- 
lut done fe refoudre a les affieger. Ce 
n'ecoit pas. une chofe facile. La fi- 
Jtuation de la place dans une ifle la 
]rendoic prefqu'inabordable. Le bras 
de mer qui la feparoit de la terra 
ferme avoit prefque une demi - lieue 
de large , & les eaux de la hauce 
xner precipit^es aVec violence dans 
ce detroit y donnoient a chaque inf^ 
tant I'apparence des tempeces les plus 
fortes. 

- Rien ne prouve mieux combien 
Alexandre avoit de reffburces & de 
hardiefle dans I'efprit _, que ce qu'il 
executa dans ce moment. 11 ofa ima- 
giner de jetter une digue au milieu 
de la mer ,: de combler cet abime 
efl&ayant , & de conduire ainfi fes 
machines & (ts batteries jufqu'au pied 
des rempartsurie la ville, malgrc les 
eaux qui Tenvrironnoient. Cet ou- 
vrage vraiment admirable , fervit de- 
puis de modele au Cardinal deRi- 
•chelieu^ lorfqu'au fiige de la Ro- 
dieUe ^ il eut .ft;reduire des peuples 



112 HiSTOlRB 

auffi courageux que Ics Tyriens ^ en* 
orgueillis comme eux par i'avantage 
de leur poficiofn , & qui ecoienc de 
plus animes jpar refpric du fauacifme* 
Ce que peuvent la yaleur & le 
defelpoir , ce que Vinduftrie k plus 
cruelle peut fournir de reflburce , ce 
qu'un acfiamemenc decide a jamais 
invente de plus terrible , les efforts 
xneme de la Mer contre an ouvrage 
deftine a la captiVer, tout concourut 
a fervir les Tyrieiis , & tout f ut inu- 
tile. Alexandre dompta la Mer par 
fa patience ^ & les aflieges par ion 
courage. Sa digue trois fois renver* 
fee 9 fut retablie autant de fois & 
conduite a fa perfedion. Ses macia^ 
nes parvinrent jufqu'aux murailles, 
& commencerent a battre en breche* 
Des qu'elle fut faite il y monta le 
premier , il ouvrit un paflfage augc 
foldats qui le fuivoient , & ichauf* 
fant ainn leur valeusipat fbn exeno- 
ple , il reuflit a fe rendre enfin le 
maitre de la ville. EUe avoit refifte 
fept mois entiers , & coucdit aux 
Macedoniens Telite de leurs troupes* 
Auffi paya*t-elle par fon entiere ruine 



DU SlicLS B'AlEX AKDRE. 1 1 ^ 

la gloire de s'ecre defendue fi long- 
temps. 

Si Darius avoit encore eu quel- 
ques partifans dans ces contrees , ce 
dernier evenement auroit acheve de 
les lui faire perdre. Mais il ne lui en 
refloic plus depuis qa'il etoic mal«- 
heureux. Tout fe rangeolt du cote 
de la fortune , & partout ou Alexan- 
dre fe prefentoit , il ne trouvoit que 
des fujets foumis. On dit feulemenc 
qu'un wave Officier ayant ofe I'ar- 
reter deux mois derant une petite 
Place , il le fit attacher par les pieds 
derriere un char , & trainer ainfi juf- 
qu'a la mort autour de la ville. 11 
vouloit , dit-on, imiter Achille, qui 
dans Homere traite ainfi le cadavre 
d'Heftdr. 

La ledlure d'Homer^ feroit bien 
dangereufe , (i elle infpiroic ibuv^nt 
de pareilles idees aux hommes 
puiflans. Mais ^aufTi cette Hif- 
toire eft bien fufpede. Alexandre 
n'ayant jamais donne de preuves de 
cet emportement cruel qui desho- 
nore la viftoire , s'etant au concrar- 
re coujours montre plein d'humauicc 



114 Hi s TOiR E 

pour les vaincus , la juftice femble de- 
mander qu'on ne Taccufe pas legere- 
ment d'une pareille barbaric. S'ilavoit 
voulu reellement imicer raftion atro- 
ce d'Achille , c'etoit done Darius ou 
un de fes en fans qu'il auroit du trai- 
ner ainfi lui - meme , & non pas le 
Gouverneur inconnu d'une petite 
ville fans nam. 

Pendant que Darius alloit raflem- 
bler de nouveaux fecours au fondy 
de fes Etats , fon rival s'aflTermiffbit 
dans les pays qu'il abandonnoit. Tout 
te qu'on appelle aujourd'hui TAna- 
tolie , TAmafie, la Caramanie , la 
Sourie , la Paleftine, enfin TEgypte 
ctoient fous fon pouvoir. Les voeux 
des Egyptiens fur-iout hatoient de- 
puis long-tems fon arrivee. Ces peu- 
pies imbecilles qui n'avoient jamais 
ffu ni fe donner des -Rois qu'ils piiC- 
fent aimer , ni aimer ceux que la 
fortune leur donnoit , flqttoient d*ef- 
clavage en efclavage , toujours prets 
a fe jetter dans les bras du premier 
qui daignoit les recevoir , & toujours 
prets a le trahir , des qu'ils trou- 
voient un nouveau chef. lis n'avoient 



DU SlictE d'AlEXANDRB. II5 

aucun objet dansleurs revokes, & par 
une inconftance qui fe remarque en- 
core dans leur poflerite, ils defiroient 
feulement de changer demaitres.Auffi 
virent-ils avec des tranfports de joie 
rarrivee des Macedoniens. 

Si rinvJlfion facile de ce Royaume 
ne donna point d'exerciee au courage 
d^Alexandre , il y trouva t>ien-tQt de- 
quoi d^velopper fes grandes vues de 
politique & de gouvernement. II etoit 
fans cefle occiipe des moyens deTaire 
fleurir les Etats dont fes armes lui 
afluroient la polTeflion. II fe faifoit 
fuivre dans routes fes courfes par des 
Artiftes habiles , & ne manquoit 
aucune occafion d'emphoyer leurs ta- 
lens. II en trouva dans TEgypte une 
bien favorable. 

Ceft une chofe etonnante que cette 
' Nation avec fes art? j fes fciences 8c 
fes loix , n'ait jamais connu le com- 
merce ni le$i moyens de le faire avec 
■ avantage. Elle en avoit pourtant tou- 
tes les facilites poffibles. MaitrefFe de 
la Mer Rouge , ayant d'excellens 
Ports dans la Mediterranee , poil- 
vant aifement communiquer de rune 
a Taucre par les canaux dont on die 



Ji6 HisToiai 

que le pays etoic coupe j il /em&Ic 

aue jamais peuple ne s'etoit trouve 
ans une poficion plus heureufe. Ce« 
pendant lis ne fongeoient point a en 
profiter, 11 fallat qu'an Conquerant 
occupe de projets de deftrudlion viiM: 
travailler a leur agrandiiToment. 

Alexandre a peine devenu leur 
jnaitre fentic la taute ^ & s'emptefla 
de la reparer. Comme ce Prince avoit 
par lui-meme de grandes lumieres , 
& qu'il etoit bien fervi , il choL* 
fit Templacement le plus commode 
pour conftruire une ville qu'il fit ap- 
peller Alexandrie. Cette ville , dont 
il ne refte plus que des mafures , fuc 
placee fur le bord de la Mediterra^ 
nee , a porcee du Nil & de la Mer 
Kouge , & ne tarda pas a fe reflentir 
des avantage& de fa fltuation. Sous le 
premier fuccefleur d' Alexandre , elle 
etoit deja I'entrepot de TUniyers & 
le centre du commerce. Elle tiroic 
par la Mer Rouge les parfums pre- 
cieux deTArabie, les marchandifes 
des Indes , Tot & Tivoire de TAfri- 
que. Elle vendoit a TEurope les fu- 

£erfluites de I'AHe , & devinc ainfi 
i lien des crois parties du Monde. 



©v siictt d'Alexandre. 117 

Cet ctat de fplendeur dura jufqu'a 
ce que la conftru£lion du Caire par 
les %udans y donna la premiere at- 
teinte , & cefla enfin tout-a-fait , lorf- 

aueles Portugais,parla decouvertc 
u Cap de Bonne-EfperaiKe, eurenc 
indique aux Commerfans une route 
plus longue , peut-etre moins sure , 
xnats plus independante. 

Plutarque rapporte qu'Alexandre 
avant que de ^avoir ou il b&tiroit 
fa ville, eut iin fonge merveilleux. 11 
vit un vieillard yeneraWe avec des 
qheveux biancsy qui hii recita des vers 
d'Homere , & ces vers fuivant la 
craduftion d'Amiot fignifioient : 

Uae Ifle y a de<]ans la Mer profonde ^ 
Tout vis-l vis dc l*Egyptc f^conde , 
'• Qui par fon nom Paros eft appclKc*.; 

- Alexandre en s'eveillant s'ecria 
qtfMomere etoit uo tres-fjavant Ar- 
dbitede , & ordonna que la ville fe- 
roit bAcie vis-a-vis cette Ifle appellee 
Paros. II avoir afliirement bien de la 
penetration , s'il trouvoit dans ces 
versjajsu^df e chofe qui e&t rapporc 



r= 



1 I 9 H I S T O I R E 

a Alexandrie ; mais le reile efl biai 
lus admirable. Quand il eut arretc 
e plan do la ville, il fallut en <lefi- 
gner I'enceinte fur le terrein. Ses In- 
genieurs n'avoient pris avec eux ni 
craye , ni ficelle ^ mais en recompen- 
se ils avoient beaucoup de farine. lis 
s'en fervirent pour tracer fur la terra 
qui etoit noire , le plan de la nou- 
'Velle ville , & lui donnecent la figure 
d'un manteau de Macedoine. Auffi- 
tot des oifeaux fortis du fonds de la 
Mer & du Fleuve en fi grande quan^ 
tite qu'ils obfcurciffbient I'air , vih- 
rent devorer les bords du manteau, 
Alexandre en fut d'abord vivemenj 
allarme. Mais fes Devins le raflTure- 
rent en lui feifant voir que ce pro- 
dige etoit a fon avantage ; & qu'il 
annongoit a retabliflement . futur la 
plus heureufe abondance. Plutarque 
rapporte tout cela ferieufement , & 
voila dans quel goyt il a ecrit la vi^ 
d'un Conquerant qui ne parcfiflbic pjis 
deflinee a etre ainfi defiguree. 

En inflruifant, en embelliflant FE- 
gypte , en batilTarit une ville qui a 
foutenu la glgire de fon nom pre/r 



DU siicLE d' Alex ANDRE. 119 
que juCqu'a nos jours , Alexandre fit 
un voyage qui a prete beaucoup k 
relpquei>ce des Hifloriens. Dans la 
Libye j qui eft toute voifine , etoic 
un Temple fameux , conlacre a une 
Divinite que les Grecs one nommce 
Jupiter , & que les Naturels appel- 
loienc Ammon. On die que c'eft 
Cham fils de Noe qui etoit adore 
fous ce nom. ta chofe n'eft ni vrai- 
femblable ni facile a prouver. On a 
?eine a croire que fur la terre encore 
lumide des eaux du Deluge , les 
'. lommes ayent choifi un des temoins 
ocukires de ce chatiment terrible 
pour objet du culte criminel qui I'a- 
voit attire. Coname ce Dieu, quel 
qu'il fut, jouiffoitde la 'plus grande 
jreputation, Alexandre imagina d'al- 
ler lui-meme au Temple , & d'e fe 
faire paffer pour fon fils. On s'eft. 
beaucoup rccrie contre la petiteffe 
d'un pareil orgueil , & contre les 
dangers de Tentreprife , puifqu'il fal- 
.loit traverfer de vaftes deferts , ou un 
coup de vent pouvoit Tenfevelir dans 
les fables avec fon armee. 
Une chofe qui paroit d'abord fort 



lib HlSTOlRB 

dduteule , ce font les dangers diT 
voyage, Le Dieu ne fubfiftoit que 
de la charite des Pelerlns , & 9'auvoic 
ece une grande mal-adrefle a fes Mi- 
niftres de placer fon Temple dafls un 
endroit inabordable. II etoit necef- 
faire qu'il fut eloign^ , qu'on n'y arri- 
vat qu'avec peine , & que de grands 
obftacles a vaincre tinflent toujours 
en haleine la devotion des voyageurs. 
Ces Deferts immenfes , ces fables fte- 
riles done le TemJ)le etoit environne, 
cette verdure riante qui fembloit nai- 
tre a fon approche, ne nuifoient point 
fans doute a la gloire de la Divmite. 
Mais il ne falloit pas dire que Ton 
avoit a traverfer quatre-vingts lieues 
d'un fol aride & mouvant , oil des 
armees de 60000 hommes s'etoient 
quelquefois trouvees enfevelies , & 
que ce Temple avec fes bofquets for- 
moit comme une petite Ifle au mi- 
lieu d'une Mer de fable, N'efl-il pas 
evident qu'au premier orage la pe- 
tite Ifle auroit ^te fubmergee ? Que 
ces fables amonceles auroient en peu 
de terns & malgre tous les foins pdf- 

iiblesi 



^tJ Si£c1ED*AlEX ANDRE. Tit 

fitlei , couvert & le Temple ^ & les 
aitres & lldole ? 

On parle des 50000 homines de 
Cambile qui s'^canc engages dans ces 
deferts pour piller les crelbrs d'Am- 
mon^ y furent enfevelis ; mais on f9aic 
combien d^ans le paganifme les Pre* 
tres avoienc foin de faire voir la main 
des Dieux appefantie fur les facril6- 

Ses. S'ils one fait lancer a Minerve 
es foudres & des rochers pour defen- 
dre Delphes concre les Gaulois , s'ils 
ont publie qu'une Junon Lacinienne 
avoit creve un oeil a un grand Ca- 

f)itaine,pour s'etreempare d'uneco- 
onne d'or maflif qui embelliflbit fon 
Temple ; lis one bien pu attribuer les 
memes eflfets au courroux d'Ammon 
quand il s'ecoic agi de mectre en su« 
rete fes richefles. Cette idee des chsl- 
timens exerces fur les profanateurs 
auroitpu devenir utile, fi malheureu- 
femenc fon pouvoir ne s'etoit borne 
toujours aux efprits foibles, qui ne fe 
inettoient gueres dans le cas de les 
merirer. 

11 eft tres-poffible que Tarmee Per- 
ianne conduue par des guides inE? 



ill HisToixz' 

d^les ou ignorans , egaree fans pro* 
vifions dans des d alerts qo*elle ne 
ionnoiflbit point , y foit p^rie de faixn^ 
de foif & de mifere. Mais cela ne 
prouve pas qu*en pirenanc mieux fes 
mefures , on eut lo meme fort a 
traindre. Des que le Temple de Ju- 
piter Ammon ctoit riche , qu'il etoic 
Celebre & fouvent confulte , 11 iaU 
loit bien que les chemins n'en fuflent 
til a difficiles , ni (i perilleux. Alexan<> 
dre , maitre de TEgypte , muni de 
provifion de touce efp^e , & fuivi 
d*une bonne efcorte, ne rifquoit riea 
d'en entreprendre le voyage^ 

Peut-eire n'eft- il pas auffi facile 
d'en excufer le motif. On regarde 
comme une vanit^ ridicule d aller a 
travers tant de fatigues fe faire adop- 
ter-par un Dieu bar'bace. L'envie de 
paffer pour le fits de Jupiter Atn-» 
mon , paroit I'efiet d'une ambition ri« 
dicule & d^raifonnable. . Mais voil ji 
comme on eft toujours in}ufte. . Si 
tette envie dt une -foiblefle dans 
Alexandre , elle lui eft commune 
avec prefque tous les grands horn- 
ihes du paganifme. lis ne^ tegan* 



'Potent h pluparc de leurs Dieux , que 
comme des biros divtnifes par leurs 
gtandes adions : lis fe faifoient aux 
yeux du peuf^e un merite d*en tirer 
lear origtne. lis f^avoient que les 
gens &ge$ n'etoienc pas duppes de 
ces genealogies honorables; mais auffi 
ce n'eroic pas atix gens fages qu'ils. 
vouloient en impofer. Scipion qui a 
tbajoars pftfle pour an capitaine nio« 
d^re y aimoit qu on repandic fourde^ 
menc dans Rome qu'il itoic fils de 
Jtipiter. Cefar fe dilbit iflfa de Venus 
en ligne direde. Sercorius qui n'ofoit 

Sjut-fetre s*a|tribuer utie li grande no- 
e(Ie parmi des petiples fauvages qui 
ft^en atiroient rien ctu , avoir au moins 
une biche divine qui l^ii parloic k 
11>reille , & les Efpagnols refpec- 
tdienr fa biche , parce qu'ils croyoient 
J voir quelque chofe d'extraordinai- 
te. Toils ees traits font des tettes de 
ces vieux ufages oir la politique ffa- 
voir tirer parti de la fuperftition. Ale* 
xandre n*eft done pas fi bl&mable 
qu'oh W pretehdU. 

Uhe pteuve qu'il ne faifoit pas de fe 
Ditiniti plus \ie eas qu'il n'en de* 

Fij 



114 HisToiai 

vok faire , c'eft qvCil etoit le premier i 
en badiner dans Fcccailon. Une au- 
tre preuve q«e I'orgueil n'eniroit pour 
rien dans les demarches qu'il fit pour 
I'obcenir , c'eft que depuis on ne le 
vit ni moins doux pour fes foldacs , 
m ixioins cooipatiflant pour les vain- 
cus ; s'il- parut s'ecarcer quelque* 
^ fois de ces fentimens vertueux, c^ 
fut dans des inftans oil 11 n'^coir point 
en garde concre un penchant qui a 
deshonore bien d'autres grands horn* 
xnes. II s'efoit laifle furprendre par 
le vio. 

Quand il fat arrive au Temple 
de Jupiter , on penfe bien que left 
Pretres ne lui rcpondirent que ce qu'il 
vpulut.* lis hn promirent d^s viftoi* 
res , parce qu'il y auroit eu peu de 
fi^rete a lui annoncer des m^lheurs i 
iU le reconnurent pour fiU du Dieu , 
parce qu'il les paya bi^n s il$ Tauir 
roient adpre lui - meme s'il Tavoit 
ix\^i. II revint auffirtot en Egypte , 
Oil il vit ^vec plaifir le$ murs de U 
nou^elle ville qui coijimen^oient i 
s'<eiever : il y donna d© nouveaux or- 
dres , 4^ repartit fur le champ poxyr 
imrch^r w d^vapt de Dariu$* 



CHAPITR£ XV* 

Depuis la eonquite dt €E^tejufqu*k 
la man de Darius. 

CE Prince ne fiiyoit pins. Accst- 
bie d abord par fa defaite , il 
s'etoic cru perdu laifs retour. Enfoite 
il avoit repris courage , en voyanc 
qu*on ne le pourfuivoit point. II 
avoir abondonne fans regret des pro- 
vinces qu'il ne pouvoic plus defen*- 
dre y & en facrifiant fes £ta>t5 d'oc-^ 
cident, il seroic aiUire iwre retraite 
dans ceux d'ocient. II s'Qn failoit 
beaucoup qu'il fut ians reiP;)urce« 
Toure» ces contree» , appellees au- 
jourd'hiti le Schirvan^ le Gilan, ie 
Mazanderan^ le Kor afan , le royaume 
de Balk , le Tocareft , foumifes aaw 
trefois par le courage des premiefs 
Perfes ., ^toiem pleines d'habitans 
coi^ageux, artaches par habitude aa 
gouvernement prefent^&qui peat-etre 
n'avoienc point encore efitenda parler 

Fiij 



tl6 HlSTOIR* 

de fes defaftres^ Ces peuples qui a*a- 
voienc jamais vu leur maitre , & ne- 
devoient fa prefenge ^u'a fes maU 
heurs , lui fournirent en peu de terns 
de nouveaux defenfears. La coura- 
geufe rdfiftance des Tyricns>lul donna 
le terns de refpirer & d'augmenter fe$ 
forces. II en avoit fi bien profile, 
qu'ils fe trouvoit alors a la tete deftx 
cents mille hommes qu'il conduifoit 
vers le Diarbek. 

L'adverfite ne ravoit point corrige. 
II etoit toujours fier & plein d'au- 
dace, Quoiqtfil eat eprouve com- 
bien ces troupes nombreufes etoient 
peu d'ufage danis un jour d*aftion , 
il fe croyoit (dcja sur de r^couvrer 
par leur moyen tout ce qu'il avok 
perdu. II ecrivoir a Alexandre dcs 
lettres pleines de hauteur , ou il of* 
froit comme une grace de lui laifier 
une partie des pays qu il pofiedoit <M- 
|a. Auffi au lieu de lui repondre, Ale- 
xandre s avaii9oit pour le combattre* 

Peu de terns au|)aravant , il aroic 
fait un trait, qui devoit le rendre 
chera tous les Perfescapablesde fentir 
le prixd'une iSti(M genereule^On a vu 



teomment il avoic crait6 la mere , lei 
erifans & la femme de Darius. II avoir 
laifle celle-ci prete a accoucher ; S^ 
dansunefituatioDdottceufe.Au milieu 
d*ane marche , il appreiid qu'elle vienc 
d'expiren Aufli-cot il quitte tout au«r 
tre (bin. II court a Tinfortunee Sify-^ 
gambis qu'il trouve dans le defefpoir* 
II la railiire ; il la confole , il mele 
fes larmes a celles qu*elle.verfoit. II 
fait faire a la Reine des funerailles 
comme Darius lui-meme auroit p& 
les ordonner dans les terns de fa prof* 
perite , & , comme on I'a vu , cette 
oouleur » cette magnificence n 'avoient 
rien d'interefle. La malignite la 

Slus outree ne pouvoit le bl&mer 
'honorer ainfi la mort d'une belle 
femme^qu'rl avoit tant refpeftee pen^ 
dant fa vie. EA-il etonnant apres ceia 

Sue les Perfes aient aime avec ten«^ 
refle un ennemi capable d'un pro- 
cede fi genereux ? 

On dit que Darius en I'appre* 
nant en fut touche jufqu'aux larmes. 
Ne pouvant en marquer autrc- 
ment fa reconnoiOance , il fit lui* 
indme de; vceux pour ua ennemi qw 
' Fiv 



"ili HistciRc 

le forgoit a radmirer , & qu'il ne 
pouv'oit ha'iT , lors meme qu'il avoie 
tani de Aijets de le craindre. S'il eft 
vrai ycomme on le die , que dans ce 
lems la meme il cherchatL a le faire 
affaffiner, tanc de baflefle releveroit 
encore la magnanimice d^Alexan- 
dre. 

II avan§oit toujours dans le Diar- 
bek , autrefois la Babilonie. II avoic 
d'abord paflfe TEuphrate , fleuve ce- 
lebre dans TEcriture , enfuite le Ty- 
gre moinscelebre^ mais plus rapide; 
& foic que Darius n'euc point ctonne 
a'ordres , foit que ceux qui en ^coient 
charges les euft'ent mal fuivis, ilne 
trouva point d^obftacles. Les deux 
armees fe renconcrerent enfin dans 
une vafte plaine pics d*un lieu nom- 
ine Gaugamele, ou la maifon du Cha* 
xneau. 
. " Ce lieu avoic ete ainfi nomme d'ua 
Chameau que le premier Darius fils 
d'Hift^fpe avoic beaucoup aime ; 
quand cec animal fuc devenu vieux ^ 
il lui fit batir une maifon , & lui affi- 
gna pour fa fubfiftance , les prairies 
des environs* On croiroic qu un Prior 



•f; 



• i 



t5TJ SlicLE'D^AlBXANDRE. 12Cf 

ce qui traice fi bien un chameau de- 
voit etre plein d'hamanise pour les 
bommes. Ceft pourtant lai qui mar- 
chant centre les Scythes fit ^gorger 
fept freres, fils d'un vieillard refpeda- 
bie^parce que ce malheureux perede'- 
mandott qu^on lut latflk un feul de 
{es enfans pour iui feivir decompac" 
gnie. Ceft encore Iui qui fit mafia- 
crer une famille entiere pour le crime 
d'uQ feul particulier. Ce n^eft pas \t 
feul Souverain qui ait refpefte kr fang 
des aoimaux plus que celui des hom^ 
Hies,. Ce nom- de Gaitgamele rfetani^ 
m noble , ni conmi , on a donne a la 
bataille qui s'y lirra le nom d^Ar- 
belle y bourgade un peu plus coiril* 
derable dans le voifinage. 

Des deux cotes Tenrvie de com^ 
battre ctoh extreme ^ & chacun fe 
croyoit en droit d'efperer la vidoire* 
Outre I'aTantage du nombre , Da- 
rius avoit pour Iui la (Ttuatiotr des 
Meux. 11 fe flat^oft qu^au Gratiique 
fes troupes^ avoient ete furprrfes plu- 
tot que battues par des emiemis 

Su'elles ne connoiflbient pas encore^ 
i Ifilis des defiles etroits avoient 



rendu fas faperiorice inutile , &: ne- 
lui avoienc permts d'einpk>yer que kt 
moindre partie de Ion armee. JViai^ 
ici , dans les plaines immenfes da. 
JDiarbek^il pouvoic avec aflbratnce de- 
velopper tomes fes forces , & compw 
toic ecrafer fans peine un ennemi qui 
a'avoit encore du fes fucces qo'anx 
circonftahces. 

Du cote d'Alexandre, laeonfian- 
ce paroiflbit un peu ntieux fbndeei 
La yaleur de fes troupes , leur ar- 
4eur , deux vi^oires , tant de con^ 
quetes , fa fuperiorice reconnue fku 
Parius qu'il fentoit , & que ks fol' 
dats fentoient comme lui fernbloient 
des gages afiures de la vidoixe. Auffi 
etoit-il fi cran^uille , qu'apres avok 
fait fesdifpofitions^ils'endormit pro- 
fbndement > & le lendemain quand 
Tarmee ramgee en bacaille n'actefidoit 
plus qit& fes ordres pour charger , it 
fallue le reveiUer. On en dtt aucant 
du Prince de Conde k Rocroy. Ge 
ibouneil profbnd datis un fi grand 
danger, pouvoit chez tes deux Prin^ 
ces vettir de la xneme' caufe \ d'abord 
d'ttn exces de fatigue y & eniuict 



DU SIECLt D*Al£XANDRE. I5I 

tf one efpfce de fang-froid que la na- 
ture accorde rarement , & qui defi* 
ghe prefque toujours les hommes ne^ 
pour commander aux autres. 
' Enfin parut cette celebre journed 
qui devpit decider fans retour a qui 
appartiendroit riSmpire de I'Afie- ht 
vidoke fut difputee : il y cut det 
momens ou Ifes rerfes s*en crurent le$ 
maicres avec raifon. Alexandre ne la 
dut qii'a lui-meme , a une intrepidity 
ittfatiguable qui bravoit le peril fan^ 
negliger les reflburces , chargeanf par- 
tout avec la valeur d un foldat, fou-*- 
tenant a propos une de ^e$ ailes qui 
plioit , & poftant avec fageffe fe$ 
plus grands efforts con t re la gauche 
de fes ennemis , oil etoient avec Itf 
Koi leurs principales forces. Le non*. 
htc, la valeur , ie defefpoir des Perfei 
fte purent rien cootre rafcendant des 
MacMoniehs. Lemalheureux Darmi 
fe tnontra avec pompe dans la melee 
oft fon rival combattoit avec toxktSi* 
ge. II etolt , dit-on , fur un char fu-* 
perbe tout couvert de pierreiies* 
Alexandre etoic a cheval laiis autr* 
panire que fes armes. Le Prince Pe»-. 

F vj 



«32 His ToiRB 

fan croyoit animer par- la fes fujetsr: 
xnais ce fade deplace ne fervic qu'a 
redoubler rempreflement de fes enne* 
jnis. 11 s en depouiliabientoc pour fuir 
avec precipitation J laiflant le champ 
de bataille cout couvert de (es morts , 
Sc bien certain deformais qu'il n'a-r 
voit plus rien a pretendre au Trone 
de Cyrus* 

La bataille du Graoique avoic ou- 
vert a Alexandre Tentree de I'Afie. 
Celle 'd'lITus lui avoic aflure TAna- 
tolie , la Sourie , I'Egy pte. Celle d'Ar- 
belies lui donna le reile de TEmpire* 
Babilone , Sufe , Ferfepolis , qui a> 
voient ete fi* long-cems le {ejour da 
luxe , ou la magnificence Perfanne 
s'etoit deployeeavec tanc d'eclat,de*- 
vinrent en un inftant la proye du vain- 
queur. On r9aic que le ralais de cette 
derniere, fuc bruU par Alexandre lui* 
xneme dans une partie dedebauche, 
& fes debris qui exiftent encore, iaf> 
pirent peu de regrets. lis prouvenc ^ 
comme on Ta dit dans Flntroduc- 
tion , que les ouvriers Egyptiens qui 
I'avoienc conflruic n'ecoienc ni des 
hommes de gout , ni des artiftes ha-* 



T>V SIECLE d'AxSXANPRE* IJJ 

biles ; 5c tous les voyageurs s'accor- 
dent a dire que c'ecoic un edifice im« 
jnenfe & gro flier. 

Tandis qu on reduifoic fes Palafs 
en cendres , Darius erroit de provin- 
ce en province. 11 portoit par-tout 
fon inforcune & fa douleur. U cher- 
choit des allies compatiflans , & ne 
trouva que des fujecs perfides. Quinte^ 
Curce lui fait tenir , au peu de troupes 
, qui Tavoient fuivi , le aifcours le plus 
noble. II lui fait dire qu'il aime 
xnieux mourir que de renoncer aa 
tkre de Roi. S'il avoit ce deflein ,. 
il femble qu'il n'auroit jamais pu 
Texecuter plus glorieufement que fiip 
le champ de bataille d'Arbelles oii 
cent mille fujets zelcs s'etoient facri* 
fies pour fa defenfe. Le meme Hit 
torien fait aufli jurer aux foldats , de 
verfer tout leur fang pour lui. Ce- 
jendant peu de jours apres , gagnes 
)ar deux Courtifans mecontens de 
: eur Maitre , pu fatigues de fe voir 
fi long - tems les compagnons d*un 
Prince fans afile , ils encrerent dans 
fa tente & le chargerent de fers.. On 
dit que ces fers etoienc .d'or. C'eut 



^34 HlS^TOtRE 

cce utt" outrage de plus. Mais ofi Bef- 
fiis & Sacibazrane-, les chefs des Con- 
jures les auroient'ils fait faire ? Pour 
fes trouver fur le champ , il auroit 
fellu qu'ils en euflfent rait provifiofl 
ih long-tems. On peut croire que 
Tamerlan varnqueur & maitre de 
TAfie emplojra ce trait dinfulte con- 
tre. Bajazet , qu'it vouloit humilier. 
Mais il n'eft guere probable , que de- 
malheureux nigitifs , manquant de 
tout , & pourfuivis par un ennetnr 
redoutable , si'amufaflent a poufler ft 
llbin le rafinemenr de la: vengeance. 

II femble que la fortune aime a 
^argner aux grands hommes de cer- 
tains crimes neceflaires , qui les ren- 
droient odieux. Cell ainfi que la^ 
mort de Pompee ne fut point Tou- 
Vrage de C^far qui en recueillit le 
fruit. Henri/ IV. ne trempa point 
dans raflaffinaD du Due de Guife^ 
fans lequel iln*aufoit peut-etre ja- 
mais ete Rot de France. II n'im- 
portoit pas moins a Alexandre d'etre 
defait de Darius. Si ce Roi etoic 
tpmbe vivant entre ks mains , la 
ciemence & U rigueuf poavoient-^gar' 



BU wicLE d'AlEXANDRB. IJ5v 

lemenc devenir dangereufes. Ce qur 

{)ouvoic arriver de plus heureux pour 
ui, c'ecoit que: Darius peric dans, 
une bataille,. ou par Ifttmain: de fes 
fttjees. Son bonbeur luiaOTufa encore ^ 
cec avancage ; la fortune en le deli- 
Tranc d'un rival, lut menagjsa jufqu'a. 
Fhonneur de le venger. 

Au premier bruit de ta decention 
^u Roi ; il s'ecoic mis en marche ^ 
& fuivoit tes rebelles avec route fon 
a£tivice. Ceax-ci en portant les mains 
fur leur Koi , paroiifoient n'«Lvoir 
-Commis qu*ui> crime infrudueuxr* 
Probablement: BeiTus ne fe« flatcott 
point de relever Tempire des Perfes. 
II ne pouvoit gueres efperer non plus 
d'acheter avec la tete de Darius les 
bonnes graces d*Alexandre>- La ge« 
neroiice des fencimens de ce- Prince 
^to4c eonn^ue : s'il avoic regu avec 
Hbonte de& bemnaes courageox qui 

Saroiflbieht plier fous fit puiflancc > 
' ne pouvcMt garder qu'une haine 
implacable a des traitres fowilles d'un 
crime doot fa propre furete exigeoit 
te ch^timeiTt : auffi les chefs de la 
eenjuracioii ne triMiverenc poinx de 



Ij6 ' , Mr S T of RK 
parti plus fur que de continuer a fuir 
avec leur prifonnier. 
< Ce Roi dofit le fade avoir fi long- 
tems rempli PAfie, ecoic alors cap- 
tif au milieu de fes foldacs ^ done 
la plupart ignoroienc qu'ils efcor- 
toient leur Prince. Les rebelles pour 
le mieux cacher , avoient convert <fc 
peaux la voiture ou Ton le conduifoit* 
Tout-a-coup on vient leur annoncer 
que les Macedoniens approchent. lb 
pouvoient encore r^fifter & meme 
rendre au vainqueur fa temerite fu- 
nefte. Le Prince Grec dans la ra- 
pidite de fa courfe n'avoic pu fe 
iaire fuivre que par peu de troupes, 
lis. avoient plus de trente mille 
' hommes« Un peu de reflexion fui^ 
fifoit peut-etre ^ pour faire de BeHiis^ 
ttn &es plus heureux fcelerats doni; 
il foit parle dans I'hidoire. Mais la 
frayeur ne reflechic point. lis ne peo^ 
ierent qu'a la fuite. 

BefTus s'apprccha du chariot ofi 
etoit couche Darius, & lui pre- 
fentant un cheval , I'exhorta 4 fe de* 
rober aux mains de fes ennemis. Ce 
Prince aigri par cane de perfi^e 2s 



de I^chece , refufa un fecours qui ' 
en Tenlevanc aux Macedoniens » ne 
lui auroic pas rendu fa liberce. Alors 
Belfus & fes complices au defefpoir 
d avoir eommis un crime inutile, rfc- 
couierent plus que la rage. lis per- 
cerent de coups ce Prince in fortune, 
& les chevaux qui crainoient fa voi- 
ture.Ils abandonnerent ainfi a la gene- 
rofite du vainqueur, leur maitre moa- 
ranf , encore charge de chaines* 

Cependant Alexandre arrivoit avec 
fesfoldats. La campagne etoit cou- 
verce de fuyards ; on cbercboit par- 
tout Darius , & perfonne ne pou- 
voit enfeigner ou il etoit. Enfin ua 
Macedonian preflfe par la foif, & 
cherchant une fontaine aux environs, 
apergut un cbariot fans apparence ^ 
dont les chevaux couverts de bleC- 
fures paroiflToient dans le dernier epui* 
fement. Cetoit celui oir expiroic 
Darius. Un foupir qui fembloit ew 
partir fit approcher fe Macedonien: 
j1 aperfut ce malheureux Roi qui 

})erdoit fa vie avec fon fang, & qui 
ay ant reconnu pour un Grec , le char- 
gea de porter a Alexaodxe [ts der- 



^^%' H I s T ai R B 

nieres paroles. II expira peu de tems^ 
^pr^ en imploranti \z juilice de foil 
ennemi, centre des ftijets parricides* 

Telle Alt a la flexir de Ton age la 
fin d'un Prii^ce qui paroit avoir me- 
rite un meilleur fort. L'fiiftoire qui 
nous le fait peu connoitre ne lui re- 
proche point de defeuts confid^ra- 
bles. II out ceux qui accompagnenc 
quelquefbis la fouveraine puiflance , 
Torgueil , la foiblefle , & la credulit^*. 
La grandeur de fon infortune infpire 
la compaffion , & le genre defa 
mort la redouble. Son plus grand 
inalheur fut d'avair un ennemi tel 
qu^Alexandre^ La gloire de fon vain^ 
queur lut couta le trotae & ta vie. 

Celui - ci ne fe dementit point. II 
pleura fur le corps de Darius : il lui 
fit rendr^ tous les honneurs dus k 
a. fon rang , & qiioiqu on puifle lui 
appliquer ce que Corneilk a dit de 
Cefar : 

Qu*il eft doux de pUindrc 
I«e fort d'Un ennemi , quand il n'eit plus, k 
ccaindte i 



BU sisciB x>' Alexandre, i}^^ 
ii faut cependant avouer qu'une mo^ 
deration fiL fage mcrit-e des eloges*. 
Pes egards fi longtems foucenos pour 
une famine que les prejuges. ordi-^ 
oaires de la politique fembloient Tau* 
torifer a traiter fans menagement , 
font .plus d'honneur a la bonte de 
fon coBur ,. que tant de conquetes n'ea 
font a fon qourage. 



CHAPITIIE XVI. 

Depuis la mort de Dariits }ufqu*a Ia 

canquite des Indes , & le retoar 

dAiexamlre ctBabylcnei 

TXE cet inftant Alexandre put fe 
I J regarder comme le poffedeur 
legitime & paifible de Pempire, II 
en avoit abbattu routes les forces. 
Befliis & fcs complices reduitsi a fe 
cacber n& devenus execrables a leur 

fropre partij^n*e|oient plus acraindrc. 
1 tie reftoit plus a ioumettre- que 
des nations elotgnees , a peine cpn- 
nmes ^ qui ptrai^^ient. u^ valoir pas 



tj^O tllSTOtfit 

la peine d'etre conquifes , ou^ qtl 
pouvoient l*ecre par des Gineraux fu- 
balcernes. Mais - il ^inble que. la 
maxime de ce Prirrce ^toit dc ne 
s'en rapporter qu'a lui pour les ex- 
peditions militarres. II etoit fur de 
ion botiheur , &' ne Pecoic pass de 
celui des^ Officiers qu'fl ea auroit p& 
charger. II les employ oit a mainee- 
nir l^ordre & le calme dans ks con- 
quetes i il les laiflToic jouir des dotii«> 
ceurs de la paix , & le feul pri^ 
qu'il tiroit poor lui-rmeme de fes 
vidloires , etoit d'en chercher de nou-r 
velies a cravers de nouveaux dangers. 
Au refte fl ne faut pas croire qu'il 
»'abandonnat ainli a fon ardeur guer- 
riere , fans avoir un but bien fixe & 
bien determine. Ce n'etoic pas le 
monde indiftinftemenr qu'il voulait 
fub/uguer. C^torienc les pays foumis 
a la couronne de Darius dont it pre- 
tendoit foutenir tous les droits. Mal- 
grc I'ambition ridicule qu'on fui at* 
tribue , il n^attaqua jamais que le» 
peuples qu'il pouvoit regarder c^mme 
fcs fujets du trone dont il s'etoit ren^- 
dtt maicre. Sll combat tic les Scy^thes, 



c'ifeft que ces fauvages ^coieat ve- 
nus le deBer avec menaces , & il fe 
conteiKa de les avoir icartes. S'il 
peoetra dans les Indec, c'eft qu'elles 
appartenoienc aux Perfes depuis que 
le premier Darius en avoit fait la 
conquete , & Ton verra bient6c que 
cetre expedition xn^me fpuffre des 
difficulces* 

Ce qui prouve mieux que toutes 
les declamations contraires qu'il f^a- 
voit foumettre Ton ambition a des 
Ttegles s & ne fuivre que fes droits 
biefl ou mal fondes j c'eft qu'apres fon 
retouT des indes , pendant pres d'un 
an qu'il paila i Babilone , U ne fon'- 
gea point a inquieter TArabie qui 
B'en eft pas ^loignee. Cette vaAe 
contreepouvoit cependant le tenter a 
bien des egards. Le commerce de fes 
parfunis aujourd'hiii aiseanti , mais 
alprs tres'confider^ble , fon irendue p 
ion voifinage , fe fituation le long du 
Golfe Perfique , & de la Mer Rouge 
dont il pofiedoit les autres bords^ 
^6n la facifite de Tenvahir , etoient 
des raifons plus que fufiifantes pour 
I'wgaj^r k y poytejr fes arm^Sf Ce* 



f42 HisTom* 

pendant comme elle n'avoit jamais 
6ti de la depetldance des Perfes , il 
he crut pas qu'il lui fut permis de 
fattaquer ; il fe borna a dompcer les 
peuplds qui pouvoient Pfctre avec une 
apparatKc de juftice. 

11 vine a bout de tiduire taftt <!e 
l^ays en moins de temps qu'un voya^ 
geur n'en auroit mis a les parcourirV 
obfervant toujours la meme condui*^ 
re , <lt)nnant par-tout T^xettiple aux 
fbldatSy s^n faifant. adorer par milte 
traits d^ grandeur & de bonre qu*on 
a peine a lire fans attendriflem^nt'^ 
fouvent blefle , toujours heureux , 8c 
fe tiranc des dangers ou fon trout age 
Texpofoit queiqueftMs , par de ncrti- 
veaux efforts de bardielle > qui dans* 
tout autre , autoient paffe pour de la 
timeri^-i. On n*entre point dans tous 
les details deces fexpeditroils. to. Pard- 
ee qu'ils ne prouvent autre chofe que 
le courage d*Alexandre ^ dont cer^ 
tainemeiit perfonne ne doute. 2®. Pard- 
ee que ne recotinoiflant plus anjour-^ 
d'hui dans les noms modemes ceait 
que portoient autrefois ees m^e^ 
lieuiK^ rl eft ifHitile it xn^me iip{g>Sk 



TAJ siECLE p* Alexandre. 14 j 
t)le de les indiquer avec exadicude. 
II paitouruc les bords de la Mer CaC- 
pienne , traverfa le Mazanderan , le 
Chorafan ., le Sableflan , & fe crouva 
«nfin aupres des montagties du Can- 
dahar, fur les l>arrieres naturelles qui 
feparent les Indes de la Perfe ^ & 
qui n'etoienc point alors les limites 
<le ce dernier Empire. 

Dans des marches (1 longues , foa« 
vent penibles , a travers des nations 
armees , qui faifoient quelquefois a- 
cheter leur Jfoumiffion par beaucoup 
de fang , les foldats ne marquoienc 
pas toujoiirs la meme bpnne volonte. 
Couverts de bleflfures , euifes de fa- 
tigues , ils regretcoient leurpatrie , & 
ik laffi>ient de ne point trouver de fin 
a leurs travaux. Oetoit dans ces mo- 
mens qu'on pouvoit voir combien il 
import^ a un Roi de partager avec 
&s troupes les perils & les fatigues 
auxquell^ il les expofe.. Un regard , 
un mot d' Alexandre leur rendoit tou- 
tc leux ardeur, Ils avoient honte de 
pa^oitre ou moins robufles , ou moins 
Iiai'dis qu'un Prince fous qui ils s'e- 
coieac encichis & couverts de gloire , 



I4i H'iSTOIRB 

& ces crifes de foiblefle ou d'lncerti- 
tudes etoient toujours fuiviesd'un re- 
dotiblement de vivadite. Telle etoit 
leur difpofition en arrivant aux Mon- 
tagnes du Candahar , & qnatid ils (e 
pr?paroient a entrer dans Ics Indes.- 

Un Academicien de nos jours a fait 
une longue comparaifon de la con- 
qucte des Indes par Alexandre , avec 
cclle du meme pays par le fameux 
ufurpateur Thamas Kouli-Kan : mais 
il n'y en avoit aucune a faire, i®. Far- 
ce que les exploits du Perfe modernc 
font vrais , & ne peuvent etre revo- 
ques en dout^ , au lieu que des efprits 
difficiles Jlkirroient tres bien. contef- 
ter ceux du Macedonien. io. Parce 
qti'en fuppofant de part & d'autre la 
verite egale , Alexandre ne fit qu'en- 
tamer la lifiere des Indes . & que la 
Marche de Schak Nadir depuis le 
Candahar jufqu'a Delly, eft auffi fupe- 
rieure a la bataiile contre Porus ^ que 
les forces du Mogol I'etoient a celles 
de ce petit Roi , qui n'eft connu que 
par fa defaite , & dont on ne retrouve 
plus aujourd'hui les 6tat§. 30. Parce 
qu'on n*attribue I Alexandre dans ces 

pays 



pays que dcs a^ons de not)le(Ie & de 
g^eroGte , all Heu que Nadir rCy 
lai(fe que des predves de bafbarie & 
d'avarice. 4^. Enfin parce que le pre- 
mier "etoic un Roi , & un cres grand 
Hoi y qui avoit pour lui la ju(iice , en 
reclamant les droits d^un Prince a qui 
il fuccedoic, au lieu que Nadir n'ayant 
pour lui que les droits des brigands , 
$*6tant aflis par la /orce fur Un Trone 
fouille du lang de fon maitre , etoit 
bien eloigne de pouvoir en rien pre- 
tendre a celui de finfortun6 Mu- 
hammed* ' . 

On a die queTexpeditlon d'Alexan- 
dre dans les Indes pouvoit fouffrir 
des difficultes , & rien n'ell plus vrai. 
Si T-on reut faiVe quelque attention 
au recicdes hiftoriens, on. verra que 
fans Aire foup9omie d'un pyrroniftne 
outr6 , on peur ci-oiris la chofd au 
moins'douteure^ . ^ t ■ ^ • /[' 

Its difent, qii'l Tarrived d'Alexka- 
dre , tous les petics Roi^ du pays' al- 
lerent audeVant deliii, ep le MiciT 
tant de ce qu'-il ecoit le troifieme ^Ir 
de Jupit« (lixi les honoroit de fa pre* 

G 



fence : que n'ayanc p^s eu lebpnbeur 
<le voir ni 3acchus ni Hercule , ils ea 
ecpient bien dedoxiunages par celui 
4e ppuvoir lui rendre leurs homma- 
ges : coxnme fi ces Kajas Indieas 
avoient pu <;onnoicre les fables des 
Grecs ; comme s'ik avoient etudie a 
fondsla mychologie de Mycene ou de 
Thebes ,. pour faire un compliinenc 
Jionnete a ua ctranger quails n'avoienc 
jamais vu- . 

lis mettent partout des places for- 
tlfieesy tandis qu'il eft certain que 
dans ces climats ou les ufa^es n'onf: 
j^nmis' ciianse , les fortifications font 
inconnues. £a defenfe des l^tats cpn^ 
}jft.C, d!ans les ^rmees , Sf; no^ dans le^ 
pmparts. Les villes font toi^tes our 
yerces».& pretes ^ recevoir laloi dii 
partj qui tieat b caxapagne. Les feur 
les j^Uces qui foi^i: caps^b^^s d/un peu 
^ fle reliuance , fe trouyent fur la cote , 
$; n!ont etc h^ixics que. par nos mac- 
chands. • 

I, lis font'de THydafpe , de I'Ale- 
£he , de rHydraote ^ des fleuyes tres^ 
coniiderablesi^, cf, ioflic d^.£^Ut» 



rivieres? a, peine comparables^, anotre 
lilarDe^ ^QQ^re loone, done on ne 
patlepo^t. 

. lis font un Prince puiflant de ^e 
Ponis^qui n*ecoit prohaDlement qu'un 
<le ces Vices-Rois dont Tlnde eft 
remplte., qui ayanc ece vafTai pu tri- 
bucaire de Darius ^ n'ayoit aucune rai- 
ion pour combat tre ion vainqueur^ 
Car il faut rqnanquer qu'^lexaiidre 
ne d^tronoit aucun des Princes qu'il 
fimmectpit': il leur laUToit le rang& 
le pouvoir dont les Perfes ne les a*- 
toienr pojnt^rives y 8^ f 'eft une nou- 
vellepreuve qu'il ne vx)uj[oit TEmpire 
.que fur \e meme pied ou Darius IV 
voit poilede. C^endant tel. eft le. 
pouvoir desEcrivainseioquens (ur la 
pofterite 9 que quand ils veulent il- 
luilrer des noms ^ ils les immortaii«* 
ieii(% II y.en a. peude plus conhus qud 
ceiui de Po^s. Peribnne n'ignore fa 

Erecendue teponfe a: Alexandre qui. 
H demandoic apres fa definite ^ com^ 
mi^nt il voaloit qu on le traitat. En 
B.oi, reprit-il atec fierte. On ne veuc. 
pas voir quQ o^ttjs reponfa t^ le! 



148 Hit or RE 

comble du ridicule dani la bonche 
d'un Indien qu'ori (lippofe h'erre ja- 
mais forti de fon pays , & -ft'etfepar 
confcquent inftruit que des iifageide 
fa nation. Car lafa^onde traicerles 
Rois vaincus datns ces climacs ctoic* 
alors & eft encore de les ;egorger! 
fur le champ. Ce n'etoit pas la fafti 
doutele trairemeht que PtWus crdyaic^ 
le plus convenable a 1^ Majeftc* 
Royale. . .' ' - »^- ' 

Le trait le plus fort d'ignorance 
oii de fauflete dans cjjs Hiftorfens ;- 
c'eft lbrfqu*ils parlent de la defcente' 
d'Alexandre le long du Sinde ^ Sc def 
fon entree dans Tocean-Ils lui'iFo'nr' 
employer neuf mois Ji defcendre ce' 
fleuve , dont le cours ^ntiet'n'a pats 
plus de 500 lieues. lis afliirent que 
c'etoit une temiricc que d'exool^r 
ainfi tant de braves genisftirlin^fleu-^ 
Ve inconnu: Mai^il s*en'ftllon beau- 
coup qu'alprs le Stndene jffitinconitu,. 
H etoit tfepuis long-temsTousla dtntoi* 
nation desPerfes : c^eft dela^qu'etdient 
partis des navigateurS ^^ qui ayane 
par le$ prdres-de Dariuj parcoturul* 



t>i7 siicLE d'Aibxandrv. T49 
Golfe Periique depuis Diu , la Mer 
d'Arabie le longdcs cotes de.Mafcate 
.& d'Aden^ rentrfirent par le Oeroic 
de Babel-Mandel duns la Mer Rouge, 
& vinrenc aborder d^ns les ports de 
TEgypte. 

Ce voyage qui prouve que la na- 
vigation fur ces mers etoit alors tr^s- 
ordinaire , demontre encore autre 
chofe : c'eft que la frayeur , Tembar- 
xas des Macedpniens en vuyant le 
JFiux & le Reflux eft une pure imagi-* 
nation. On les reprefente comme e- 
perdus en voyant monter la Maree, 
perfuades que cet et range accident 
etoit une preuye du, courrpux des 
Dieux qui delapprouyoient leur folle 
ambition. Cependant Alexandre avpic 
dans fon armee, des Perfes , des Ph^- 
niciens , ders Indiens meme , qui de- 
yoieni? - paJ^faite^lent connoitre les 
effets de; la Maree fur les cpces quails 
liabitoient , oil don t le<:ommerce de- 
Yoit^ au moin^ \pux avoir donne ^ne 
notion entiere. On fjait combien 
dans ces rencontres ceux qui fjavenc 
quelque cl)pfe d'ej|:tiaoidinaire fonp 



150 ^ Hi STRIKE 

cmprefles d'en inftruke €eiix qui FB- 
gnorent. En approchanr. de TOcean , 
on ne devoit parler dans toute Tar*- 
ihee que du fpeccacle qu'on alloit 
avoir de la Mer qui s'elevoit d'elle- 
meme au-deflus de fesrivages , & ce 
fpedflclene pouvqit etre pour les Ma- 
cedoniens qu*un objet de curiofite , & 
non pas de d^ftfpoif • 11 faut encore 
ajouter a cecte rcflexioR , qu'Alexan- 
are ayanc demeure long -terns avefc 
une partie de fon armee fur les bords 
de la Mer Rouge , ou la Maree eft 
ccglee & period ique , il- n^etoit pa«^ 
poiSble que ce Prince eclaire n'eut 
conferye aucHinc lumiere fur un fait ft 
public , done il avoit et^ tant de foi$ 
cemoin, 

Enfin pour derniere abfurditc , on 
fait reflcntir a Alexandre la joie la 
plus exceffive eri aprocbant de la Meir 
de Perfe: on lui fait dire a fes fol* 
dats , que fans repandre de fang il$ 
iftoient les maitres de rUnivers ; que 
leurs exploits alloient auffi loin que 
la nature , & que bientot ils verroient 
des cbofes quin'etolentconimesqu'aux 



Dieux immortels. Certainement ja-. 
mais Alexandre n*a pu tenir des dif* 
cours aufli ridicules. II fj^avoit biett 
que la vue d'un petit coin de VocSml 
^ne le rendoit pas xnaitre de TUni- 
vers , puifque dans le pays meme qu*il 
^uittojt 9 il laiflfoit une infinite de pea<- 
pies qu'il n'avoit point foumis. II f^a- 
Toit bien aufli que les rivages de Gu- 
:fcarate n'6toienjc point les bornes de 
la nature.^ II ne pouvoit pas croire 
que la yue des eaux qui baignent ces 
cotes fijt jefcrvee aux feules divi-^ 
nttes , puifqtfil etoit certain qu6 xies 
Pheniciens , des Perfes en avoient 
ioui avant lui , & qu'aflurement il n6 

f)renoit ni les PWniciens ni les'Per- 
es pour des Dieux immortels. 

De ces obfervations on ne veut pas 
conclure qu'il faille mettre I'expedi'- 
tion d* Alexandre duns les Indes , an 
fang des feits abfolument faux. On 
penfe feulement que les' ecrivains qui 
avoient fuiyi ce Prince n'ayant pu faire 
pafler leur recit jufqu'a nous > ceux 
qui ont travaille d'apreseux ,ont cru, 
comxneJitditArrien liii-nieme , pou- 

Giv 



"XS* His TO I Kit 

voir prodiguer le merveilleux en par* 
lant aun pjiys fi eloigne; lis ont fiiivi 
leur imagination bien plus que la ye** 



lite. 



Au refte rien n*eft tnoins interellanc 
pour la gloire d'Alexandre. La con- 

2uete des Royautnes d*Attok , de 
-ahor, de Multan & de Bukor n'y 
peut rien ajouter. Ce ne font ppinc 
fes adions dans des pays obfcurs qui 
ont fixe les regards de la poftetice. 
Apres avoir foumis la partie des 
Indes qui avoir dependu de TEmpire 
des P.erfes^ ^Jex^ndrene fongea plus 
ou'a fon re tour a Baby lone. La meme 
iagefle qui Tavoit arrete fur les fron- 
ti^res de I'Arabie , ne lui permit point 
de pafler THyphafe. Cette riviere fut 
le terme de foa Empire , comme elle 
ravoit ete de celui de Darius. Alors 
fa gloire & fa puifTance fturenc au 
coriible. L'Afie qu'il avoir fi long- 
teens' defolee „ <:ommen9a a gouter un 
repas qu'qlte avoit perdu, depuis au'il 
regnoit. Le retour du Prince aans 
la Capitale , annon^oit a fes vailes 
^cats UQ calm^ que rien ne pouixoit 



t>XJ Sri<3Lt VA LEX ANDRE. >5) 

j>lus troubler. Quelques foulev^emens 
exdrces fur Its frontieres , s'etoienc 
diffipes fans peine. Dans la Grece^ 
Sparte avoic ofe remuer , mais elle 
avoit plie fous les efforts d'un feul 
Lieutenant d'Alexandre : quaratitd 
mille Spartiates avpient ftii devant 
tringt mille Mac^doniens'^*tanc la 
fortune prefente des uns elevoit leur 
courage^ & tant les autres avoient de- 
genere. Dans Athenes , Demofthene 
toujoufs inquiet , toujours ami des 
intrigues & des cabales , avoit force 
fes propres dtoyens de Teifiler , & 
pour comble de malheur^la caufede 
£:>n exil avoic ete deshonorante. 

Les Perfes , qu'une longue fuice de 
Roisou l&ches , oucruels avoit fa9on- 
nes au plus rude efclavage, obeiffoient 
avec jpkifir a un Roi jufte & mo- 
dere , qui ne les ecartoit ni des bon- 
ncurs , ni des emplois. Les Macedo* 
niens etonnes eux-memes de la ra- 
pidite de leurs fucces , regardoieinc 
Alexandre comme un Dieu qui mai- 
trifoit la fortune , & ce Prince ega- 
kmeni aime, egalement refpededes' 



J54 . HistofRK 
vainqueurs & des vaincus , ne v.oycfif 
dans fon yafte Empire <)ue des fujeu 
foumis , ^ reduifoic tous fes voifins ^ 
le craindre pu a radmirer. Tels ecoieni; 
)es fentimens des p^uples , quand ai| 
retour des Indes il fie foa entree 4 
Babylone. 

Cecce Vilie fiiperbc alors la plus 
peuplee, laplasopuleatederUmversj, 
preparoit a fon ambition , un fpec-i 
tacle bien flacceur. Tons les Rois qu'it 
^voit foumis (ans les dethcqneri tousi 
les peuples qui redoucoient fes armes; 
fans les avoir eprpuvees , y avoient 
cnvoye leiirs deputes. II fembloic que 
rUnWers encier Tactendic pout lui 
xendre faommage. Il put alors fe raf- 
iafTier d'honneurs , & jouir de tou( 
Teclat de fa fortune.; 

11 pafla une annfe entiere a Baby-^. 
tone. II femble que les hiilorieos n'au^p; 
jToienc du rienoublier de ie^ occi^^ 
pations dans ce terns de traaquillite.. 
On s'attend a les voir nous reveler 
tousles fecrets de fa politique , entrer 
dans tous les myfteres du (joayeroer* 
mentintcrieuf , & peindre Ak^n4irci 



entodr^ des arts de la paix , aprestanc 
d'annees pafllees dans Tborreuf des 
combats. Ce morceati feroit plus ad^ 
xnirable & plus intereflant que le de- 
tail de-fes vidoires : c*eft malheit^*^ 
leufement celui qu*on n6 trouve point* ' 
Apres ce qu'on a vu , on ne fg^hio^v 
douter qu'ilneprit des mefiires pour 
reunir tous les membres de fa vafte 
Monarchie ; que fctti deflein ne f&t: 
d^en Biire un feul corps , & qu*a Tac-* 
tivice guerriere il n'eut iubftittt^ xm& 
autre elpece d'adiviee plus iltile St 
phis louabte, celle d'an Legiflateur^ 
\: da Fondateof d'un houvel Empire. 
M^s les hifloriens nenous ont prefque 
mn laiffi for ces objets; 

lis ont donne le detail tres-clr^ 
omftanci^ des funerailles magnifyqueii 
fdtes^ k llpheftion , de fbn Apoth^ofe ; 
da danger qu'il y aroit a paroftre 
dctttvr 4e fa divinke , de iqfuelqu&i^ 
reparations commandees aiix mttfide 
B^^ylone , & au vieux Teriiple de 
Beitis^rukie, d^moli; bruliS par Ket'- 
x^. Celt a cW'puerifites que s'feffi 
oec9p^ I fiiiyanc eux^ pendsnt unef ias^ 

G v) 



nie entiere leFondateur d* Alexandriev; 
Televe d'Ariftpte, le protefteur, Tami 
des Sciences & des Arts, le- Prince 
de I'efprit le plus eclaire , le plus 
clev^ qui/ult jamais. lis n'onc p<is manK 
que tde. rapporter auffi fort au long^ 
les predidion^ .des Caldeens^qui an- 
noncerenc a Alexandre le.cems.de fa 
xnorc. 

: Farmi les ideas. ou foUes ou pen 
fon^ees a qui la foiblefle des Jbomsaes 
a donne;dtt credit i la plus generale*- 
spent re^ne, £& celle qui faifott autre* 
fois pr6ceder la mort des Hois par 
4^se.venemense^tr2^dioaires. IlCem* 
tloit qu'ils duflent en expirint trbu- 
bierla nature , comnoe iUayoientfou* 
vent trouble latf rre pendant leur vie : 
plus leur regne avqit eu d'eclac , plus 
on imaginoic a leivr mort der drcon* 
i^ances Stonn&nt?s. Ces ide^s qui ibftC 
^ite?»pour prneriaPoefie^ n^jpejttvenc 
que deparer THiftoire. 
./ Enfin apres onze ans de. guerres ; 
viMin dc repos ou d*occtipatioQ$ moins 
conpuesy Alexandre app^qu^ vraifom^ 
bl^blement a des projets ]|til^ ou glo* 



Dir sriScLB d'Alexandre. J 57 
irleux, trouva dans Babylorfe'la fin 
de fon ambition & de fa vie. On a 
foupfonne qu'il avoit etc empoiforine ; 
cela peut-ctre : mais s'il feut en croire 
le recit des hifloriens ^ il ne dut la 
tnon q|u*alui-meme, Le veritable poi- 
fon ^ui le tua , fut ane quantite de vin 
prodigieufe qa'il pric dans une partie 
de debauche. 11 mourut accable d'in* 
quietudes & peut etre de remords, 
laiflant un Empire immenfe , encot 
mal affermi. Aufli n*ayant que des en- 
fans en bas kge , entoures de Capi- 
tainesaguerris & formes par lui-meme, 
fon throne ne pafla pas a fa pofterite. 
oes conquetes qui avoient tant coute 
de fang , devinrent la proie de quel' 

Sues OfEciers Macedoniens. La gloire 
'Alexandre fit le malheur des peo- 
ples qu'il avoit foumis. Les cruau« 
tes , les devaftations recommence- 
rent entre tant de rivaux armes , anv- 
bitieux , accoutumes a une vie guer- 
riere ^ tous aflez hardis pour afpirer 
en fecret a la place d'Alexandre, 
& bien decides a ne point fouf&ir 
que perfonne la remplit. Quiconque 



i-j* HrfToraBr 

cut des amis & du courage , /& 
fit chef deparu ; h, facceflion entiere 
du Conquerant fut dechir^e & par- 
tagee, & de tant d^Etats , fa £imille 
Be cenferTa pas metne kt Macedoine.^ 



Hn de tapremierc Panic. 




HISTOIRE 

DALEXANDRE. 

SE'CONDE PART IE. 



CHAPITRE XVLL 

^AkxAnire ^ defen carc^hre > traits^ 
'■ pcu^iaiUers ipd U concerntnu 

Piiis avoir fijivi Alexan^ 
dire dans fe$<pon(juetes ,oHt 
voudrolt le voir d^ns la 
vie privee , & penetrcr 
dans rincerieur de cette. 

amc fi fipre, qui ne fembloit faite que. 

fpur doipufier des loix» Mais c'eft en-" 




D 



KJo Hi sroTR e 

core an point, fur lequel les hiftonens 
one mat fervi notre curiofite. Ce qu'ils 
€n difent fe reduit a bieh peu de cbo- 
fe , & ce peu la meme , n'eft guere fa- 
tisfaifanc. Plutarque pretend que ce 
prince Jut le-plus gcand des, pi)ilei(v 

})hes ; it le met poiir |a fa^pn d^en- 
eigner , bien au-deflus de Socrate & 
de Platon., patce que ceux-ci, dk-il, 
n'eurent a parte; qu'a des Grecs qui 
entendoient lpu|r langue^au lieu qu'A- 
ftxandfe piorta" la^philofopliie cliez 
hs barbares^ & qu'il eut pour di(ci- 
pies des ^up).es fauvages,, qui ne c^n- 
jjlpiiToieni^ jpis meme le npm des 

Grecs. 

Ce n*eft pas fans doute fur des rai- 
fonnemens decette efpece qu'eft fon- 
dee. I'adniiratiori qu'on a ordiitaire-^; 
ment. pour Piutarqw. Autant., vau- 
drojt dire que Maliomet S^ les Califes 
fes fucceffeurs fiirent les plus eloquens 
de tous les tiommes, parce* qu'ils con- 
vertirent a leur loi une grind e partie 
du monde. Its prectioientr Alcoran, 
comriie Alexandre en feignoic la.Phi- 
Ibfopbie, les armes a lamairi. Ce n'eft 
point a de pareils Bhilofophics 'qu'cft 



refcrvee rifl(lr\idion des homnnes. Si 
Alexandre les eclaira , ce fuc ert en- 
courageant , en recoxnpenfant magni- 
fiquemenc ceux qui travailloient a 
leur procurer des lumieres , & c^efl: 
Tefpece de gloire qui fufHt aux Rois. 
Les Marc-Aureles font rares dans 
rhiftoire du monde. . 

Le gout qu* Alexandre conferva 
toujours pour les arts , les honneurs 
dont il combia ceux qui les culti- 
voienc avec fucccs , font une preuve 
qu'il avoit un caraftere doux & kn^ 
fihle. II eut le bonheur peu commun 
pour les Princes , d'avoir des amis. 
On connoit fa tendrefle pour EpheC- 
tion , ce favori qu'elle a rendu cele- 
bre. Quelques ecrivains ont avance 
qu'elle eroit fondee fur des motifs 
honteux ; mais on a peine a le croire. 
Gen'eft pas qu'Alexandrecommetant 
d'autres heros , h'aitete capable d'une 
foibleffe deshonorante : mais ces for- 
tes de liaifons furvivent rarement a la 
paflion qui les a produites , & la paC- 
lion meme fuppofe prefque toujours 
d'autres vices dans celui qui en eft 
robjet : or Tamitie d*Alexandre pour 



y62 ^ HisToxKBr^ 
Epheftion ne s'ctant jamais dementfey 
& rhiftoire nerapportant de ce faVori 
que des adions louables & courageut* 
fcs , il femble meriter qa'on n'attri- 
l)ue foit elevation qu'i la vertu. 
D'autres officiers eurent aufli part 
. i la confiance de lear maitre ; mais- 
non pas avec la meme ecendae. II vi- 
voit avec eux comme un ami indul- 

Senc. II oublioit fon rang dans biea 
es occafions ou peu de Rois aaroient 
le courage de ne le pas faire vatoir. 

Un jeune Macedonien amena dan's 
nn bal oh il etoit^une courtifane pleinb 
d'agfenens & detalens. Le Roi en la 
; 1[oyant danfer y ne put fe defendre de 
quelques deiirs ; mais ayanc apris que 
le jeune hpmme aimoit cette iille 
avec paflion , il lui fit dire de fe retir 
cer promptement , & d'emmener aveC 
lui fa maitreflTe. 

On vouloit Texefter centre un horn;* 
tne qui condamnoit toutes fes aftions. 
II fe contenta de repondre : Cell le 
fort des Rob d'etre blames quand ils 
fe conduifent le mieux. 

La veiltedela bataille d*Arbelles, 
Qtk vint lui dire que plufieurs de fes 



DG sriicLE ©'Alexandre* ^6^: 
foldacs avoient complete de prendre 
& de garder pour eux , ce -qu'ils trou- 
veroient de meilleut dans les de- 
pouilles dcs Perfes. Tant mieux , dit- 
il , c'eft une marque qu'Us ont envie 
de fe bien battre. 

Ua jour en regardant »rrrver der 
tnulets charges d'argent qu*on lui en* 
voyoit » il aper^ut un des condufteuri 
dont le niulet etoit mort en chemin , 
qui s'avanfoit avec peine plie fous le- 
poids d'un (ac qu'il raporceit fut tbtk 
dos : il lui fit prefent du fac. 

Une autre fois s'ctant un peu ar* 
lete derriere fa troupe au milieu d'une. 
marche, dans une montagne couverte* 
deneige, il rencontraun fimple fol- 
dat a qui le froid & la fatigue avoienc 
fait perdre la connoi({ance. II le prit 
dans fes bras , le rapocta lui-meme k 
I'endroit o{i Ics autres Tattendoient 
avec du feu , & ne Id quitta point 
quil ne le vit parfaitement r^tabli;^ 
Tous ces traits prouvent , ce femble ^ 
qu'il avoit dan$ Tame autant. d'hujmar 
nite que de grandeur., 

II ffut eviter Tecueit oii p^rit la 
gloire de prefque. tous les grands. LV 



1^4 HlSTOfRlC 

jinour ne lui fit jamais faire de fatifef^; 
L'hiftoirc ne nous a meme conferve Ic 
pom d'aucune de fes maitreffes/C'efl 
uue preuve que s'il en euc , au moins 
fa paflion pour elles ne fuc point on6- 
reufe aux peuples. 

Ilinericoit des eloges , & lesPoe- 
tes de fon terns ne fouflfroient pas Cam 
doute qu'il en manquat. Mais il nV 
voit point fur cet article I'avidite of»- 
gueilleufe de tant dePrinces qui re^oi- 
venc fans rougir les louanges les plus 
snaladroites :,il fe defioit de ces ame; 
laches , (i communes dans les cours p 
jqui tendent perpetuellement des pi^ 
ges a la vanite ciu Souverain. On ffait 
Gu'un mauvais Poete lui ayant pre- 
iente de mauvais vers , il le fit payer 
uhs liberalement , mais a condition 

3u'il ne feroit plusde vers. Cette con- 
uite devroit etre celle de tous. les 
grands , qui pour un peu d'argent p 
s'epargneroient beaucpup d*ennui. - 

tin autre de ces flatteurs qu'on ap- 
pelle Hifloriens, lui lifoit en traver* 
iant un Fleuve , la defcription d'une 
de Ces conquetes. Il aflfQibliflbit la 
verite coinme c'eft Tufage, par des 
^jcagerations ridicules. Le donque^ 



r>v siEciE d' Alexandre. t6$ 
rant indigne jetta tout Touvrage dans 
la riviere. On a pretendu qu'apres 
fon expedition ^ans les Indes , il 
ayoi.t fait entmer'dans'le pays,de$ 
armes beajicoup plus grandes* qu*i 
rordinarre , ,afin de perfuader a la 
poftfrite (jue lul & fes foldats 6toienc 
des jg6iartsu Le' trait qu*on vieritde 
raconter doit rendre douteufe une 
vanite fi pitoyable* 

On ff aic que fiir la fimple priere 
d*un 'Philofophe qui avoit eu quelque 
part I fon education , il pardbnna k 
une vilie qa'il avoit jure de detruire^. 
On fcait audi qu'a vingt aris^ dans 
Fivr.elfe d*urt premier fucces^en faifant 
tainel- la ville de Thebes , il'voulut 
qu'on.^pargnat la maifon ou etoit ne 
le poete rindare , laiflTant ainfi un 
monument de gout & de homi au 
milieu de cesruincs qui' arinon^oient 
la vengeance. • . 

On lul a reproche avec amertlima 
l^ changement ' de fes moeurs. La 
moYt de Darius , dit-on , & Tinftanc 
ou il fe vit fans concurrent airEm- 
pire , fiit r^poque fatal^ qui detruifi'c 
toutes fes Verius. II avoit <§te jufques'* 
la fobreitemp^fatit , enneim des plai«. 



1 6< H I $ T O I R H 

firs. 11 devint paffiontie pour la tatle, 
pour les (emmes^ & tneme pour toutei 
ies efpeces de ^lebaucHcasll s'en 6toi% 
tenu toujours a la fimplicite de fon 

5)ays : it y fit fucceder le luxe & la 
bmptuofite des Perfes. II fouffrit^ 
II exigea xneme qu'ils fe proilemaf* 
fent devant lui » comme lis avoieot 
<:outume de le fkire devant leursRois* 
ll prit leufs habillernens ^ &. ibxjf^ 
tous fes Courtifans a fuivre fbn exem- 
plcs. Enfinil cpouia la fille d*un Sei- 
gneur du pays , ic parut ainfi vouloir 
foumettre par la fuite le fang des 
vainqueurs au Tang des vaincus. Ceux 
qui Tont tant l)lanie fur ces- dernier* 
Article^ n^otit pas alTez reflechi a la 
pofition oi il fe trouvoit.. 

II etoit maicre d'Etats vaUes & 
peuples ^ qui contenoient plus de rilles 
qu'il n'avoit de foldats. Vouloir per- 
petuellement les contenir pir la for* 
ce y c^etoit une chofe impolTible. 
^rente mille Macedoniens avoienc 
l>ien'^ dans un jour d'adion reaver-^ 
fer & mettre en fuite des croupes 
nombreufes , railemblees fans ordre 
& mal commandees^ mais cette pe- 
(Ite armee difperfee dans uh fi grand 



^fpape lie pays , n'ecoit plus capable 
■de le garden Vour cacher fa foiblefle , 
il falloit lui xiooncr rexcerieur des 
peuplcs Cju'eile devoir teoir faus le 
)oug : eir lui kiflant ail milieu d'eux 
^es ufages contraires aux leurs , c'e- 
toit conferverun motif de haiae?, im 
monument toujours fubfiflant d'ef- 
clavage , & un encouragement per- 
pecueT a faire des efForrs pour Ven 
delivrer. 

C*eft ce qu^ont fentl tous Ics coo- 
querans qui onr voulu rendre leurs 
ururpaj:ionsfolides^nos ancetresdans 
les Gaules , lei; Jl^ombards en Italie , 
ksGots en Efpagne', les Tartares a la 
Chine : ouils ont change leurs ufage$ 
pour ceux des vaincus ^ ou ils les ont 
forces d'adopter ceux des vainqueurs. 
On ne connoit au mondeque les Turcs 
qpi ayent ofe avoir une religion, des 
moeurs ^ 4e3 loix & des habits difTe- 
reps dc^j ceux des nations qu'ils fou- 
miettQient. M^is on §ait ce que c'eft 
que le gouyernement des Turcs. La 
crainte en eft le fcul lien. Ceft avec du 
iang qu'ils ont cimente Tunion de 
leurs pro vinces, lis ont niine les villes 
fow empecher les revokes. lis pnt 



i68 HistoiES 

feic un defa-t de leur empire pou* 
s'en aflurer la poffeffion. On a vu qti* A- 
iex^tndre penfoic bien differemment. 
H^etoit donc'obligiS d'employer d'au- 
rres moyens. 

Qui fjait fi ce tie foe point par la 
meme complaifance,'qu*il parut pren- 
dre pour le vin «n gout qu'on ne lui 
avpit jamais connu ? L*ivrefle n'etoic 
point une chofe honteiife chez lesPer- 
fes. lisy mettoient meme uneefpece 
de gloire. Jls comptoient parmi les 
talensn^celfeiresa un grana Prince, 
celui de boire beantoup. Gette faf on 
de penfer ne fait pas , li I'gn veut , I'e- 
loge de leur fobriete : ihais chez ces 
peuples elle n'etoit point regardee dtt 
jncme ceil domt nous'la voyons. 
• B'abord elle tient a Teftime que 
tous les peuples guerriers ont toujours 
fait dans ceux qui' devpient les com- 
mander , de la* force du corps , & 
d\in bon temperament. Or (outenir 
beaucoup de vin fans en etre incom- 
mode , c'eft faSns contredit la marque 
la plus fured'une conftitution robufte, 
D'ailleurs , chez ces peuples qui n*ont 
jamais cqpnu la fociete , qui de terns 

immemorial 



DU SI ECLEd'A LEX ANDRE. 169 

immemorial ont renferme les fern- 
mes, & ne leur ont point permis de 
repandre dans le commerce ordinaire 
de la vie , cette douceur, cet agrement 

. qu'on ne doit qu'4 elles : le vin quelque- 
fois eft neceflaire pour prevenir ou e- 
carter la melancolie. Aujourd'hui que 
la religion leur interdit cette reflburce, 
ils s'en dedommagent , autant qu'ils 
peuvent , par des fompofitions qui en 
approehent. lis en ont trouve une 
bien funefte dans Topium, qui les con- 
duit infenfiblwnent au tombeau par 
une ivrefle perpetuelle. 

Nos peres ont a cet egard long- 
tems penfe comme les Perfes. Ce- 
toit audi chez eux un tres-grand me- 
rite que de pouvoir porter beaucoup' 
de vin. Encore aujourd'hui en Suifle 
& dans bien des cantons d'AUema- 
grie , on meprife un homme inca- 
pable de repondre aux iantes qu'on 
lui porte. En refuferune, c'eftcom- 
mettre' la derniere impolitefle. II 

. y a prefque autant de honte a ne 
pas accepter un verre de vin, qu'a 
prendre la.fuite fans neceffite dans 
un combat* Cependant les Suiflfes & 

H 



I/O H I S T O I R B 

les^Allemands n'en font pas moins 
des nations tres - refpeftables. Ces 
ufages qui ne font plus les notres , ne 
nous empechent point de les efti- 
xn6r. Alexandre a done p£i fans ia- 
vilir , fe conformer en ce point a ceux 
des Perfes, 

II eft tre»-poffible auffi que s'y ^rant 
d*abord prete par politique, il s'y 
foit enfuite livre par go^t , 8c cela 
mcme n'auroic poitit fait de tort a 
fa gloire; mais que 'dans un de Ces 
momens d'oublt , il ait afTafline un 
de fes meilleurs officiers , qu*il ait 
arrofe fa table du fang d'unfetvi- 
teur fidele qui lui avoit fauv^ la vie, 
c'eft ce qu'on ne fjaufoit lui pardon- 
ner. 11 eft vrai que les circonftances 
de cettc aAion , & le repentir ho- 
norable qu'ii en t^moigna la rendent 
un peu moins atroce. II eft vrai 
aufli que des Princes lou^s avecex- 
ces , ont commis de fang froid de^r 
meurtres bien plus cruels, & n'en 
one jamais montr^ le moindre re- 
motds. Conflantin , Clovis en 6^of- 
geant tous leurs parens , n'avoienc 
point le tin pour excufe* Mais leur 



DU SlicLt ^*AllXANDRE. I/I 

barbaric ne juftifie point celle d'A- 
texamlre. Il eft tin grand exempltf 
pour tous les Souverains, de la mode- 
ration qu'ils dchtnt donfervtfr Jac- 
ques dans leurs plaidrs. 

On ft'a pas deflein de Te^^cufer eti • 
tout# It cut des d^faiits parce qt'il 
etoit homme^ & parce qu'il etoit 
Rdl. Mais il.femble qu'en g^n^i'al 
\&s hiftoriens fe font nicpris en par^ 
latit de Im. lis ont donne trop d'e- 
loges a (on courage , & point aflei 
a d'autr^s vertus moins brillanteiSy 
ttais plus cfftitnables. II eut routes 
lei cjualites qui forment le heros, & 
beaucoup de celles qui font le 

Stand Rof . II, ne lui a manque qu^ 
e vivre plus long-tewis pour d^- 
velapper fur le trorie, des vertus pai- 
fiMes qui auroieitt pu lui obtenir ant 
jcmiL des fages le pardon eiitiei' d^ 
tottt Id fang que ia jettttdTe avoit 
fait eoufer. 

w. 



Hi) 



IJl HiStOIRE" 

CHAPITRE XVIII. 

Du gouvernement j de I* an militairej 
de I adminijlration de la jujlice, 

ALEXANDRE ne fut defpotique ni 
dans fes etats hereditaires , ni 
dans la Grece done il refpeda tou- 
jours les droits , quoiqu'elle ne fut 
plus en etat de les defendre. II fe- 
roit intereflant de fjavoir quel etoit 
alors le degre d'aucorice que les 
hommes accordoient a leurs Princes-, 
& jufqu'a quel point on avoit oublic. 
cette liberte primitive dont les Grecs 
avoient reprime quelques abus par le 
fecours des loix , que la barbarie ren- 
doit onereufe en plufieurs contrees , 
& que Tcfclavage etouffoic partout 
ailleurs, furtouc en Afie. Les hom- 
ines n'y fjavoient qu'obeir a un mai- 
tre# La Perfe qui contenoit tous les 
pays connus a TOrient , donnoit Tc- 
xemple de la plus bafle ibumiflion. 
Ses Rois etoienc des Dieux fur la 



DU sxictE d'Alexandre. 17} 
terre. On ne les approchoic , comme 
aujourd'hui , qu'avec les marques de 
la plus profonde humiliation; leurs 
moindres deflrs ^coient des ordres 
abfolus , & comme il n'arrive que 
trop fouvent , ils pouflbient quel- 
quefois leur pouvoir jufqu'a la 
cruaute. 

On connoit peu quelle etoit la 
forme de leur adminiftration inte- 
rieure ,< & de quelle efpece etoient 
leurs revenus. 11 y avoit des i«i- 
pocs fans douce. Darius fut , dit-on, 
le premier qui en demanda : cepen- 
dant un Smerdis aflaffine par ce meme 
Darius , en avoit exempte les peuples 
pour s'en faire aimer : c'eft une preuve 
qu'ils exiftoient avant lui. Apparem- 
ment que Darius les retablit & les 
augmenta , ou qu'il les exigea avec 
plus de rigueur. Aufli les Perfes 
genes par lui , Tappellerent le Mar- 
ehand. Quelques Auteurs difent qu'on 
les payoit en nature , d'autres eri Ar- 
gent. Peut J- etre les deux fajons 
etoient- elles en ufage. Ceil encore 
la meme chofe dans ces climats ou 

Hiij 



174 H I s T O I R E 

Tien n'^ chaiigc que U nom des na- 
tXQm qui le^ habitenf. 

La Grece ofiroit un fpeftacle bicn 
different, S?s pwple^ a^cables d'a- 
bord alnfi que le$ aucres par le def- 
jjotiftne , etoient piar degres revenus 
a la liberie. Dai9» prefque routes 
les villes il s'ctoit eleve des genies 
fup^rjcurs qui leur avoient donne 
des loix 9 & ces loix commandoient 
egalement a tous les citoyen^. Des 
M^giliracs annuels veilloient a leur 
obfervation ; mais ie peuplc s^etoit 
referve le droit de veiller fur les Mar 
giftrats. 

Les impots etoient volontaires , re- 
gies par les ordres du peuple lui-^ 
meme, 6c tou jours proportionnes au;x 
depenfes qu'il vouloic faire. Ces conr 
rributions libres dans leur principe i 
^cpient, avec les xaxes , impofeesaux 
nation; vaincues, le plus grand fond 
des revenus publics. U y avoir fuT' 
tout a Atlienes une loi bien fingu^. 
liece I cet egard. Les taxes etoient 
lau[ces peffonneUes/ Un ei toy en qui 
l/rpuvoit fon impofitien trop forte. 



DU siiciE D* Alexandre. 175 
& celle de fon voiiin trop foible, 
pouvoit dfmander i changer de bien 
avec lui » a condition de payer une 
taxe plus, confiderable. Cettc loi fup- 
pofoic ou beaucoup de grobice dans 
les parciculiers , ou une impoflibilice 
entiere de cacher fes ricfaefles. 

Ceux i qui Ton confioit la garde du 
trefor n'ecoient peut-erre pas tous 
incorruptibles : mais tou$ auffi n'a- 
bufoient pas de Tautorite de leur 
place. Un emploi dans les finances 
n'ecoit point regarde conime une 
fortune fure : aufli ces emplois ^toient 
honorables , Sc les plus grands Capi* 
taines , les citoyens les plus ver- 
tueux Sc ks plus definterefles ne d^- 
-daignoient pas de s'en charger. 

Onsvit a Athenes un Afillide mou- 
jrir pauvre & regrett^ , aprcs avoir 
eta pendant lonfftems le gardien d^s 
tri6£brs de la Republique. II eft bon 
que rhiftoire rappelle fouvent le fou- 
venir de ces traits extraordinaire , 8c 
que le cqncours de tous Us Hifto- 
riens a les rapporter avec eloge ^ 
faffe croire qu'ils ne font pas toue^ 
il'faic chimeriques. 

Hiv 



176 HiSTOIRK 

Une chofe fiiiguliere , c'eft qoc 
les Grecs avoient deja {g\x atteindre 
a^cecte uniformite dans la levee de 
l!imp6c , a cette fimplicite dans ia 
regie , qui nous paroit fi difficile , & 
que des interets particuliers font trou- 
ver impoflible a bien des gens. Cha- 
cun donnoit a proportion de fon bien. 
Les anciens ecrivains parlent pour- 
tant quelquefois de fermes publiques, 
& de fermiers charges de leur di- 
rection. Mais ils ne difent pas clai- 
rement quels etoient les objets qu'on 
leur abandonnoit. Cetoit feulement, 
a ce qui paroit , des parties peu in- 
tireflantes. Le refte ctoit adminif- 
.cre par les chefs & les generaux 
cux-niemes, qui en etoient conip- 
tables au peuple feul. On ne s'avi- 
liflbit point en defcendant a ces pe- 
tites rufes qu'on n*a pas eu home de- 
puis d'appeller Tart de la Finance. Oa 
n'employoit pas ces moyeris obfcurs 
d"attfrei* baflement Targent des peu- 
ples , que ceux - ci auroient donnc 
avec generofite , fi on Tavoit deman- 
de avec grandeur. 

£n general ceux qui fe melent de 



_ DU SVECtE d^Albxamdri!. jyj 
faire gles pcojecs fiir les Finances font 
trop'ocGopes des petites fellaurces ; its 
ne favenc pas aflez que les maneges te- 
nebreux inrpirenc la defiance , candis 
quune noble, hardiefle reveille Ten- 
thoufiafme national. Il|^ ignorenc le 
parti qu'on peuc tirer* de ces grands 
poms de patiie, d'honneur public ; de 
cesiprejuges refpiftables qui f3nt la 
gloire & la f^reireides Enipires. Cetoic 
par-la qu'avec pAi de richefles les 
anciennes Repuoliques etoient tou- 
jours riches & pui(}ancas. A ces noms 
adores,itoutes lesboiirfes s\>uvroient, 
& TErat fe trouvoic en poffelTioa 
fans viiolence dq tout ce que poflc- 
doient les partieuliers. 

Si Ton vouloir d'autres preuves 
pour fe convaincre de leurs prodi- 
gieux .effets , on n!a[urot« ;qrf^ exa** 
•miner cequirfepaflrefausiaos yeux. 
Dans un tetns de ca;Iamite ,* lorf- 
qtfunei guerri^ peu beureufe fembie 
avoir coupe dans ^ leurs fdurces tons 
les canaux deil'abondance-, an avii 
a la voix d'un Miniftre aftif , & 
ptein des 'i plus graodei ideefs ^ le pa«- 

H V 



^7* H i:s TO inTL 

criociime £on\v -de fa: lethargie j allef . 
chef cher l!argenc au fond des cofTres 
011 la defiance le tenoic enfeveli , 8c 
k prodiguer fans regrec aux beibkis 
de TExaCy d^s qu'il y a eu quelqu^ 
honneur a le dormer. 
: II iemhle iqu^Qn eutsi^metit (i r^«- 
cfiQC &'fi gJorieacc pom' la tiacion ^ 
doit falire ouvrir le^ yeux a ceuK 
qui travailleiK & I'adinifdftradoQ d^s 
jieveQUs publico. Peut^etre daigne-i 
ront-ils fonger que ces reflbrts pre-* 
cieux s*uf6BC 4c fe fatiguent en ne 
fprvant* pas J bien plus qu'en Ips em-« 
ployant . avec di&cetion. Sans doute 
lis corapcefuiront que le plus fur 
moyen de tirer beaucoup des liem» 
xaes en tout ^gejire , eft . d'intcrefler 
les fentimens^.qui les flactenc , & 
qu'un .peppltttxrftp^ble d^ &.depauiir 
ler. ayeDicauci de inagAaid|snste i.par * 
les feuls pcindpes de l^bostneur > Sc 
de Tatnoiir :.pouf fott BuoL / raerice 
d'etre eonduic. par ces J>rfnpipes me^ 
mes doqt il fgatc h 'bien profi- 
ted . '. f '. • ' 
l^n Qrece.^ Taltttorj^e tdfs Rob: & 



DU SIBCIE D'AlIXANDR*. I79 

des JEyiagiftrat^ ecanc touce fondee > 

fur le? loix , & temperee par ellcs ^ 

ise fervoic qu*i afTurer la liberte des 

particuliefts. Les Macedoniens fans 

ecre du corps de la Grkce en avoienc 

recenu beaucoup d'ufages. II paroic 

que chez eux le« Rois rfctoient ab- 

foliis que dans ce qui concernoic le$ 

operations milicaires. Alexandre lui- 

m&tx^ 3 tout grand » tout vidorieux 

i^u'il etoit , n'ofa de fon autorice , 

faire juftice de plufieiirs Officiers qui 

avoienc confpire con t re lui. II les fit 

accufer devant une aflTemblee de fix 

mille vieux fi^ldats qui les condam- 

eer^nt & les ex^cuterent eux-mernes 

en I'abfence du Roi. Si depuis il 

ae fiiivit plus les memes formalites , 

c^eft que la gloire Tavoit mis au-def- 

fus des loix. Mais en les violant il 

ne iesafteantie point. 

^ U n'eft pas facile a la v^rke de 

ie faire une id^ de ces aflfemblees 

^ nombreufes , oil chaque particulier 

exer§ant une portion de la fouve- 

fainete , etoit en droit de donner fon 

fuffrage , & oii les loix de TEtac 

vouloienc qu'on le recut. On n-ima- 

Hvj 



1 8a HisToiRS 

gine point comment tout un peuple 
pouvoit s'inftruire des af&ires, com- 
ment 11 pouvoit faire entendre fes 
ordres , ni quel moyen on employoit 
peur s'aflurer de la pluralite des 
voix , ou pour exclure les ecrangers 
.des deliberations , ou du moins 
pour les empecher d'en etre inftruits. 
Les Republiques de nos jours 
n'ont point d'affemblees parcilles. 
En Angleterre tous les payfans n'ont 
pas le droit de former les Bills* 
Chaque diftrid envoye {es deputes 
au Pariement , & le Parlemcnt regie 
la Nation. 

En Hollande , en SuiflTe , le peu- 

1)le eft libre , mais ce n'eft pas fur 
*avis des pccheurs d'Amfterdajn , ni 
des laboureurs de Berne qu'on decide 
des inerecs de la Republique. Si 
le fonds de la pui fiance fouverane 
refide toujours dans le peuple ^ 2lvl^ 
moins le droit de Texercer eft confie^ 
aux Magiftrats. ^ 

A Venife les trois miUe Nobles - 
infcrits fur le livre d'or, ne difent ja- 
mais tous enfemble ce qu'ils penfent 
iur Jes affaires. lis forment feule- 



BU siiectK D* Alexandre. i8i 
tnent un corps d'oii Ton tire le 
Doge , le Confeil des dix , celui des 
cinq cencs , & tous les Tribunaux 
qui dirigenc radminiftracion du gour 
vernemenc. On ne vpic qu*a Rome 
& dans la Grece ces aflemblees in- 
concevables de couce la Nation , oik 
un feul homme faaranguoit vingt 
mille hommes a la fois j 6c ce fait 
dtonnant eil cependant un des plus 
averts de toute Thiftoire ancienne. 

Une chofe qui n'eft pas moins fur- 
prenante , c'eft la fafon dont on trai* 
toit communement dans prefque tous 
ces 6tats , les grands hommes qui s*y 
diflinguoient. A Athenes furtout^oa 
avoit imagine un moyen honnece de 
les punir de leurs belles adions : ce 
moyen s^apelloit TOftracifme. G'e- 
toit une aifembiee ou tout ie peuple 
ecrivoit iur des coquilles le nom du 
Citoyen qui paroillbit trop fameur* 
•Quand il avoit contre lui un certain 
nombre. de coquilles , il etoit banni. 
On ffait que ce meme Ariftide dont 
nous avons vante le defintereflement , 
& a qui fa vertu avoit valu le furnom 
|;lorieux dejujie, fut expofe a I'Of- 



i%z Hi s T o I R s 

tracifme. Le Jour meme qu widcvoit 
pjroQoncer I'arret , il rencontra ua pay- 
fm qui ne lejconnoiilanc pas^ lui pre^ 
fmca fa coquille , ea le prianc d'y 
^crire le nam d'Arifttde. Le connoif'- 
fez-*vous , cec AriAide , demanda le 
iage / Kon , repondic le payfan. £e 
pourquoi done le condamnez vous » 
it vous ne le connoiflez pas ? Ah ! r6« 
pliqua rhomme rufUque , je fois en^ 
nuye de I'encendre coujours apeller 
le Jufte. C'etoic un bel eloge qu*4xae 
haine ainii motivee. 

De la defiance m^me des peuples , 
^ du peu d'egard qu'iU avoi^nt pour le 
inerite^on4oit condure que Tauco^ 
rice des Rois & d^s Magiftrats ecoit 
£ott genee. Sujets eux-memes aux ca- 
prices de la multitude done ils die** 
voienc ex^cuter Ics ordres , leurs di- 

ijnites n'avoient encor hi'Teclac ni 
^independance qii'on leur a attribuee 
depurs. Le terns oil leur pouvoir fe 
trouToic le moins borne, c'etq^t quand 
lis commandoient les armees. On 
^voic compris depuis lohgtems , qu*i»- 
nutilement r^uniroit-on mille bras 
pour la def^nfe commyne yd chaci^ 



comme il Tauroic voulju^ Oa avoi( 
a cet egard confie aux chefs Tautodc^ 
fupreme , & Ton peuc 4ire qu'il$ ne 
tegnoient vericablemenc que quaodl 
Usfairoienc la guerre. 
- L'art dc tuer \e$ hommes n*etoit 
ni a^0i cpmpUque ^ lu au^i dlyerfifi^ 
qu'iL TeA dev^nu depuis> L'epe^, do 
km^ue^ piques , & des trails pour laii- 
Qer a une aflez ^rande diftance \ voil^ 
a peu pres a quoi fe bornoienc les armefi 
de ce tems-la. $i leurs coups etoiem; 
diiingereujf: , au moin$ il n'ecoic pas 
impo(fible de $'eo garantir* Les caf-^ 
ques , Lss cuipafles , le^ bouclier$ fer- 
voienr a ropouflf^r fans hoiue> la more 
qu'on aflronc<?lt: avec courage. L'a- 
4rffle> la force & la bravoure decha^ 
que foldftt en parucuUer , pouvoieut 
4 ciMApter pour quelque cbofe : ai* 
liw qu'aujputd'bui <jes qiialite^ font 
dwenue^ abtft^iumon^ inuplfts, Une; 
Qbciflance avougle.eftrunique merice 
dti fojlda^ ; Un'a befoin de fprcequ'au- 
t^n^ qull lui w feut pour fom^nir 
m imi 9 *; Von eft obb'g^ de I'expofer 
prcfque nud aux cQup$ 4s4'willerie 



IS4 H I S T © I RE ' 

dont la violence rendroit les armes 
difenfives plus nuifiblesqu'avantageu- 
fes, 

II eft 6tonnant que irialgre tant de 
moyens de menager le fang dans les 
bacaillesy elles fuflenc cependanc, a ce 
que precendenc bien des gens , beau- 
coup plus cneurcrieres qu'aujourd'hui, 
Ce n'eft pas une preuve que^ nous 
fpyons plus humains , mais fdulement 
que nous ne fjavons pas encor bien 
nous fervir des armes terribles que 
nous avons fgu in venter. 

11 eft vrai que c*eft tout le con- 
traire dans les (leges. La metfaode des 
Grecs etoit fort fimple pour attaquer 
& pour fe defendre. One haute dc 
forte muraille , des tours par inter- 
valle pour en ecarter plus aifeinent 
I'ennemi ^ & des foffes profonds e- 
toient tout ce qu^on avoit pu imaginer 
pour la furet^ des villes. L'afliegeanc 
combloit le fofl^S t^fcoit d'aprocher 
du mur, dV faire utie breche » ou 
d'y monter avec de grandes echelles. 
Pour faire la breche , on fe fervoit de 
longues poutres armees par le bout 
de fer ou d'airain , qu'on apurlloit^ des 



DU SIECLE- D*AlEXANDRE. 185 

belicrs. On les fufpendoic en cquili- 
bre a de puiflTantes traverfes de bois ; 
on les pouffbit enfuite a force de bras 
contre le mur a qui elles donnoient 
un coup proprotio»ne a leur mafle. 
Elles pefo^enr fouvent trois ou quaere 
cents milliers. Quelqiiefois on em- 
ploy oit la fappe : on creufoic fous les 
fortifications des galeries dent on fou- 
tenoit le haut par des piliers de bois 
d'efpaee en efpace ; apres quoi en 
mettant le feu aux etais , tout torn- 
boit & s'ecrouloit avec facilite* 

Pour faire les aproches , au lieu de 
chercher dans des tranchces profon- 
des un abri contre les coups^on batifr 
foir fur la terre des edifices mobiles , 
compofes d'une charpente enorme : 
avec de la patience , des hommes & 
des rouleaux , on les amenoit fur le 
borddufofle,& a mefure qu'on lecom- 
bloit jufqu'au pied du mur. Les tra- 
vailleurs etoient la a couvert contre 
les mafles qu'on pouvoit leur lancer 
d'en haut' , du moins tant que leut 
poids n'excedoit pas la force de la 
charpente : carquand il arri voit qu'elle 
cedoit^ plus elle avoit refifte , plus fa 



lit HiSTOIRfi 

chute devenoic Ainefle aux ouvriers 
qu'elle ecrafoit fous fes mines. 

On fent combien ces machines e- 
toienc imparfaites > quelles depenfes , 
quelle quantite ^'hommes elUs ^xi- 
geoienc pour les conflruire & les mou- 
voir. Mats on navoic pas mieux. On 
fie f^avoic pas donner a une pecit^ 
made de mecal une force plus grand e 
que celle des plus lourds beliers , ni 
fatre faucer eh Tair fans efTorc les ou^ 
vrages les plus 6tendus , avec les ba- 
taillons qui les d^fendent. Ainfi i cec 
egard nous avons fur les Grecs I'a van- 
tage qu'ils avoierit fUr nous dans les 
combats , de faire perir plus d'hom* 
mes, & la perte qui en refdte pour 
le genre humain eft toujours a peu 
pr^s la meme. 

Ik jouiffbient pourtant d'un autre 
avantage plus reel &: moins d^plora^ 
ble ; c'eft que leurs armees n*avoient 

fueres a redouter que le fer ennemf. 
ies maladies qui detruifeat fitdc les 
n6tres , etoient chez eux prefque in- 
connues. Sans douce la fobriete, I'habi- 
tudede Texercice quifaifoit^ comme 
on le verra a Tarticle des fpe&acles , 



DU SIEELE ]>*AlEXANDRE. 1 87 

yaLmufemcnt le plus cheri des ci- 
Koyens , fervoic 4 les prevenir. 
. Onm porcoic datis le$ camps ni ces 
ornemens recherches , ni cet appareil 
du fafle qui fuit nos guerriers juiqu'au 
niilieu du carnage. Cependant nous 
fommes bien loin d'atteindre a la no* 
Weffe , a la grandeur de rhabillemcnt 
xnilitaire des anciens. Ces draperies 
jectees avec negligence, qui fuivoieac 
tous les mouvemens du fold at, fans le 
gener , ce cafque gul lui donnoit un 
air terrible & majeftueux tout enfem- 
ble , cet eclat des boucliers, Paccord 
de plufieurs milliers d'hommes amfi 
couverts d'un acier etincelaBt, de-? 
voienp jetter dws Tame d^s ejinamis , 
9Q effroi involontaire. Nous n'a* 
yonf'rien perdu fens doute da cou^ 
J^ag^ p de I'ardeur g^nereufe qui 
leur'faifoit braver les dangers : mais 
Ifi mani^re de s'armer donnoit cer* 
tainement a leurs bataillons unc con- 
tenance martiale que les notres ne 
^auroieot plus avoir , malgre la 
valeur fouvent heroique des foldacs 
qui les compofent. 



l88 HiSTOIRE 

L'aprovifionnement des troupes 
n'etoit point comme aujourd'hui 
Taflfaire la plus importante d'un ge- 
neral. II n'avoit a reprimer ni le 
luxe ruineux des tables parmi les offi- 
ciers , ni les murmures quelquefois 
trop juftes du foldat , ni les fraudes fe- 
cretes & dangereufes des munitionnai- 
res.La moindreattentionde fa part fuf- 
fifoit pour entretenir Tabond^nce dans 
le camp : mais c'etoit une abondance 
fans fuperfluite , qui pourroit paroitre 
de nos jours une extreme difette. 

Chaque Officier etoit , a ce qu'il 
paroity lepourvoyeuT de fa woupe. 
On ne connoiflbit point la reffburce; 
prompte & commode des entre- 
prifes ; mais auffi on n*en avoit 
pas les inconveniens. On ne faifoit 
point dependre la fubfiftance de plu- 
fieurs milliers d'hommes courageux, 
de la probite ou de la vigilance de 
quejques particuliets obfcurs. La pe- 
titefle des armies & la frugalite com- 
mune rendoient les foumitures plus 
faciles. 

On n'a pas lieu de croire non plu« 



DU SlicLE d'AlEXANDRE. 1 Sq 

qu'il y euc des hopitaux pour les ble^' 
:fes. Ces fecours prepares par la ten* 
drefle d'un de cos plus grands Rois 
(a) contre les fuites funeiles de la 
valeur , & devenus fouvenc , par le 
plus cruel des abus une autre fource 
de barbarie , fonr d^une datte tres- 
nioderne. On voit bien dans Homere 
jque Tarmee avoic des chirurgicns, 
Mais lis alloient trouver ^ traiter les 
bleffes dans leurs tentes.* A juger me* 
me de leur habilete par le regime 
qu'ils ordonnoient, nous ferions ren- 
tes de la croire fort bornee. Machaon 
chirur-gien auffi celcbre que brave fol- 
dat eft blefle. Le vieux Neftor le 
ramene dans fa tenxe. On le panfe , 
& enfuite ils s'amufent a boire en- 
femble du vin oil Ton avoir rape du 
fromage de chevre. Dans un, autre 
endroit tous les Generaux auffi blefliJs 
(c raflemblent pourun grand repas, 
& boivent beacoup de vin pur : ce- 
pendant ils gueriflbient. 



0] Henri IV au fi^ge d' Amiens. 



ijo H I St oms 

Chaque corps avoit , felon toutA 
apparence, fes^ chirurgiens Sc des ^ens 
prepofi^ pour les panfemens , ott bieti 
chacon avoir foin en partkulier de(e 
poufvcir des reflburces neceflairesy 
& je ne f^ais fi les blefl^ en etoient 
plus mal. Car il fauc I'avouer a, k 
nontede la nature humaine , s'il fe 
ttouve dans les hopitaux des hom^ 
uies pleins«d*honneur qui teCpeStent 
leur devoir , qui accompliflent avec 
fidelity les loix que leur impofe Tin* 
tencion g^nereufe du Prince, & Tetat 
malheureux des bleifes ; ceux qui Tont 
YU par dut memes » f^avent conr^bieil 
ily en a eu dans tous le terns -^ qui 
ont abuf^ de la confiance deTun dc de 
la foiblefle des autres. Les hopitaux 
font ibuvent devenus le plus redouta- 
ble des maux que la guerre entraiiie. 
II font plus terriblespourlefoldat que 
le champ de bataille^ & Tinteret y en* 
leve quelquefois plus de fujets ail' 
Souverain que la guerre n'en detruhj» 

£n Europe , la maniere dont on 
leve les troupes ne reilemble en riea ' 
a celle de I'antiquiie. Lev Officiers 



DU SIECLE dA'lCXANDRE. I9I 

font communemenc la plus nobl6 
partie de la nation ^ 6c les foldacs 
la plus vile. Le libercinagc , la yio« 
lence font prefque les feules raifons 
qui dererminent un homme du commW^ 
au parti des armes. AufQ les defertions 
font-elles tres-frequentes , & il fenfibte 
qu'onnepuifle pas attendre autre cho^ 
fe d^un alfemblage d'hommesquefou- 
vent la debaucne rend infenubles a 
Phonneur,ou qu'on expofemalgre eux 
a des dangers qu'ils redoutent. 11 n'en 
ctoit pas de meme chez lei Grecs. 
Tout citoyen etoit foldat pour, la d^' 
fenfe de fon pays , & quoiqu'il y eut 
une o]^ligation indifpenfable de por« 
ter les armes , cette obligation cef- 
foit de paroitreonereuie^ parce qu'elle 
etoit gen^rale. 

On ne f; ait pas jufqu'a quel point 
les Grecs avoient pouflle la taftique 
& I'art de faire agir de concert les 
diflRrens corps qui compofent uoe 
armee. Tout ce qu'on en dit fe re- 
sult a des conjectures plus ou moins 
probables. II falloit que leur fa^oil 
d'aflleoir & de fortifier les camps fut 
bien. utile , puifque les Romains Pa* 



192 H I S T O I R E 

dopterent des qu'ils la connurent. lis 
€n difpofoienc ayec ordre routes les 
parties & rentouroient d^ua foflS pro- 
fond, lis avoient foin d'y entrete- 
iiir la police & la proprete. Sans 
doute ils fe fervoient auffi des Senti- 
nelles & des Gardes-avancees , fans 
lefquelles tout le refte auroit ite inu- 
tile. 

lis avoient des corps femblables a 
nos troupes legeres , dont la fonftion 
ctoit de battre le pays , de faire le 
deg&t , d'evenier les embufcades , ou 
d'en drefler. Depuis Alexandre , la 
principale force des armees Maccdo- 
niennes fut ce qu'on appelloit It pha- 
lange. Cetoit une colonne d'infante- 
rie epaifle & maflive,compofee or- 
dinairement de feize xnille hommes, 
dont tous les foldars , bien armes & 
furtement prefles , ne prefcntoienti 
Tennemi que de larges boucliers,& 
lears longues piques qui debordoient 
les unes iur les autres. Celles des der- 
niers rangs avoient vingt-quatre pieds 
de longueur. De pareiUes armes ne 
devoient etre gueres maniables. 

Quoi 



t>V SIECLE D*ALEXAtft>R^. IpJ* 

Quoique cette difpofition en co* 
lonne ibit fujette a plufieurs incon- 
veniens , elle a pourtanc tou jours ete 
regardee par les connoiffeurs comme 
line des plus avancageu fes. II eftcer* 
tain qu'une pareille mafle , quand elle 
s'ebranloit , devoit ecrafer tout ce qui 
fe trouvoit a fa pottee. Nous avons 
ete prets d'en fair e une funefte epreu- 
ve a Fontenoy , ou comme on fgait , 
la batailJe etoit perdue fans des pro- 
diges de valeur , & fi Ton ne s'etoit 
avife d'en tamer la colonne Angloife 
a coups de canon , comme les mu- 
railtes d'une place forte. 

A la perte des hommes dans les 
batailles , fe joignoit encore chez les 
anciens des fuices prefque auffi fa- 
cheofes pour les vaincus. Ceux qui 
ne pouvoient pas echapper a la pour- 
fuite du vidorieux , etoient vendus 
& reduits en efclavage. L'dge & la 
condition n'en difpenfoient aucun 
prifonnier > & ce commerce inhu^ 
main etoit une partie du droit de$ 
gens ^ comme il Tefl encore aujout- 
ahui dans tout I'Orient. 

Aptes avoir vu comment fe deci- 

I 



1^4 HfSTOIRB 

doient entrc les Etats ces grands pro- 
ves oil le fcr & les ravages font les 
m-oyens que les deux .parties em- 
ployent , & oil fouvent la caufe la 
plus jufte eftcelle qui fuocombe;il fauc 
examiner comment fe terminoienc 
encre les partieuliersjces guerres moin^. 
eclacantes qui naiilent pour de pecits 
objets , oil Ton fe voit ruine aune 
fa^on moins funefte en apparence , 
& oil quelquefois du moins le fucces 
dipend de ia folidice des raifons* 
L^efprit contentieuK , Tamour de la 
<3i/pute s'eft d^velopp6 dans lliom- 
me prefque en meme-iems que celui 
de la proprietc. II ne tarda pas a 
avertif par fes proprcs exces combien 
il etoit neceflairc de le reftreindre. 
Ce fut la le premier foin des Legifla- 
teurs : ils rendirsnt des Ordonnances 
qui tendoienc a aflSirer a chaqtie pat* 
ticulier la poffeffion du bien que le 
bonheur de fes peres , ou fa propre 
induftrie lui avoit acquis. Cependant 
il arrivoit tous les jouis des cas ex- 
traordinalres : la^feule proximite des 
heritages devoit occafionner plufieurs 
d^bats que l^loin'avoitpu pre voir i 



BU SIECLE d'AlEXANDRE T^J 

on etablit done des Magiftratf done 
la fondibn ecoit de rendre a tous les 
citoyens ce qu'on a depuis appelle la 
Juftice, • 

Les Poetes fuivant leur ufage de 
perfonifier tout ce qui etoit utile ou 
agreable ,^firent de la Juftice une di- 
vinite. Ilsluidonnerent pourattributs, 
des balances qui fembloient marquer 
fon exaditude, un bandeau qu'elie 
s'eft permis quelque fois de foulever » 
av,ec une epeje tranchante qui devoit 
la rendre rormidable aux mechans. 
Quelques-uns memes'avilerent de la 
reprefenter fans mains : mais cette 
idee n'a pas reufli;on s'efl trop accoutu- 
me a voir la Juftice conferver fes mains, 
& en faire ufage ( a ). 

(a) On fent bien qa*il ne s'agit pas id 
de ces Magiftrats fup^rieurs & relpeaables, 
qui font reellemcnt , comme quelques Grecs 
peignoient Themis , fans mains & lans yeux ; 
ils font refits feuls incorruptibles au milieu de 
la corruption quilcs entourc.Je ne veux parler 
que de ces miniftres fubaltern?s dont la chi-« 
canne vend a ii haut prix les fecours inutiles 8t 
ruineux , de ces Praticiens famcliques dont 
tous les Magiftrats ^clairis fentent qu'il fau- 
droit diminucr le nombre, & reftreindre l^avir 



i<f& Hi s t o I r e 

Uautre allegoric pleine de noblefle 
& de grandeur s'eft juftifiee longcems 
dans la Grece. Themis dans fes de- 
cifions ne confultoit que fes balances; 
le bandeau rigoureufement abaifle 
fur (es yeux la rendoit infenfiblc a 
une multitude d'objets qui auroient 
pfi la I'eduire. Ce n'etoit pas peut-etre 
que les hommes fuflent reellemeni: 
plus vertueux & plus patfaits que dans 
ies terns modernes. La fimplicite des 
moeurs pouvoit fans doute rendre la 
corruption plus rare : mais la grand e 
raifon qui fervoit a Teloigner, c'etoic 
Fotfil du peuple toujours ouvert fur 
la conduite des Juges. lis deliberoient 
murement avant que de condamner 
ceux qui dans les anemblees publiques 
alloient devenir leur mafcres. Le dan^ 

Ser qu'ily avoit pour eux icommettre 
es injuftices contribuoic beaucoup a 
les rendre juftes. 

Cette fonaion n'etoit point un etat 
auquel on fe cqnfacrat des Tenfancc* 
On ne s'interdifoit pas toutes les au- 
tres des qVon Tavoit embraflee. 
A -A thenes & aiUeurs on tiroit au fort 
tous les ans parmi les citoyens de tous 



TfV SIECW d'AlEXANDRB. 1 97 

tes fetats , ceux qui devoient etre pen- 
dant Tannee les interpreces des loix. 
lis etoient payez , mais par le public ; 
leur honoraircs pour chaque feance 
etoient fixes^ a une fonime tres me- 
diocre. 

Rien n'etoit fi (impte que la fkf on 
dont on s'y prenoit pour demander 
la Juftice & pour la rendre. EUe n'etoit 
point entouree de ce cortege nom- 
breux de Procureurs , d'Huiffiers , qui 
fouyent font bien loin de lui faire hon- 
neur.Un homme a qui Ton avoit vole 
tout fon argent j& qui plaidoit pour le 
ravoir , n'etoit pas oblige de commen- 
cer par en donner a un autre homme 
pour Tengager a prendre fa defenfe. 
Tous les particuliers etoient re^useux- 
memes a difcurer leur interets , & il 
ne leur en coutoit rien. Sur leur plai- 
doy^ , le Juge prononf oit I'Arret qui 
ne coutoit pas davantage. On ne 
croyoit pas qu'un Avocat paye , dilc 
avoir fur une caufe plus de lumieres 
que le plaideur meme qui le paye. 

II eft vrai que chez - nous la mul- 
tiplicite des loix civiles , leur oppo« 
fition entreelles ^ Toppofition fouverit 

liij 



i$9 HiSTOIRB 

plus marquee de leurs commentaire^ 
aux loix de la raiion , & plus encore 
leur impenetrable obfcurice, foutient 
I'obligacion oil Ton eft d'avoir des 
defenfeurs mercenaires^ Mais en Gre- 
ce oil les loix eroient unes , claires & 
finaples , on avoir le bonheur de s'en 
pauer. Par-la dumoins quafid on ga- 
gnoit fon proces , on gagnoit quel- 
que chofe. Les ob/ets conteftes ne 
s'engloutidbienc point dans le goufre 
infatiable de la cnicane : on ne voyoic 
point fe perpetuer dans test^tats , ces 
Dataillons eflfrayans de gens de loi^pa* 
res des depouilles des plaideurs. 

On n'avoit pas n<xi plus ce que 
nous avons nomme la Juftice de reC- 
fort. Toutes les aflaires fe decidoient 
en preniiere i»flance. On fgavoit ett 
peu de tems a quoi s'en tenir , conv- 
xne en Turquie ; on n'etoit point pro** 
. mene de Tribunaux en Tribunaux ^ 
& oblige a des demarches plus fati*- 
guantes que la perte meme du proces. 
On a regarde cette echelle de Jurif- 
di(Sions , comme une reffource aflTuree 
pour la veriti.On na pasfonge qu'elle 
eft quelquefois bleu plus utile a la ri- 



txf sfietn r/AiigXAiTDRE. 199^ 
€he& fiere & awdacieufe , qu'a I'indi- 
gcrrce timade & £remblante.L'iiK€gpi- 
te reconnue des Juges fupremes, eha;r- 
ges de recevoir les appels , femble liat 
ofTrir ilin adle : mais on Ci^aLk ce qu'ili 
en coute pour parvenk jufqu'a eux.. 
lis n exigent point d'argent. Rie»de 
fi noble meme que le definterefle^ 
menc av€€ iequel ilseortfaerent kuir 
temps & leurs' travaux a i^ameneir 
cntre les^ citoyens Tordre & la. paix. 
Mais on regrette qu% faille pipodi- 

fuer Tor aux gens qui feuls dnt la 
berte de leur parler. II faut payer 
.& payer tres r cheremen^ ceux qai 
.ont a<:&ete le droit exttufif de 
teur ecrire dans ce langage barbate 

3rfonappelle laPwitique.Toutle mon- 
e n^a donx: pas k beaucoup pr es te 
pouvoir de leur porter des plaintes^ 
On. diroit volontiers qju'en Fiance , 
quoiqjue larjuflice ne fe vendepoiia:, 
il faut cependant ecie ricbe fiom 
I'obtenir.' 

Quoi que J'aie dfr cp'btt nfetoitr^ 
|roint oblige de foudoyer des Avofw 
catS'y ii y avoir powtant unepto-fef^ 
£oa^ q,ui a qjuelques^ egard^ memcoitP 



too HiSTOIRB 

ce titre. Elle donnoit a Athenes une 
toute autre confideration qu'a Paris. 
Ceux qui Texerf oient ne refufoient 
pas le fecours de leur eloquence aux 
citoyens qui Wmploroienr. Mais ils ne 
fe bornoient pas a defendre dans 
Tobfcurite des particuliers inconnus. 
lis cntroient dans toutes les affaires 
de I'Etat ; ils etoient fouvent les prin- 
paux mobiles des deliberations. 

Pour gouverner les hommes , il 
falloit ffavoir les perfuader. Le pou- 
voir eroir comme il fut depuis chez 
les Romains , & comme il I'eft fou- 
vent chez les Anglois , le prix de 
TEloquence. Ces peuples font pref- 

2ue les feuls qui ayent produit des 
)rateurs vraimenchabiles, parce qull 
n'y a qu'eux qui aient attache deTaii- 
torite au talent de la parole. Ces 
hommes qu'on recompenfoi t fi bien de 
leurs travaux , cultivoient Tart qui 
faitoix leur grandeur. Ils etudioienc 
les reflbrts du coeur humain , & fe 
rendoient maitres de Tefprit en flat- 
rant Toreille. 

Nos Avocats qu'on voudroit leur 
comparer, font bien au-deflbus d'eux. 



BU SIECLE d'AlEXAMDRE. 20r 

Notre eloquence du Barreaueft tres- 
differente. £lle ne confifte guere que 
dans des difcuffions feches fur des 
loix obfcures , ou dans des memoires 
forts longs fur des matieres peu in- 
tereflantes. Leur genie eft dans des 
entraves perpetuelles , retreci par la 
petiteffe des objets , gene par la ne- 
Geffite de compaffer tous les mots. 
Quand quelquefois par hazard ils ren- 
, contrent un fujet heureux , ils peu- 
vent bien eblouir un auditoire par 
quelques fleurs de Rethorique , ou le 
Gonvaincre par des reflexions fage- 
menc d^duites , & clairement expri- 
mees , mais non pas exciter dans les 
ames ces mouvemens rapides qui fonc 
le- fruit de la veritable eloquence. 
Elle ne peuc flenrir que dans les Re- 
publiques puiffantes. Demofthene 6? 
Cicercm etoicnt les miniflres & les 
chefs des peuples devant qui ils par- 
loient ; ils avoient pour cliens ou pour 
ennemis des Rois & des Royaumes. 
Eft-il etonnant qu,'avec du genie , ils 
ibient devenus les plus cloquens dts 
hommes ? 

© 

1 V 



zoz HisTomK 



CHAPITRE XIX. 

JDu commerce & des Arts quiy ant 
rapport* 

DAns le fracas tumultueux deno^ 
villes , dans Tabondanc^ en tout 
genre qui nous entouf e , a peine daK , 
jjnons - nous fonger qu'il a ete uff 
terns oil les moindres commodite* 
que nous nous procurons prefque pour 
rien , eoutoienc les plus grands era-- 
vaux. Ce qui fait parnii nous le ne^ 
ceflaire de Tindigence etoit [le luxe' 
des riches. Il a fallu Blen des fiecles^ 
de grands eflTorts , & une opiniatrete 
conftante aidee par des talens fupe- 
rieurs , pour amener fur la terre cette^ 
communication facile ^ cette liaifonr 
etablie entre tous les Etats , done 
nous jouiflbns fans nous en apperce- 
voir. Ceft au commerce que nous la 
devons. On en pent diftinguer deux 
fortes , l^un interieur , qxii concer- 
nanc les objecs de nec^flice premiere^ 



cfl: inti'memetit lie avec la fociete ; 
Tautre exterieuf , qui flatte plus les 
paflions que les befoins ^ & qui n'e^ 
tant fonde que fur rechang;e des cti0^ 
fes fuperflaes , paroit peu confcxme 
aux intentions de la natuj^e^ 

Le commerce interieur a. d^e toutr 
terns ete connu & cultive^ Les^ ma-^ 
tieres indifpenfables doiit ii eillediP- 
tributeur ^ ne fervent guere qu'a la 
iiourriture des hommes : ainfi il ecqit 
entieremehc fonde fur I'Agriculture^ 
qui paflToit alors pour le premier dcjf 
Arts , comme pour le pltts utilev 
Nous fortons a peine d'une Jongtic? 
lethargic fur cet objetrDes citoyew? 
pleins de zele ont entrepri^ declai-^ 
rer par une fage theorie, cesculciva-r 
teurs aveugles , qui tous les ans rede-^ 
mandent a la terre les depots pte- 
cieux qu'ils lui confient fouvent au ha-' 
zard. On a ecrit de longs & fjavacw 
©uvrages pour guider les pay fans dan^ 
kurs rravaux. Les Grecs fsdtoierec 
plus J ik les honoroient. Gette prov 
feifion coTifidiree-^ refpeftce,fe foucev 
noit avec fp lendeur. Tous les citsoyens; 
f aiinoient ; ils la reeherclioienc pcHur 



JtO^ HiSTOiRE 

elle-m^me , & rien n'eft moins etoft- 

nanc. £lle n'ecoic incompatible avec 

aucune des autres occupations plus 

brillantes , qui feduifent toujours Ics 

hommes les plus vertueux. Lc foitt 

d'un menage champetre n'etoit in- 

digne ni d'un grand Orateur ^ ni d'un 

' crand GeneraK En finiflant de parler 

lur les interets des Rois, en fortant de 

gagner des batailles , Tun & Tautre 

alloit faire foigner fes boeufs & fes 

Vaches. lis ne craignoient point de 

s'avilir par ces fonftions , dont le 

fiom meme eft devenu ignoble par-- 

mi nous , grace a Textreme delicatefle 

de notre langue. Rien n'egaloit la fier- 

- te,la grandeur de ces Magiftratslabou- 

reurs a la tete <l*une armee , ni leur 

• attention , leiir (implicite , quand: 
' rendus a leurs foyers ruftiques ,, ils 

n'avoien t plus qu'a fc livter a des occu- 
pations paifibfes. * ' 

Telleaetela fagondepenferdetoute 
Tantiquite. Le labourage y a toujours- 
ete diftingue , la culture des terres 
toujours en honaeur^ L'eftime qu'on 

• avoit pour ces travaux innocens & pe- 
atMesnecomxHenja meme aYalterefj, 



BU SIECXE d'AlEXANDRE. 10 

que quand nos farouches ancetres e* 
chappes du fonds de leurs marais>^ 
eurent appris a TEurope que le? foin 
de ncurrir les hommes^. ne convenoit 
qu*a des efclaves ,^ & que le feul em- 
ploi dighc des gens coinme il faut , 
etoit roifivete.. 

Cette maximeapreValu long' terns. 
Kous commengons a nous en defa- 
bufer , en fuppofant que ce gout pour 
I'Agriculture qui prend fi fort dans 
la nation ^ ne foit pas comme tant 
d'autres un effet de la- mode. 11 ,y 
auroit bien des chofes a dire fur la . 
maniere dont nous ndus y prenonSj^ 
pour ranimer nos campagnes epui- 
Uqs^ ou pour peupler celles qui font 
defertes, Mais ces reflexions feroient 
peu utiles fans doute. Elies auroient 
peiit etre un air de malignite ,.que 
je me fuis. interdit. Ainfi je paffe au 
commerce ex rerieur , qpi femble plus 
intereflTant , parcequ'il eft plus etendu 
& plus varick 

Cette ieconde efpcce de commer- 
ce , tous fes peuples de rantiquire 
qui fe font diftingues par 1 eclat de- 



to6 HrsTotRff 

kur puifTance en ont fait peu de cass^ 
Les AflTyriens , les Perfes, les Grec^, 
les Romains plus puifl&ns qu'eiix,ront:: 
toujours ou negligee ou meprifee. IW 
la laiObienc entre les mains de la plu9 
vile partie de la nation , & fi cette po- 
litique n'a point fervi a la gloire de 
leur Empire ^ on ne ffauroit dire- 
non plus quelle y ait nui. Malgre 
I'exemple triomphant des Anglois^ 
malgre les raifonnemens politique* 
de tous les defenfeurs du commerce 
extcrieur , il neparoit pas qu'il foic 
necefH^ire a la lubfiftance dcs bom- 
mes : car pajr-tout elle n'eft fondee* 
que fur les produdions natjirelles d\x 
pays qu'ils nabitent-r Le trafic etran-^ 
ger fournit un fuperflu quelquefois 
dangereux yk un petit nombrede par- 
ticuUers en itat de le payer ; mais= 
le gros des nations n'en connoit point 
les douceurs y & vit tres-bien fans les 
tronnoitre. Aflurcment les Monra- 
gnards des Pyrenees n*ont pas befoirr 
des Manufadures de Lyon. Les 
fcabitans du Languedoc & de la Pro- 
Yence auroient bien pu fe pafler dtt 
cafie de JMoka & des toiles brillaop* 



©XT siictu d'Alexan^drbt. i<xjr 
tes des Indes, Qu'importent nos vins^ 
nos liqueurs , a can& de peoples eloi- 
gnes^uencnis allons empoifonnertous 
fes ans ibus pretexte de Gommercec 
avec eux ? Les Hotentots , les Cafres^ 
vivoient avant que de^ennoitre nos^ 
eaux-de-vie* A nous-meines,que nous 
a valu la decouverte de rAmerique 
& de» vaftes contrees dont la nature 
nous avoir fepare^ par rant de 
mers ? Une naaladie honteufe & ter- 
rible yune abondance demetaux pre- 
cieux qui ne nous a point enrichis ^ 
avec Iaconnoifl&nced*une multitude 
de befoins qui ne- nous lendent pas 
plus heureux , lors meme cpi'ils fon» 
&tisfaics. La plus grande parcie de 
BOS ci toy ens qui ignore encore jiif- 
qufau nom du chocolat » & de mille 
autres drog.ues plas pernicieufes , au- 
roit toujours fiibfifte fan$doute,.quanxl 
meme quelques voluptueux d'Europe 
ne les auroient pas connues. 

Cependant comme on a dans tous 
les tenis eflime la riehefle , & que le 
commSrce exterieur a toujours ete l2^ 
voie la plus courte pour en amafler^ 
on Ta toujours cultive. Les Tyriens 



2o9' Kl S T o r K B 

ouPheniciens font les premiers qui 
a'y; foienc appliques avec fucces. La 
fituation de leur pays rembloit les y 
invicer. Us avoient la Mediteranee 
devanc eax , a gauche la Mer Rouge y 
TEgypte & TAfrique , a droite les 

Eays fertiles & ppulens de la Syrie. 
)erriere:eux.s'etendoit TArabie , & 
furcout la Perfe dont les habitans vo- 
liipcueux & guerriers aimoient le 
luxe> mais laiflbiej^t a d^autEigs lefoia 
de leur en fournir les pbjets. Les Ty- 
i?iens profiterent de cette negligence. 
Us ff urent s*en prevaloir , jufqu'a la 
ruine de leur ville , & ta fondation. 
d'Alexandrie , qui comme on Ta vu , 
fit tarir leurs richefles f en detournant 
a elle le commerce qui en etoic la 
fcurce. 

lis ne le fefoient que par mer. Sur 
cerre on ne trouvoit ni furete , hi fa- 
cilite dans les communications. Les 
grands chem ins, les routes frayees & 
•deflinees uniquement au pafTage des 
voyageurs , etoient & font cneor dans- 
tous qe&climats J une partie de la po- 
lice abfolument inconnue. On tranf- 
poctoic les marchandifesfur ledosdei 



I>U SIECLB d'AlEXANDRE^ lOf. 

chameaux ; on marchoit en caravft- 
nes , & les focietes de marchands e- 
toient de petites armees. Si Ton cm- 
ployojt des chameaux , ce n'eft pas- 
que les chevaux ne fuflent bien con- 
nus^ Mais on les refervoit pour la 
guerre , ou pour les tranfports plus fa- 
dies. Qoand il s'agiflbit de porter k 
de longues diftances des fardeaux e- 
normes , on leur fubftituoic les cha- 
meaux qui font plus vigoureux , qui 
coutent mains a noarrir ^ & qui fonc 
d'une reffburce infinie- dans ce^ cli* 
mats brulans , pair leur facilitc a fu^ 
porter la foif. 11 eft etonnant qu'on 
n'ait pas encore effaye de tranfplanter: 
parmi nous cet animal- utile-. EMautres- 
moins utiles , venus auffi des pays 
chauds , ont reufli fbus un air etran- 
ger , fans memjB beaucoup dege- 
nerer. 

On connoit peu quelte etoft hi 
forme & la grandeur des vaiffeaux 
chez les anciens. Les gens doftes oftt 
beaucoup ecrit fur ces objets ; mais. 
apres de longuw & fgavantes difpu- 
tes, la chofe eft demeuree- indecife ^ 
cpmme c'eft Tufage. Ce qu^jn fgaic ^ 



jtio Hr s r oiKt 

c'efl qu'ils alloienc quelquefois a^ f» 
vorle , & plus fbuvent a la ranker 
comme ros galeres y & que par une^ 
difpoficion qui nous eft inconnue,0ni jr 
pouvoit employer unbien* plus gran cfc 
nombre de rameurs que dans les no* 
tres^ 

On avoit deja fait desprogres dans^ 
TAftronomiev fi utile ^uneceflairea. 
ta navigation. C'eft elie qui condait^ 
pour ainfi dire, les Pilotes par la niain^ 
jElle leur aprend a trouver dans Ic 
ciel la route qu'ils doivent fuivre ait 
milieu de la vafle etendue des mers v- 
mais clle fe reflenrbit encor de Visst^ 
perfeiSion des inftrumens* On ne fja?^ 
voit point aflujettir les mouvemen* 
des aftres a des calculs fixes & deter-^ 
mines. On n'employoit point Gontre 
cux cet appareil de machines inge- 
nieufes qui vont les chercher, les faifir 
au milieu du ciel ^ & les^forceac a fe 
raprochet de la terre , pour fe preter 
a la euriolke attentive des obferva- 
teurs. Toutes ces reflburces etant in- 
contiues,- les Aftronomes&les marin$> 
jenftruits par eux ^ etoient r^duics zw 
&ui fecours des yeux. Les- navig^'-' 



tears fe conduifoient par le foleil 
pendant le jour , & les etoiles pendant 
la nuit. Les Aftronomes avoieni ob- 
ierve affez exadtement la marche des 
principaux globes celcftes , de ceux 
du moins que leur proximite rend 
plus intereflans pour nous. lis avoient 
fixe a peu de chofe pres , le terns de 
la revolution annuelle du fbleiL Les 
phafes de la lune , & les irregutame^ 
de fon Gours ne leur avoient point 
cchappe. On f^ait que le veritable 
fy fteme pknetaire renouvelle depuis ^ 
& demontre par Gopernic , etoit un 
des myileres que les Pythagoriciens 
cachoient au peuple , qui fe declare 
toujours pour les apparences; Or fe*- 
fbit des cartes marines fans doure p 
mais on ne connoit ni la methodedes 
Grecs a cet egard , ni le degre de 
perfeftion ou ik Tavoient portee. Aui 
refte il faut renaarquer qa^fls ne na- 
Yigeoieat que dans la Mediteranee ^ 
ce qui accourcifToit beaucoop leurs: 
voyages & leurs obfervations. 

La boulTole etant ignoree ^ les na.« 
Yigateurs n'ayant pour fe conduire 
q^ I^infpedion des etoiles ^ on couh 



2t2L HiSTOIiRE 

(oit ajlemenc qa'ils ne devolent pscsr 
s'ecarter des cotes* Cependantonne 
peut guere douter que des Pheniciens 
n'ayent fait le cotnr de rAfrique. 
]&tant partis du fonds de la Mer Rou- 

Se , ik avoient ofe traverfer la Mer 
e Zanguebaif >. celle des Indes , & 
doubler leCap de Bonne Efperance, 
qui a fi longy/Mnps effraye nos Euro- 
peans. Mais ce voyage entrepris par 
curiofite , nc changea rien au com- 
merce etal)li. Ou les Pheniciens a- 
voient nial obferve les pays qu'ils par- 
couroient'j.ou Ton ajouta peu de fai 
a leur^decouvertes, ou plutotle coin- 
merce-tetqu'il etoit alors , fuffifant k 
^nvkhit tojds., eeux qui l'exer5oient> 
on fut peu curieux aacheter par de 
nouveaux dangers , des richeUes qui 
ne paroiflbient point neceflaires. Mal- 
gre cette fameufe entreprife , les co- 
tes de Mozambique & de Melinde 
n'etoient pas moins des. cotes abfolu- 
ment nouyelles ^ quand le celebre 
Vafco^ de- (aama y porta le nom , les 
armes, & Vavidite des Portugais. 

Le voyage furprenant des rheni* 
eiens eA attefle par Tignorance meme 



DU SlicLE D'AlEXANDRE. J2I3 

des Aateursqui leraportent. Lesna- 
^igateurs raconterent a leur retour , 
quails avoient vu le foleil a droite ^ 
cela devoit etre , puifqu'ils avoient 
pafle I'Equateur , & s'etoient ayances 
jufques par-dela le Tropique du Ca- 
pricorne. Mais cette obfervation af- 
tronomique j)afl[a pour une meprife. 
Herodote qui a ^crit beaucoup de 
menfonges pourdes verites, n*a don- 
ne cette veritc que pour un mettr 
fonge- 

Les matieres du "Commerce ^oient 
toutes celles a qui les befoins ou la 
moUefle des hommes pouvoient don- 
ner du prix. On fe fervoit de mon- 
noies cror &.d'argent >mais on ne 
connoiflbit point d'autres fignes re- 
prefentatifs. Cen'eft que plufieursmil- 
liers d'annees apres , qu'on a imagine 
ces papiers fi commodes pour I'e- 
change , ii avantageux pour la circu- 
lation* Cette invention utile , eft 
comma bien d'autres , le fruit de nos 
befoins , de nos lumieres , ou plutot 
du bonheur que bous avons eu d'etre 
nes plus tard. On en peut dire autant 
des pofte$,qui font pour les negocians 



ii4 HrsToiRB 

d'un fervice fi fur & fi rapide. On die 
bien qu'im Roi de Perfe les avoit in- 
V en tees d^ans fes Etats ; mais les cou* 
riers qu'il avoit etablis ne fervatit qu'a 
porter les ordres du maitre , cet avan** 
tage n'etoit pas poar les fujets. 

On fjavoit teindre la pourpre qui 
donnoit une couleur dont nous n'a' 
vons plus d'idee : car ce n'etoit ni no- 
tre ecarlatte , ni le beau rouge pro- 
duit par la cochenille : mais telle 
qu'elle etoit , on fjait qu'il y avoic 
peu de marchandife plus chere. On 
filoit Tor & I'argent. On en fefoit des 
^tofFes riches & parantes : on travail- 
loit les metaux. On avoit trouveplu- 
fieurs precedes pour arracher cette 
iburce des crimes dufein de la terre, 
qui femble ne la livrer qu'a regret. II 
falloit meme qu'il en exiftit une pro- 
digieufe abondance , pour rendre vrai- 
femblables les richelles dp quelques 
Princes , dont Thiftoire a conferve le 
detail. Ici fe prefente une obfervation 
qui merite bien qu'on s'y arrete. 

Depuis qu'il exifte des hommes ^ 
& que le hazard ou quelque autre 
caufe leur a donne la connoiilknce de 



^ 



f>V SIECXE D^AlEXANDKE. 21 J 

la metallurgle , on n'a ceffe de la met- 
tre en pratique- L'av^arice pale, in- 
quiete n'a point quitte ces rochers 
precieux oil ta nature cache les tre- 
fors dont on a tant abufe. Si I'efpe- 
ranee tPune proie plus abondante Ta 
fait voler d'Europe en Ameriq^e , fes 
travaux n'ont point ece interrompus ; 
fon ard^cur ne s'eft point r^elachcc. 
L'or-a toujours contbue de s'elever 
idu fonds des mines vers la furface de 
kterre. Les metaux ne s'anneantif- 
fent point par une confommacion 
prompte & journaliere , comme les 
autres produdions naturelles, Leur 
quantity Vaugmentant done tons les 
fours avec rapidice , & ne diminuant 
qu'infenfiblement, il femble que long- 
terns ayant la decouverte de T Ameri- 
que,Ie monde en auroit du etre inonde. 
Il eft pourtant arrive tout le con- 
tfaife ? malgre les mines riches qtf on 
exploitoit en Efpagne., dans les Gau- 
les & a^illeurs j malgre i'opulence in- 
concevable dont les Remains furent 
lohgtems' en poflfeffion , on a vu peu 
a-peu difparoitre Tor fen Europe , en 
Aftique-, & memeen Afie. On pcuc 



^\6 HlSTOlRlK 

fuivre quelques-uns des canaux qui 
le conduifoienc dans les Indes ; tnais 
on n'en voir aucun qui le ramene. II 
preiid encor la meme route de no$ 
jours : il coule fans interruption de 
l*Occident au fonds de I'Orient , & il 
s'y £%% fans que rien puifle liu faire 
Teprendre fon mouvement. 

Cell pour les Indes que les mines 
du Perou ont ete auvertes. Ce pays fi 
riche , engloucit fans fin les richefles 
<le tous les autres , & ce qu*il y ad'^- 
tonnant , c'cft que I'opulence n'a ja- 
mais paru y augmenter. S*il eft vrai , 
comme on le croit , qu'un des plus 
grands foins de ces Indiens, foit d'en- 
terrer leurs trefors , qui par-la foiit 
prefque toujours perdus » il y a deux 
xeflexions a faire. 

La premiere , c'eft qtf il eft afez 
plaif^tnt de voir les Efpagnols fe Ik- 
tigiipr beaucoup en Amerique , pour 
arracher Tor des entrailles de la terre ^ 
tatidis que dans le Mogol , les Ba- 
nians fe fatiguent encore davaYitagei 
pour Vy faire rentr^r. La feconde , 
c'eft que <juand les mines du Perou 
feront epuifees , Pavidite des Euro- 

j)een$ 



Du siECLE d' Alexandre. ^17 
peens pourra bien changer d'objet; 
Ce ne lera plus pour acheter des per- 
les & des toiles qu'ils iront au Mala- 
bar, lis s'y rendront pour chercher & 
decouMfir avec les memes travaux , 
cet or qu'ils y ont porte. Leurs be- 
foins Tentraineront dans d'autres cli- 
mats, ou I'avarice recommencera en- 
cor a renfouir. 

Quoiqu*il en foit au refte , il ell cer- 
tain que les anciens en avoienc beau- 
coup , & qu'il ne nous en refte plus 
rien. Les metaux qui roulent aujour- 
4*hut dans le commerce , font de ceux 

Ju'n produits le nouveau monde. 
)'aufres moins brillans & plus neceC- 
faires , eels que le fer , Tairain , le 
plomb , etoient communs auffi j mais 
en plufieurs ouvrages , furcout pout 
les armes, on fubftituoit I'airain au 
fer. Les anciens avoient ffu donner a 
ce premier metal unefermete qui le 
rendoit aufli tranchant que I'acier le 
plu§ dur. Cecj n'eft point un de ces 
fecrets chimeriques qu'une admira- 
tion ftupide a attribues a Tantiquite. 
Un fgavant (a) auffi diftingue par la 
{agacite de fes recherches que par Te^ 

^ (a) M. Ic Comtc de Caylus. K "" 



Jll€ H I S TO f R K 

clac de fonnonij a cetrouve la-crempf 
4e rairain.Quoique la fac^iice d'avoir 
& de trayaiil^r k fer » rende ce fectejc 
ffijoins pceciejux parmi Qous , ii eft cer<- 
taiii qu'il y a plufieiuis x>c;:aiio|)sou ii 
peutitr^ fort utile. 

t.'adreile de$ .artiftes ,(jrecs ne fe 
bornoit pas a dompter Tor , le fer & 
Je cuivre. lis grav.oient les pierres pre- 
/cieufes avec une. deUcateile q^ie nos 
40U viierspeu ven t a peine cgaler malgrf 
les iecours que leur a fourni rindjuflrie 
des d^rniers tems^ Les anci^ns nous 
Pfit laifle des chef-d'qeuvres en c« 
|;enFe , qm font cncoi la fiirprife|des 
iOirieux , & le..de.fefpair des Ar.tifles^ 
'J'oiites ces pierres ecoient du genr^ 
die ^les ique nous commons opa- 
ques 0)1 de couleuo t«es jdiamari^ 
ctoientou ir^^onus^pu peu ^Qimes. 
On n'avoit p?s merae encore ou- 
v^rt l^s mines qui Jles produifent^ 
Opa'iiSBiployoit qufi ceux que la na« 
1^^ offtjoh eUe-meiB.^ tout polis ; 
mafc xHi ne ff avoit point Jes travail- 
fer., ni leur donner ce jeji * cc brillanp 
qvi SB kk le pri.x. On i^yoit deja 
£tf)dre le verre ^ on en faifoit des 
W9&s^ maijs on ig[noroit I'art de Tgpi- 



platir, de s'en faire une d^fenfe con- 
tre les injures de Tak , fans fe priver 
de la kmiire dc de Fafpeft des de- 
hors* Des clayes , quelque efpece de 
canevlts , ou dit-on , Acs pierres de« 
venues un peu tranfparentes a force 
<de diminuer Jeur epaifleur, fervoienc 
a^fermef les fenetres. EUes deroient 
rendre les maiibns ou fort incommc- 
des , ou fort difagreables. Une autre 
incominodite , c^eft que routes les 
portes fur la rue s'ouvroieirc en-de- 
iiors ; qusind on voulpit fortir , il . 
falloit faire beaucoup de bruit pouif 
avertir les paflans de s'eloigner, & 
ne fe pas mettre dans le cas de ieur 
brifer la t^te. 

Pour rint^rieur des maifons , il 
«toit orne ; on rembelliflbit avec des 
taibleaux & des ftatues. On cachoic 
les tnurs fous diss etpflfes qurrpn de- 
roboient la -vue. On couv^oit les 
plancbers avec des tapis , Sc^cts ou* 
vrages , quoiqde tous ^its de laine 
ou de polls , ne manquoient ni d^ 
variete ni d'agrement. Les apparte- 
inens n'avoient point de chemihees 
<jm font d'une^^mvcntJoh moderxifei 

Kij 



y 



XIQ . HiSTOIRfi 

trxdiis on y fuppleoic fans doute pit 
des poeles o'u des brafiers de char*' 
l)on quand le froid rexigeoic. 
. Ces machines ingenieufes qui ont 
rendu a la focicte tant de bras autre- 
fois perdus pour elle n'ecoienc point 
invenTees. Prefque tous les grands ou- 
trages s'execucoienca force d'hommes 
Sl de chevaux. La mecanique per* 
fedionnee a beaucoup d'egards n'of- 
froit de ce cote prefque aucune ref- 
fource. Le premier , le plus indifpen- 
faUe des cravaux apres I'agrtculture , 
celui qui reduit en farine le bled ne- 
ceflaire a la nourricure des hommes/e 
faifoit par. des efqlav^s, Cetoit eux 
qui tournoient la meule , & I'pn. pre* 
tend que rimpofTibilice de fabfliruer 
pendant longtems a leurs ^r^vaux une 
ibrce capable de lesremplacjer^ conrrir 
bua beaucoup a la duree c^jf^'efclavag^ 
L'horlogerie qui nes'eft pro- 
pofe d'abord quede fournir unecom- 
piodite agreable., & que nps recher- 
JDbrs one reodue Pun des plus grand^ 
pbjecs du luxe fuperfliu , n'ecoit point 
.conouc. La marche du foleil aprenoit 
a dirifer le$ jours kn. parties a peu 



DU SlichE D'A LEX ANDRE. 12 X 

pres egales. Les cadrans folaires 
etoienc deja aociens & communs , 
jnais on n'avoit qu'eux. Les clepli- 
dres f les fables , etoienc des inftru- 
mens imparfaits & groffiers qui n*a- 
voient pas meme le merite de la juf- 
tefle. L'art de renfermer la mefure 
exalte du cems dans une petite boete 
riche & portative, etoit un art ignore. 
Aufli la divifiop la plus commune & 
la plus ufitce des jours chez les an- 
ciens , etoit le matin , le midi , & le 
foir , parce que ces.diviiionsindiquees 
par la nature elle-meme , n'ont befoin 
que du fecoura des yeux pour etre 
fenties. , 

II s'en falloit beaucoup que les tra- 
vaux qui n'ont pour objet qu'un luxe 
elegant , fuflfent au point de delica- 
tefle ou la fuite des fiecles lesa portes. 
On n'avoit point de ces chars mar 
gnifiques , ou la foupleffe des foupen 
tes rompt les fecoufles que le mou* 
yement leur communique. II falloic 
fe faire porter lentement par des hom- 
mes , ou fe laifler trainer rudement 
dans des voitures aflfez femblables a 
np$charretes. On fjait que cet ufagc 

Kiij 



^2i HrsTOmi 

a dxLTi longtems. Tels quils etoient 

Ijourtant , Tes arts rempliffoient tons 
es befoihs alors connns. Une magnifi- 
cence mediocre y rfes coramoditeis bor- 
jjees fufiibient a I'argueil des riches 
pour humilier les autres hommes qvi 
Ti'avoient ni magnificence ni commo* 
rfite. Comme cettediftinftion, cette* 
facilite d'avoir ce que les autres n^ont 
pas, eft furtant ce qui flare la vanite* 
dans Templot des rjcneffcs, on fe coft- 
tentoit d'uri: fuperflu <jue llndigence 
commune faiforr paroitre fett confi- 
derable. On fe eroyoit ties grand^ 
tres refpedafele par ces petits efforts 
de^tuxe qai nous parpiflenraujo*urdTHif 
fi peu de chofe. Nous meme qur 
croions avoir fait tant de progres 
dans les rafinemens de la mollelfe^ 
Bous ferons a notre tour , des gens 
groffiers , ignorans aitx yeux de no- 
tre pofterite qui fcra plus cotrompue^ 
ic pafconf^uent plus habile. 



J)e la vie commune y des^ mmtfs & 
ufzgcs^ 

CE que'noDs^^appeHons h: focih^^ 
cetce correfpondance dos ci- 
toy ens fe* uns avec les autres etoftf 
abfolubient ighoree darts lai Perfew 
Jl^ peiiples y vivoiertt comme au-' 
^urd'hui dans une'aufterit6 fombrcT 
& fevere , qui a petrt-^tre Are d^ 
tout terns fe* pFua^ fort rempart def 
la tyrannies Pomt de^ communkav . 
tionlibre enttelespatciculiers^. pointf 
dc ces liaifons familicres qui infpt- 
rent bien-tot le gout de' lar liberte , 
en faifant: cannokre fes douceurs de* 
Famitii. Cette' multitude* d'objet* 
aimabfes refervw f>©ur fe plaifirt 
dW feul feomnie, Ic droit d'etnt- 
pbyer pour les garder une^autrer rnul^ 
wtude' d'hommes depouilles de leur 
Wriliee^ 6coit d^ lors une marqiaer 

Itiv 



:i2^ H I S T O I R E 

diftinftive de la richeffe & de la 
puillance*. Le refte de la nation qui 
ne pouvoit payer ces plaifirs cou- 
teux crpupjfl(>ic dans rignorance & 
Toifivete. Tqjle etoit , & telle eft en- 
core de nos jours dans ces climats , 
la fituation refpedive des grands & 
du peuple. 

Ainu la veritable fociete , les agre- 
xnens qui peuvent par elle adoucir 
les amertumes de la vie, n'etoient 
cultives que dans la Grece. On parle 
a la verite de plufieurs fetes inde- 
centes dans la Syrie. On cite un 
temple de Venus a Babylon* , ou les 
honnctes femmes ^toient obligees de 
fe proftituer une fois Tannee pour de 
Targent , & de donner aux miniftres 
de la DeelTe le fruit de Icurs com-, 
plaifances. Ces exces grofliers & re- 
DUtans, s'ils font vrais , ne faifoient 
point le bonheur des peuples qui les 
pratiquoient. Les Grecs feuls avoient 
f^u fe donrier des divertiflemens hon- 
netes , des plaifirs qu'on pouvoit gou- 
ter fans rougir. 
. Les femmes ^toient chez eux li: 



DU SIECLE d'AiEXANDRB. Zl^ 

tres , confiderees , refpedees ; cc qui 
eA la marque la plus fure d*une for 
ciete florilTante : mais ce qui eft aufli 
la marque d*une grande lagefle , elles 
dvoienc pea de par; aux affaires pur 
bliques. 

. II eft bien vrai que la jeuneffe 
.donnoit dans les memes excis que 
nous retrouvons aujourd'hui dans rou- 
tes nos grandes villes. Des marchands 
d'efclaves deshonores & recherches 
par le genre de leur commerce , four- 
niflbient pour^ de Targent aux |eu- 
nes gens riches, des fillesqui n'avoient 
d'autres biens que leurs charmes." Si 
ceux qui les vendoient faifoient un 
mpcier peu hpnaete> ceux qui les 
achetoient ne manquoient point aux 
^bienfeances. L*education de ces fiUes 
.efclaves n'etoit point negligee ; elles 
ajcqueroient des talens qvi leurs va- 
Joient beaucoup de richefles. Elles vi- 
\oient avec plus d'eclat & de dif- 
tinftion que les femmes du premier 
rang : concradiftion fmguliere & re- 
ypltante dans tous les etats polices^ 
^ ou une obfcurite ennuycufe eft pour 






iz6 ^ HiSTOMRB 

les p^rfonnes du fexe le prix de leur 
cxaiJHtude a garder la verm , tan^ 
dis que les plaifirs 8t- la fplendeur 
qui fuivent les richefles , foot la re- 
compenfe- de celled qui y man-^ 
quent. . 

En gcri^rarrieii n^Stoit moins con-^ 
nu des Grec^ que la chaftere^ Cet 
effort fublime de vertu, ce facrifice fait 
a la religion des plaiHrs Its plus vifs^ 
tttte continetice fi admirable & fi diifi- 
cile a obferver, n*avoit aucun prix chez 
cux. La liberte de. vivre avcc une 
femme qti'on n'avoit point epoufer 
ne furprenoit perfonne , parce qut 
tout le* monde en' ufeit. Les Phi- 
lofophes memes ne d(?daignDienc pas 
dt'en profiter. Platon , Diogene r 
Ariftipe ,. forent compccs par plu- 
fieurs courtifannes au nombrc de-leunr 
adoraceurs ; & Pon fgm que Socrate- 
ne rougifloit pas de faire affiduemetm 
ia cour a la belle Afpafie. 

On conferve pourtant la mcmoire 
de quelques Pmlofophes qui recem- 
mandoient la continence. Demo^ 
cme na txouvpit riea de fi humir 



fikttt y de fi concraire' a Tecude qiie 
fe commerce des femmes. Thali» 
pretendolt que dans la )euneire il 
kiioit fe dire il n'eft pas^ terns de" 
ibtiger ao^ mariage ^ & daiis un agar 
plus avance, il n'eft plus tems^ 4jn> 
autre sflibroft que t^amour^^coic avi-^ 
Uflant pour rbomme, & le rabbaif^ 
&it aa rang; des aotmausT Mais cetuer 
philofophie^ ne fit point fortune^ L» 
|Aus bellie moitiedu genre humain etok; 
BiterelKe a arr^er fes progres; Ce# 
ctinemis dies femmes rfemployoientf 
centre elles que des inaxin|ps Sicbesf 
de» raifbnnemens iocertains^ ; ellest 
avoient en'lewr faveur quelque chofof 
^e bien plus fort que le raironne"-^ 
iaent. 

Ce* mventeiir? d'une morale* pw 
^vie , aetoienB point les adVerfaires^ 
h$ plus^ redoutabies qu'clfes euffem: h 
wmbattrc; Alors fe devebpoit fati^ 
mefegement un goiit -cfepiave ^uff 
genre die' defordre tfai chpque- li» 
premieres, loix de la* uacwe , & 
^ui doitc ecre t jamais abhorare de» 
coeurs vertueux & fenfibles. 



il9 H I S.TOl RE 

• L'attachement inviolable de tout 
FraD9ois pour ie fexe enchapceur 
qui honore & embeliic fz pacrie^ 
BC me permet pas de me:fixer a cette 
idee ignominieufe. ElLe reflerre Ie 
coeor & fletrit ^rimaginacion. Les 
egaremens de tant. d'hommes ceie- 
bres n'excufent point cette degrada- 
tion de rhumanite^ ils ne prouvent 
qute fe foibleflfe. 

: Quoique les Grecs fe permiflent: 
de violerfi ouverteniem une de fes. 
plus fages loix , ilfaut pourtanc 
avouer qjj'alois elle etoit en ge- 
neral moins.malheureufe qu^aujour- 
d'hui. Si les conditions n'etoient pas 
€gales , au. moins il paroit qu'on- 
croyoit que tous les citoyehs avoient 
igjn droit cgal a la vie, Ori nevoit 
pas qu'il y euc de pauA^rete.. X'entends 
cette indigence affreufe, qui ate a uii 
homme Ie droit que la nature l\xi 
donoe fur une portion des fruits* de 
la.terre^ & qui Ie force fouvent,, 
laut^ de travail , ou a percire la vie 
^aosjes borreurs de la faim >. ou aia 
racheter par des. crimes.. • 



DU SI^CL^ d'AlEXANDRE. 22^ 

^ II n'y avoit que deux fortes de 
conditions dans les etacs , Tefclavage 
& la liber te. Si les efclaves appar- 
tenoient a un maitre pour qui ils tra- 
vailloienc , au moins ce maitre leur 
aflfuroit la nourriture. Les hommes 
Ifbres etoient tous ou propriet;aires 
4e biens-fonds , ou foldats , ou mar- 
chands. On ne connoiflbit pas{cette 
efpece tnalheureufe d*hommes que 
nous appellons manouvriers qui ne 
louiflTenc pas meme des avantages 
de la fervitude. Obliges d'arracher 
a la terre des produftions qui nQ font 
])as pour eux, accables .de routes 
ies charges de I'etat, expofes a toUr 
tes.les pertes caufees par la rigueui 
des faiCons , rebutes , meprifes , n^ 
^^orinoiffant gueres, comme les ani- 
maux , d'autre? plaifirs que de di- 
gerer les alimens & de perpetuer 
•leur efpece , je ne fjjai s'ils doivent 
tien fcntir le prix de leur preten- 
due liberte. Mais je crois que dans 
lefonds , Tefclavage que nous re- 
gardons comme une barbarie^ n*a 
rien d'aufli barbare que raviliflement 



ff-,6^ Historic If 

©u languiflept aujourd'liui les detrsSr 

tiers peut-etre du genre bun^in*' 

Quoique fa fociete fuc culciveer 
& qu^on en recherch&t les douCeur^^ 
il ne fauf pou^tant pas croire' qo'il 
hY eut encre ces moeufs & lesno^ 
ires ^ que cfie legcres difieretices. Etr 
Grece on ne connoiflbit ni cette po» 
btelTe rrompeufe qui doane a: toot' 
les gfens blen eleye* a pen ores le 
m^me exrerieiH^, ni- ces refpeAs Stu- 
dies , nr ces ticres faftueox done nous- 
we voyons' point le ridicule y parce* 
que nous 7 (cMmnes baBitues. Tool 
les citoyens s*appelloienr par leur 
Hbm , & fe tutoyoient en- s'abor-^ 
dant. La neblefle ne^ fervoi& a riem 
Les grands dependahs^toiijours da 
peuple qni les avoft efoves ^ mena^ 
geoienc avec fbin^ tous les particu^ 
Jieft , & fapulence^ne dbnnoit Ir 
liroir de meprifer perfonne. Le» pre* 
miers cicoyens alloiene a pied daittr 
}ss rues. C^ ne pardonnoit gueres- 
^u'aux fenunes ou aux ^ens infir* 
mes de fe faiJre porter par del e£- 
-clavcs* ... 



On avoir des robes longues qufe 
€onven©ient egalement aux deux fe* 
xes. LeiJ femmes , pour fe parer ^ 
employoient ,. comme aujoard'hui ^ 
plufieurs ©rnemens dont Tenvie dr 
plaire faifoit oublier rincommoditey 
& qu'elfes payoient cheremenr, Elles* 
fe cbargeoient les ofeilles, le col jt 
les bras -de bijoux r elles fe colbroient 
les Iburciis ^ elles mettoient du fard^ 
luivant Tufage etabK de tout temy 
parmi les per&nnes' da fexe, de fe' 
d«6figurer pour paroitre plus Belles, 
Auiieu deces glaces fupefbes queHn^ 
duftrie moderne leur a fburnies pour- 
y faire en particulier 1-eflai de leurs* 
«harmes , elle5 fe fervoient de fup^ 
ftce& d'oF ou d'argent bien golies ;, 
dont Teflfet ftort moins* fur \ raz» 
^u*bn empf oyoit pourtant a caufe de 
feneceffite. 

■ Ort connoifloi't la frifure. On fe' 
fervoit de fers chauds pour donner 
aux cheveux une toumure elegante*^ 
Mars fl ne paroit pas qtfbn em*- 
ploySt Tartificepour cacher leur cou* 
fcur nJturelle. On nc les deguifoit 



^3^ H I S TO I RE 

Point fous ce voile d une poudre bkn- 
che , qui feroit croire que notre jeur 
nefle envie. a un age plus avance Ic 
trifte prefent dont la nature honore 
ia caducite.^ Dans quelques occaGons 
pn y repandoit pourtant une efpcce 
de poudre d'of qui devoic proauire 
un effec bifare , a moins que Thabi- 
tude ne la rendit fuportable. 

Une des coucumes qui nous pa* 
roiflent les plus ecranges, c'ecoit I'd- 
'fage immodcr^ des effences & des 
»parfums. Les jours de fetes , ou 
>quand on alloit voir fes amis , ou 
quand on avoie r0ndez-yous avec fa 
Maitreffe, il falloit s'innonder la tete 
& le corps d'huile de fenteur. Cette 
,pratiq[ue qui pouvoit avoir fon agre- 
on^c ^dans Jes deux premiers cas. ^ 
fj^vok etr^ bien incommode dans le 
dernier. Une galanterie tres-hoft- 
nete a /aire a ceuk qu'on recevoit 
chez foi , c'etoic d*arrofer tpus leurs 
iabits d'effences precieufes. On a pre- 
tendu que ces effences devoienc etre 
des eaux fpiritueufes que T^vapora- 
xiojk diffipoic , &. .qui. ;iie IwiToicnt 



DU SIECLE, d'AlEXANDRE. 2^ J 

point de traces fur les habits. Mais" 
il y a peu d'apparence : car pour ob- 
tenir ces eaux fpiritueufes la diftilla- 
tion etoit neceflaire , & les anciens 
ne la connoiflbient pas. On f^ait de 
plus combien ils etoient fouvent obli- 
ges de faire degraifler leurs habits. 
La profeffion qui s'occupe de cet ob- 
jet ctoit une des plus confiderables 
& des plus employees : ce qui ve- 
noit fans doute des taches que fai- 
foient les liqueurs odoriferentes dont 
on etoit fi prodigue. Les parfums 
etoient done fimplemeni, des huiles 
aromatiques , & la grande habitude 
empechoit encore qu*on ne s^apper- 
Sutde ce qu'il y a de degoutant darft 
cet ufage. 

Partni nous rintrodufliion du linge 
& la facilite d'en changer a fait torn- 
ber les bains. Jltlais alors ils etoient 
neceflaires & tres-fouvent frequentes. 
Il y en avoit de publics & de parci- 
culiers. Les bains publics etoient 
des batimens vaftes & fpacieux. Tout 
le monde y etoit reju pour un prix 
modique. Si Ton ne vouloit pas anie* 



tttfr ks efdaves, on en trouvoit & 
de tout pretis pour le fervice; 

An fortir da bain on fc mettoip 
a table. II paroic que I'ufage de s'f 
placer fur dessliis^n'ecoit pas univer-* 
fel : on reftoit quelquefois affis. On 
mangeoit des ragouts qui flatteroien^ 
pen notre fcnfualite. On buvoit dtr 
Vin mele avec du miel ,. oil na-* 
geoient fbuvent des feuilles de fofe; 
On faifoit venir dts danfeufes & del 
inuficiens. En genseral a table on- 
ilrifoit fort peu de cas de la con^' 
verfation; Oh fervoit a chacun fa* 
portiQir ^ dc quand en voalott haa^ 
norer quelqu'un , on^ lui en fervoit 
Hne quawe fois- plus-grande. 11 fem-^ 
ble que notre fapon d^ordonner ley 
repas ell a la foh plbs agreable*, plus 
Bonnete", & mains' difpenrdieufe; St' 
far converfation accompagnoic rare- 
Hient les plaifirs de Fa table , on & 
refer voit pour des momens oil TeP 
prit moins diftraic pouvoic s'y livrcr 
avec morins d*effort ; elle fervoic alorr 
a pre\renir Toifivete , ou da xm>ihr 
^ kt resdre- agreable; 



En vivantd'unemaniere fi peu con*' 
forme a la notre , la vie des hom- 
ines avoic pourtant i peu pres les- 
memes bornes. On ^roit vieux a. 
foixante & dix ans , & raremenf 
paflbic-on quatre-vingt. 11 ne faut 
pas croire que les moeurs fuffent plus 
reglees. Les hommes qui avoient les 
memes paflions donnoicnt dans les 
memes exces^L'intempirance caufbit 
des maladies & Yen avoit etudie le 
moyen de rcparer fes defordres^ 
Mais Ott ne connoiffbit qu'une forte 
de medccine ^ c*eft ce que nous ap- 
pellons la chirurgie- 

^ On ne payoit point des hommes 
eifi^ Ipour tslter le pou^.d'ua njalade^ 
Ceox qui exerjoient Tart 3e guerir ne 
fecroy ©tent point deshonoi?e5 en pra^ 
tiqaant eux- memes les operations 
qu'Us jugeofcnt convenables. On igno- 
foft cette diftin£tion finguliere & dan*- 
gereufe entre le fiiperieur qui or- 
donne les ^remedes , le fubalterncr 
qui les applique- , & lc~ marchatid- 

qui les fournit. Ces remedes dontr 

fe hafard avoir appris la venu^ dt 



)^6 Hi s TO I RE 

dont rexperience & la reflexion don- 
firmofent Tutilice , aidoient la na^ 
ture fans Taccabler. lis etoient fim- 
pies comme elle* Soit que la fafon 
de vivre rendit les maladies tnoins 
frequences & moins compliquees , 
foit que les medecins etanc moins 
communs ne fe piquaflent point de 
rencherir les uns fur les aucres par 
de nouvelles invontions , les fucs 
bienfaifans de quelques herbes leur 
fuffifoient pour rendre la fante. Oh 
n'employoic pas ces compoficions 
violences , done une fcience plus cu- 
riwfe qii'ucile a infede la ^medecitie, 
& que Talliage force de ppiecipes 
fouvenc oppofes doic rendre au moins 
fufpedes. Ainfi Pon pourroic croire 
avec une efpece de raifon que la mi- 
decine des anciens ecoic moins f^a- 
vance & plus fure que k nocre , & 
qu"en chargeant cecte fcience d'une 
infinic^ de rececces , nous ne Tavons . 
point enrichie. 

Quand malgre la fimplicice des re- 
medes & de la mechode p la mala- 
die Temporcoic , on ne coniioic 



j>v siiciE d'Alexandjie. 137 
poim fes dernieres difpofitions a des 
mains ctrangeres. On aflTembloic fes 
parens & fes amis , on leur diftoit 
fes volontes, & Ton i/avoit point 
d'autre confolation que celle d'ex- 
pirer entre kurs bras. En Egypte 
on embeaumoit les corps , mais en 
Grece on les bruloit , & cette pra- 
tique croic fage. EUe empechoit que 
les reftes des morts ne devinflent per- 
nicieux aux vivans. On I'a retrou- 
vee dans les Indes , a la Chine , au 
Japon , dans tous les pays oil la va- 
nite & la fuperftition des mourans 
ne Temporte pas fur le bien public. 
Parnai nous tous les bons citoyens 
voyent avec douleur que Pon n'ait 
pas.encore pu fupprimer Tufage dan- 
cereux d^enterrer dans les temples, 
oc d'entretenir ainfi un air corrompu, 
capable d'occafiofxher routes les ma- 
ladies,dansrendfoicou Ton s'aflTemble 
pour demander au ciel la fante. 

On portoit les cadavres au buche 
avec beaucoup de ceremonies : mais 
ce qu'il y a de fingulier , c'eft que 
ce tfeioient ni leurs amis , ni leursp 



Ji)8 HlS^TOIRS 

xens , qui les pleuroient. On pajoit 
pour cela des femmes qui enfaifoient 
metier , & qui pour de rargenc ^ af- 
fedoient routes les marques de la dou- 
leur. Elles precedoienc le morr , & 
faifoient en fanglottant fon panegy- 
xique. Elles louoienc a grands cris fes 
vertus & fes bonnes quali.tes, 11 fauc 
xoujours remarquer que-ces u&ges font 
anciens,& qulls fubfiftenc cependant 
encore dans une grande partie dtt 
monde. Dans pluGeurs de nos pro- 
vinces , a Paris meme on loue pour 
les enterreniens des troupes d'enfaos 
crouv^s oui y paroiflent a^ec desflam- 
l>eaux« reut-etre [eft-ce un refte des 
aociennes pleureufes^ 



■DTT SlIcXE D'AiEXANDRE. 2| 9 



CHAPITKE XXI. 

:Dc SpeSacles , deU Poejie , rf« Repri^ 
fentations Drama.iques. 

PAr MI nous , les iplaifirs , les feteS;, 
les fpedacles pompeux ne font 
que pour les riches. Quand les pau- 
vres^qjui pous nourriffent, peuveac 
par un travail ©piniatre s'afiiirer a 
•eux-memes une fubfiftanceborneej ils 
4oivent fe croire heureux. II n'en ecoit 
pas de meme chez les Grecs, Tous 
ies parriculiers avoieiK un droit egil 
aux plailirs, & I'Etat prenoit foin de 
ieur.cn procurier. Non - fealemeat le« 
ipeftateurs ne payoient point , mais 
<^etoienjc £ux- menies qu'on payoic 
11 y avoit une eXpece de droit d'af- 
fiftance , une retribution fixe pour 
tous eeux qui fe trouvoietat aux re- 
prefentations. On leur donnoit de 
i'argent pour les eagager a fe diver- 
tir. Lethe&tre leur yaloit du plaifir 
& du profit. Avec deux raiions ii 



240 Hi ST 01 RE 

puidantes , 11 n'eft etonnant qu'ils 
ayent eu pour ce genre d'amufement 
. une paflion (1 decidee. 

Dans les fpeftacles , la politique fe 
reuniflbit a la Religion , pour en faire 
des ecablemens utiles a la patrie , des 
divertiflemens agreables pour lesci- 
toyens ^ & des ceremonies capables 
d*infpirerdu refpedpourla Divinite. 

On connoit ces jeux celebres par 
les noms des Dieux ou des anciens 
Heros. On y joignoit cnfuite des 
exercices proprcs a flatter une mul- 
titude oiuve, & a entretenir la force 
& la vigueur des hommes qui s'y ap- 
; pliquoient. 

II y en avoit de difFerens genres : la 
courfe a pied ou a cheval ou en cha- 
riot laLutte ou deiix hommes etroite- 
ment ferres cherchoient a fe renvcr- 
fer, fans quHlleur ffit permis de fe 
porter aucun coup ; te Difque, oil il 
s'agiflbit de lancer tres-loin une grofle 

f")ierre , ou une mafle de metal fort 
ourde ; le Cefte , qui caoit plus dan- 
gereux 8c plus difficile que les au- 
ttes.Les combattans s'entouroieiit les 
tnains d'un cuir fort epais , reflem- 

bJant 



DU SIECLl d'AiBXANDRB. 2.^1 

blanc fans douce a ces braflards 
qu'employe notre jcunefle pour jouer 
au balon. Pour les rendre plus pefans, 
on y atcachoit de gros morceaux de 
plomb , & les deux concurrens ainfi 
armes fe livroient a toute outrance 
un combat qui he devoit pas durer 
tong-tems. 

On a voulu faire honneur a Tliu- 
manite des Grecs de leiir eloigne- 
ment pour les combats de Gladia- 
teurs. En effet ces meurtres ordon- 
ncs pour le divertiflement de tout 
un peuple ne fouillerent jamais les 
amphitheatres de la Grece ; mais eft- 
ce,a leur yertu oji-a leur ignorance 
qu'il faut TattriSuer f Les Athletes , 
difent Tes^Auteurs , fortoient de I'A- 
rerie avec des bolTes au vilage , un 
oeil hors de la tete , les dents , les 
machoires brifees , ou meme quelque 
autre frafture encore plus confidera- 
ble. 11 ne paroit pas qu'ils euflent pu 
courir plus de rifque en fe battant 
avec des epees , & ceux qui trou- 
voient du plaifir a voir des hommes 
s'ecrafer ainli la tete i coups de 
poings , n'etoient pa^ plus humains , 



XJ^TL H I S T O I R y 

que ccux qui les voyoient fe dechirer 
a coups de fabre. 

Chez des hommes libres a qui Tor 
ctoic prefque inconnu , on ne pou- 
voit guere propofer que la gloire 
pour recompenie. Audi les Athletes 
n*en exigeoient-ils point d'autre. Les 
acclamations publiques avec une cou- 
ronne de chenc , de laurier.ou d'autre 
feuillage, fuflifoient a leur ambition JL 
eft vrai qu'ils ne s'en contentirent pas 
toujour s. Quand les richefles eurent 
acquis une valeur rertaine dans la 
nation , il eft bien clair qu*une cou* 
Tonne de chene ne dut plus etre aufli 
honorable. 

On raconte de ces Athletes d«s 
chofes peu compatibles. On pretend 
qu'ils vivoient avec la plus grande 
regularite ^ evitant rombre d'un ex- 
ces J renon^ant meme a la compa* 
gnie des femmes , & Ton dit que c'eft 
a Texaditude de leur regime qu'ils 
devoient cette force prodigieufe que 
notrc foiblefle rend prefque incroya- 
ble. Cependant on en voit dans les 
Auteurs J dont la voracite etoit plus 
grande encore (pie la force* Ce &* 



»t7 SlIciE D*AlEXANDRB, I4J 

meux Milon , par exemple , n'etoic 
pas concent de vin^t lirres de pain 
par jour ^ vingt livres de viande, 
avec cinquante ou foixance bouteilles 
de vin. Quand il avoic fait un peu 
d'exercice , il man^eoit un boeuf dans 
fa journee. II n'eft pas etonnanc que , 
, des hommes en eiat de fupporter un 

{>areii regime fuflent plus robuftesqua 
es autres. 

11 y avoit pour tous Ics exercices 
des maitresy cnez qui la jeunefle alloit 
prendre des lemons comme dans nos 
fallcs d^armes. Leurs ecoles etoienc 
publiques , & devcnoient le rendez- 
vous des citoyens oififs, quelacirtrio- 
fite ou le defoeuvrement y attiroienc. 
On ne pent nier que ces ufages n'euf- 
fent leur utilite. lis endurciflbient 
les combattans aux fatigues , & les 
jrendoient propres A foutenir des tra^ 
vaux utiles h, leur patrie. Ce qu'ils 
avoienc de cruel pouvoic auffi fami- 
liarifer les fpedateurs avec tes hor- 
reurs de la guerre. S'il eft vrai, com- 
me quelques Auteurs Tout penfe, 
que rhabitude de voir les jeunes gens 
nuds^ fit tore a la pudeur/ & qulil 

Lij 



144 H I s t oi RB 

en naquit des defordres trop com- 
muns en effet chez ces peuples d'ail- 
leurs fi fagcs , ce feroit une nouvelle 
preuve qu'il n eft rien dans le monde 
que les hommes ne puiflent empoi- 
fanner, & qu'en tout genre, les meil- 
^ leures vucs pcuvent produire de 
grands maux. 

Ces amiifemens , ces jeux encore 
grofliers,fuffirent longtemsaux Grecs, 
dont rh^ro'ifme etoit loujours mele 
d*un peu de groffierete. Mais peu a 
peu lis parvinrent a fouhaker des 
plaifirj plus delicats. Athenes pro- 
iuifit des hommes qui inventerent 
^es* ^rts incpnnus , ou fe fervirent 
jd'une fajon. nouvelle de ceux quon 
avoit deja trouves. 

Depuis long-tems on admiroit les 
.poemes d'Hpmcre. On les admiroit 
avec d'autant plus de raifon qu'ils 
.^toienc npiques. Dans une longue 
-fuite de fiecles , il ne s'etoit trouvc 
perfonnequi puteclipfer ou partager 
*ia gloirc. Corneille & lui font peut- 
,ctre de tous les Poetes , ceux qui one 
.merit6 le plus d'eloges & de criti- 
ques. Tpu$ d^ux ont porte prefque a 



VV SIECLTE D*AiEXANDRK. ^4J 

fa perfeftion le genre de poefie qu'ils 
avoient invente. Tous deux ont allie 
les fauces les plus abfurdes,aux beauces 
les plus fublimes. II y a aparence qu'ils 
lie devoient celles-ci qu'a ieur genie ^ 
& que le refte vienc du terns ou il$ 
Vivoient. Homere eft encore plus ex- 
cufable que Corneille. W prefque 
dans Tenfance du monde , dans un 
terns oh tous les arts encore timides 
ne marchoient quen tatonnant , il 
lie rrouvoit guere de fecours dans fes 
predecefleurs. Les hommes n'avoient 
pas encore pu ramafler aflfez d'expe- 
riences pour acquerir beaucoup de 
lumieres. lis ffavoient fe battre , pur- 
ee que chez tous les peuples , fart d© 
detruire les hommes a toujours ete le 
premier perfeftiorine. lis travailloient 
les metaux , jouoient de quelques 
inftrumens , batiflbient de' petits na- 
vires , fabriquoi^nt quelques ctoffes : 
tout cela a rapport a la guerre ou aux 
befoins immediats de Thumanice. 

Mais ces connoiflances elevees qui 
diftinguent un fiecle barbare d'un fie- 
cle police. Tart d'embellir la nature 
par de$ ornemens fimples qui la pa- 

Liij 



^4^ His TO r UK 

rent fans la d^figurer , I'ufage delicat 
des bienfeances , dc la peinture des 
paffions telles que les nommes le$ 
reflentent, fans enflure & fans bafleffe, 
etoienc des chofes abfolument incon* 
nues aux.contemporains d'Homere* 
Ce qu'on en trouve dans fes ouvra- 
ges , il ne Ta du qu'a fes reflexions ; 
malgre Pair de groffierete que nous 
trouvons a fes heros , je ne doute pas 
qu'ils n'ayent perdu beaucoup ie leur 
rudelle en paflant par fes mains. 11 
adoucit la cruaute d'Achille , il re* 
leve fon courage. II infpire de la pi* 
tie pour Hedlor fans rendre fon meur« 
trier trop odieux. On s'attcndric pour 
les Troyens ; Priam, Hccube, An- 
dromaque arrachenc tour a tour U 
compaflion. Pour menager avec tan( 
d'art ces differents mouvemens , pour 
les balancer Tun pat I'autre avec tant 
de precifion , il ne falloit pas un et 
prit mediocre. 

Audi les gens de godt ont dans 
tous les terns rendu a ce grand Poete 
un6 juftice imparciale. Le babil long 
& quelquefois impoli de Neflor , le$ 
repetitions ennuyeufes^ la foiblefle de 
rOdyflee n*ont point empcche de 



BIT siictt d'Alexan»re. 147 
^Tentir les beautcs done Tlliade eft 
pleine. Le refppft idolatre & ridi- 
cule de Madame Dacier n'a pas non 
plus perfuade que tout iut exaft fit 
divin dans ces deux ouvrages. Ho- 
mere pour fon fiecle etoit.un pro- 
^igei & il fera toujours yn grand 
homme pour les autres* 

Au refte il ne faut pas croire qu'il 
ait jamais penfe aux regies que les 
Commentateurs ont (i laborieufe- 
ment trouvccs dans fes Poemes. A les 
entendre il n'y pas un vers qui ne 
renferme des bcautes , pas un moc 
qui n*ait cte place avec la plus gran- 
de reflexion. Mais en travaillant , il 
Tie fongea fans dout« qu'a faire un 
ouvrage dont la lefture put plaire. II 
n'eut point d'autres regies que fon 
gout & fon genie. Comme Chrifto- 
phe Colomb en partant pour dccou- 
vrir TAmerique n'avoit surement pas 
fous les yeux le chemtn qu'il de- 
voit fuivre j il vouloit feulemenc 
trouve«*un pays oil perfonne n'eut 
encore ete , & dans fa route il fe 
laifia dinger par le hazard & par 
les circonitances. 



^4" H I s r o I R E 

Je ne doute pas qu'on ne put faire 
aujourd'hui un Po^nje Epique en ne 
fuivant aucune des regies qu'on dit 
qu'Homere a obfervees. Ce feroit 
peut-etre meme le fcul moyen de 
icuffir , & le Paradis perdu en eft 
unepreuye. Mais peut-etre faudroit-il 
pour cela plus de genie encore qu'Ho- 
xnere n'en a eu. 11 n'avoit du moins 
qu'a creer fes idees. Son efprit par- 
faitemenc libre n ayant d'autre mo- 
dele que la nature , etoit mairre de 
la reprefenter telle quil la voyoit. 
Mais nous , en cherchant a etendrc 
i\os pen fees , nous aurions encore a 
cviter celles des autres. Comme des 
la plus tendre jeunefTe Teducation ne 
confifte que dans Thabicude d'iniiter^ 
Teffirit fe trouve , pour ainfi dire , 
plie fans s'en appercevoir a fuivre 
une allure ecrangere. Cette con train- 
ee influe dans la fuite fur routes fes 
operations , & il lui ef\ prefque im- 
poflible de parvenir jamais a fe re- 
drefTer parfajtement. •^ 

Pour achever ce qui regarde Ho- 
mere , il eft bon de remarquer encore 
qu'on a iqjnore de tout terns le lieu 
de la xiaillance & de la more de cec 



DU SIECLE 0*AlEXANDRE. I49 

homme celebre. Sept villas fe font 
difputc rhonneur de Tavoir produic ; 
mais tout ce qu*on f9aic de fa vie , 
c'cft qu'elle a etc fort malheureufe. 
Son fort eft pour les Poetes une le- 
^on dont la fuite des fiAcles n'a que 
trop fourni d'exemples. 11 prouve 
*quq|les grands genies ne doivent ef- 
pcrer ni Ae grands biens , ni un repos 
tranquille.. lis n'ont guere a atcendre 
de la fociece que Toubli ou le me- 
pris pendant leur vie ^ & apres leur 
mort des honneurs rardifs & fouvenc 
incer tains. 

Apres la mort d^Homere perfon- 
ne n^entretint le feu qu'il avoit al- 
lume. Quelques fages , dit-on , mi- 
rent en vers dcs maximes de Philo- 
fophie ; mais leurs vers n'empeche- 
rei\t point que la poefre ne fut ou- 
bliee & meconnue par - tout. II eft 
vrai que dans un coin de la Sicile , 
Pindare fit des odes dont prefque 
tout le merice eft perdu pour nous. 
Sapho avoit donne meilleure idee de 
fes talens que de Ces moeurs , par 
quelques compofitions paffionnees oh 
elle peignoir avec tranfport Tamour 

L Y 



Su'elle reffentoit avec fufcur. L'lvreflf 
'Anacr^on avoic produit quelque^ 
chanfons qui lui ont fait plus de re- 
putation que de grands ouvrages* 
Mais ces petites pieces ignorees de 
la multitude , & connues feulement 
de quelques riches qui pouvoient 1^ 
faire copier , n'avoient ni perfeftioa- 
ne le gout , ni porte {^ien Iqjn la gloi- 
re de leurs Auteurs. La veritable re- 
furredion de la pocfie , Tinilant oil 
,elle reparut plus belle & plus admi- 
rable que Jamais , fut celui ou So* 
phocle & Euripide Tintroduifirent fur 
le theatre d'Athenes. Alors elle 
jouit d'un avantage qu'on avoit juf* 
ques - la eru referve a Teloquence , 
elle maitrifa les efprits : en ranimanc 
les ombres de ces anciens heros que 
la Grece reveroit , elle arrachoit de^ 
larmes pour des infortunes prefque 
oubliees Sc fouvent chimeriques. 

II paroit que les cenfures & les 
critiques qu'on a faices de ces grandj 
hommesont ete outrees^commecelles 
d*Homere. On les a trop loues on 
trop blames. II eft certain qu'a biea 
des egards its font dignes des plu; 
grands ^loges : mais il eft cercaia 



audi que chez cux Tare n'eft point 
^acore a fa perfedion. lis one rendu 
la nature avec une verice admira- 
ble' ; mais quelquefi>l$ cette imita- 
tion pour etre trop fiddle devienc 
degoutante. On eft choque dans Al^ 
ceue d'entendre un fils dire des in- 
jures a fon pere , & ce pere prefque , 
decrepit debiter fur Tamour de la vie 
les maximes les plus bafles & les 
plus ignobles. On eft furpris devoir 
dans la Phedre d'Euripide une fatyre 
longue & indecente concre les fern- 
mes , & de retrouver dans toutes fe$ 
pieces le meme acharnement contre 
un fexe done les agremens doivenc 
faire oublier les defauts. 

Ariftophane qui dans le meme^ 
terns fe couvroit de gloire par des 
fiityres fanglantes qu'il appelloit Co- 
medies ^ merite de bien plus grands 
reproches. Outre les perfonalites o- 
dieufes dont il eft rempli , il fe livroit 
a des licences qui ne4bnt pas fup- 
portables. Ce qui feroit parmi nous 
rougir la debauche la plus outree/ 
cftrornemenc de fes pieces. On ne 
Cipn; pip pas coounenc il ofoit hafar-, 

liVJ 



1$^! H I S T O I R E 

der de pareils exces , ni comment les 
fpedaceurs pouvoient les fouffrir.' En 
general ce qui manque le plus aux 
ccrivains de I'Antiquite c'eft le gout 
& le refpe£t pour la bienfeance. Les • 
Hifloriens font pleins de digreffions 
dcplacees. Les Orateurs fe permec- 
toient des groffieretes revohantes. 
Les poetes offrent des images obfce- 
nes , exprimces avec obfcenite : ce 
font moins les chofes qui revoltent 
que la fa9on de les prefenter ; mais 
le voile qui peut les rendre agreables 
rfetoit pas encore connu. 

Cependant ces tacbes peuvent un peu 
deparer a nos yeux , les beautes done 
bfillent d'ailleurs tous^ces ouvrages, 
mais non pas les ternir entierement. 
11 paroit que les beautes feu les fai- 
foient impreflion fur les Atheniens. 
Leur gout pour les fpedacles dra- 
matiques etoit une fureur. La feule 
reprefentation d'une Tragcdie leur 
couta , dit on J plus que toute la du- 
ree d'une guerre longue & fanglante. 
Si cela eft vrai , il eft clair qu'ils de^ 
voient etFC pres de leur ruine/ 

* II faut obferver une couc)ime,qui 



DU siicLE d*Alexandre. 15) 
devoit foutenir le courage des Au- 
teurs , &leur ^pargnoit au moins bien 
des aflfrontsqu'ils ne devroient pas cf- 
fuyer. Quand ils vouloienc donner 
leurs ouvrages a la reprefentation , 
ils n etoient juges nij)ar des femme$ 
couvertes de rouge , accoutumees a 
faire pfus d'accueil a Targent qu'au 
merite , ni par des hommes livres au 
mepris public. 

Ce n*etoient ni Thais , ni Phrine 
qui decidoient fur le merite d'Oe- 
dipe ou d'Alcefte. Les premiers Ma- 
giftrats de la Republique prenoient 
eux-memes la peine d'examiner les pie- 
ces : ils marquoient celles qui leur pa- 
roilToient les meilleures. On les jouoit 
enfuite , mais fans appareil devant le 
peuple , afin qu'il en choisit lui- 
meme une qui etoit reprefentee 
avec toute la pompe , route la fomp- 
tuofite dont elles etoient fufceptibles : 
ainfi les Auteurs n'etoient point 
avilis. Efchile ou Menandre n'avoienc 
point a briguer la proteftion d^^un 
Comedien important, lis ne rece* 
voient dumoins leur gloire ou leur 



condamnation que du peapk etiticc 
pour qui ils avoieac travaiUc(i). 
Les reprefencactoo^ fe dponoleat 



(t) Qiielqu'un qui lira cc<i , croira peat* 
^^ Que c'eft le fruit d'un refl^ntimeni per^ 
ftimcL 11 me foup^ooaera d'etre ^ siombr^ 
^e ces Auteuis infbrtunds , <pi ayant cBaji 
Act jufies refes d«s Comediens , chercheoc i. 
s'en venger en les rendanc odieux. On fe 
trompcra £ on le crpit, Je n'ai jamais eu ni 
le gcuic , ni la yolont^ de travailler {k>uc U 
tlieltre : jc fuis admiraceur zel^ du petit npin- 
bre de talens qui I'embelUfTeQt ; mais le ha- 
zard m'a rendu quelquefois t^moin de i'hu- 
ijiiliation trop necemt^e des Auteurs , & de 
Torgueil trop infoient des Adeurs. J'avoue que 
fi j'avois eu qqelque talent pour ce genre » 
nn tel fpeiElacle auroit fuffi. pour IVteindre. Cet 
ebusmeriteroit , ce femble , quelque attention* 
Je ne voudrois pas qu'on ot4t aux Com^ 
diens le droit de recevoir les pieces qu*ils 
doivent JQuer^ quoiqu'ils Tezercent aflezmaL, 
On fqf oit fort embarrafl^ peut-^tre pour trou- 



per a qui le donncr ; mais on pourroit du- 
moins leur impofer Tobligation d*^tre mo- 
deftes. On poufroit leur faire fentir qu'ii ne 
Jeur convient pas d'etre fats vis4-vis ceux qui 
les font vivre , & qu'un manceuvre eft bumble 
aupr^s d'un ArchiteAe. 



IB mud air dans ies hkitnm$ vaftp^ , 
dwines ^ cet ufiige* Cetoic la fur^. 
tout que paroiflbfent h magnificence, 
la fuperiorite de5 ancles, Kien d^ fi 
fuperbe que Us Edifices qu'ils conf^ 
ttuifpient pour jouer 1^5 pieces de 
kur^graadj Auteur9. lUn'evoquoient; 
point Tombre de Xerxes dans un 
Jfetit efpace de quin?e pieds en quarre,^ 
oxne par de vieilles decorations de 
toile , mal peintes & mal eclairees-s 
Les theatres etoient des monumens 
fomptueux , qui reprcfentpient des 
palais fans le fecours d'un Dccora^- 
teur mal-adroit ^ ou d'une imagina^ 
tion docile. On ne faifoit paroitre ui 
les Rois dans de petites antichambres 
refferries , dont la feule vue detruit; 
tQute idee de grandeur & de ma- 
jefte.j ni les particuliers dans des 
falles inunenfes ouvertes de toute 
part. La fcene etoit noble & vafte 
pour les Tragedies. Dans la Come- 
die on fj;:avoit la dinunuer pour aider 
a la vraifemblance. 

Tout le peuple y etoit admis. h% 
prodigieufe etendue des Amphithea-i 
tres ou fe pla$:oienc le^ fpe^a^eurs ^ 



1$6 H I STO I R E 

cmpechoit que perfonne f&t exclur.* 
.Dans la Grece dumoins , il n'etoit 
pas neceflaire d'avoir beaucoup d'ar- 
gcnt a depenfer pour juger aes ou- 
vrages d'efprit. rour les entendre re- 
citer , on n'etoit pas non .plus obli- 
ge de fe renfermer comme nous dans 
de petites falles obfcures , qui n'oy 
de remarquable que quelques dpru- 
res de mauvais gout j avec lefquelles 
on s'efforce de mafquer leur diffbr* 
mite. Pourjouirdes ralens d'un bon 
Adeur , il ne falloit pas fe condam- 
fier a refpirer pendant quaere heures 
un air infeil. Le plaifir d'ecouter de 
beaux vers n'entrainoit pas une gene 
incommode , dont la beaute meme 
des vers ne f^auroit dedommager. 

Comme cependant il y a en tout 
une efpece de compenfation,4es a- 
gremens que les Grecs avoienc de 
plus que nous , eroienc bien diminucs 
par la privation de plufieurs autres 
agremens quails n*avoient pas.D^abord 
tous les Afteurs jouoient mafques. 
Cela feul devoit bien aflbiblir la beau- 
te de leur jeu. On y perdoit abfo- 
lument ces nuances imperceptiblcs 



DU SIECLE d'AlEXANDRE. l^J 

qu'^un Afteur intelligent f^ait fi bien 
faire valoir , cette expreffion animec 
qui fe peint fur le vifage , qui fou^ 
vent prcvient la parole & la rend 
inutile, ces coups d'ceils , ces fouri- 
res , ces traits de fierte , de dedain , 
de pendreflTe , qui nous 'affeilenc plus 
proniptement j plus agriablement 
meme que les mots les plus har- 
monieux. 

Les mafques , dit - on , reprefen- 
toient d'un cote la joie, & de Tautrela 
douleur. L'art du Comedien ctoit de 
fe tourner*.a propos , de fe montrer 
dans un jour favorable. Cette id(6e 
parol t ridicule. Elle exclut abfol^u- 
nient toute la decence , la dignite 
qui font infeparables de la tragedie. 
Alors le meilleur Comedien auroit 
ete le plus agile ; pour*bien jouer 
une piece , il n'auroit fallu qu'e- 
,tre en etat de pirouetter prompte- 
ment. D'ailleurs la piece auroit tou- 
jours ete jouee a contre-fens pour, 
la moitie de Tafliemblee. Car Tat- 
teur ne pouvant montrer le cote 
riant aux uns , fans lailTer voir le 
cote triile aux autjces j il elt clair 



ft58 HisToinK 

qu'une partie des fpeftaceurs auroit 
coujours vu foil vifage en oppoii* 
tion avec fes paroles. 11 eft bien 




jeu y mais que 
des theatres te rendoit necefllaire. La 
finefle , la delicatefle des traits a vi^ 
fage decouvert , fe feroit perdue dans 
reloignemcnt. 

La meme raifon avec la nipceflite 
d'cmployer des voix fortes qui fe 
iiflent entendre au loin , jointe a la 
retraiteou vivoient les feriimes, avoit 
fans doute empeche qu'on ne les 
rejut pour jouer les tragedies. Oe- 
toient des hommes qui faifoient leurs 
perfonnages. On a conferve les noms 
des Adeurs qui jouoient les Reines & 
les Princeflfes. Cela n'etoit pas plus 
^tonnant que de voir dans les ope- 
ras Italiens des hommes a voix claire, 
jouer Cyrus ou Alexandre , & d^en- 
tendre ces chanteurs qui devroienc 
rougir au feul nom de I'amour , fe 
plaindre en fredonnant des tourmens 
que leur caufe une flamme arnou* 
reuie. Aifutemeni Arbace chantant 



T>tT SI ECU D^AlSXAKDRX. 2$p 

en fajiflet un fecond deflits , n'eft 
pas moins ridicule que pouvoient 
Tetre Hccube, Hermione, parlant 
d'un ton male avec une yoix robufte 
qui dementoit leur fexe. 

Ce n'eft done pas la^deilus qu'il 
fauc faire le proces aux Grecs : mais il 
fauc les plaindre de n'avoir pas connu 
combien pouvoient etre utiles dans 
des fpeAacles deftines a developper 
les paflions les plus tendres , ces 
coeurs fenfibles oil la nature fe plait 
a faire triompher la delicatefle & le 
fentiment. Un Athenien qu'on tranf- 
. porteroic aujourd'hui fur nes thea«< 
tres , feroit d'abord bien eloign^ d'en 
deviner Tufage. 11 n'imagineroit 
point que ce fut dans de parcilles 
prifons qu'on reprefcnteroit des oui- 
vragcs que toute la nation admire. 
Mais de quel tranfport il feroit *^i^ 
netrc , s'il voyoit une de nos bonnes 
pieces jouee par cet Aftrice inimi- 
table y qui avec une figure bien plus 
tfit^reflante 9 nous a renda tons les 
talens de la celcbre le Couvreut / 
Ce feroit furtout le jeu de Made- 
noifeUo Quiron qui lui feroit fear 



x6o H I S T O I R E 

tir combien le mafque, deroboir de 
plaifirs a fes contemporains. 11 com- 
prendroit qu'en banniflant les fem- 
mes de leur theatre ,- ils s'etoient 
prives d'un des plus grands effets que 
le thedtre puifle produire: 

Ces femmes qui n'y pouvoient 
monter comme Aftrices , n'y pa- 
roi(roient pas non plus comme juges. 
C'eft encore une difference bien re- 
xnarquable des fpedacles de la Grece 
& des notres. La reprefentation 
d'une piece nouvelle, n'etoit point 
pour toutes les jolies femmes, un 
jour d'appareil oil elles etoierit fures 
• de faire admirer leurs attraits. So- 
phocle ft'avoit pome la gloire de 
faire courir en foule tout ce qu'A- 
thenes renfermoit de beautes. Le 
fucces de fa piece ne lui etoit point 
corifirme par ces bouchescharmantes^ 
dont il eft fi doux de s'entendre 
louer. 

Ce fexe fedudeur que nous ado- 
rons meme dans les caprices qu*il fe 
permet quelque/ois , ne decidoit point 
en maitre fur les produ<^ions dra- 
matiques. Les femmes cachee^ dans 



DU SIBCLB d'Aiexa!^dre. jtSr 
un endroicobfcur deftine pour elles, 
fouiflbient du fpedade & ne Tem^ 
belliffbienc pas. Ceux mfimes qui 
par leur nature exigeoient la nudite 
des combattans , leur etoient abfo- 
Jument intetdits. Cecte fage Tece- 
nue obfervee dans tout le refle de 
la Grece , etoit une critique bien de- 
cidee des loix de Sparte , qui per- 
mettoient aux femmesj comme 6n 
Ta vu , de fe produite nues dans les 
aflemblees, &;dV combat tre contre 
des hommes nuds. 

De leur abfence dans les jeux pu* 
blics, yiei?.t,'a ce que croyent bien 
. des gens , la groffierete qu*on re- 
trouve dans les draraes des anciens. 
Uniquement occupes du foin deplaire 
aux hommes , peu curieux des fuf- 
frages du fexe qui cherit le plus les 
apparences de la pudeur & de la 
bienfeance, lis fongeoient bien plus 
a rendre leurs penfees avec ener- 
gie , qu'a les exprimer avec delica- 
tefle. Ceft ainfi que le caradere dif- 
tinftif d'une langue , ou meme de 
tout un peuple , tient fouvent a des 
circonftahces qui font a peine feii- 
fibles. 



%6l H I 5 T O I & « 

CHAPITRE XXIL 

Ve PArchiteSure J de la S culture i 
de U Feinture. 

AFres la neceffite de recablir lenrt 
forces par Tufage des alimens, 
un des premii^s befoins que la foi- 
blefie des hommes leur ait faic eprott- 
ver y c'eft celui de s'ailiifer des re- 
craices centre les intemperies de 
i'air I ou contre les infultes des betes 
feroces : voila ce qui a donn^ lieu 
a rarchitedure. Elle etoit d'abord , 
comme on le penfe bieii^ auiSgroi^ 
fiere que les mains qui Pemployoient. 
Ses premiers eflais furent des cabanes 
de branchages , ou des trous creuf(fs 
dans les rochers. Mais eiie fe po- 
lit avec le terns , & c*eft lin'des 
arts oil les anciens no«s ont laifle le 
moins a perfeAionner. Les premiers 
qui s'y diftinguerent furent les Egyp- 
tiens. lis fe bornoient a charger Ans 
intelligence la furface de la terre 



BV SIECU d'AxBXANDRC. Jft^^ 

des pierres qu'ils arrachoienc de foa 
feitit Ne fachant pas faire de voA^ 
tes » ils mulciplioient par necdfice 
lescolonnes dans leurs batiinens^ Sq 
ces eolonnes madives , fans proper* 
tion 9 fans agremens , devoient etre 
un embarras plutoc qu'une beauce. 
Les obelifqaes qui font fans contre- 
die les plus beaux de leurs monu- 
mens » font dus a la nature autant 
qu'a rhabilete des ouvriers. Les ro* 
ches de Granite qu*on j enGtployoit ^ 
xi'etant point comme les autres pierres^ 
difpofees par bancs minces & plats^ 
mais ayant au contraire une grande 
epaiflfeur^ la durete du grain , la 
cohefion des parties leur permet* 
tant de fe foutenir fans fe rompre 
fur une tres-grandeportee, il a ^te 
facile de taillec a force de bras ces 
mafles enormes , qui font lefrui% 
de la patience bien plus que da 
genie* 

On pourrolt aifement les imiter 
?n France , fi Ton avoit du tems & 
des hommes a y employer. Dans le 
Lyonnois , dans le Dauphine , pref« 
que tout le cours du Khone eii 



A^4 HlSTOIR*E 

plein de granite , qui fans avoir la 
nneffe du' granite d'Egypte , en a 
les autres proprietes. Mais il n'y a 
pas d'apparence qu'on foit tente 
d'en faire le meme .ufage. Pour ele- 
Ver les anciens obelifques il .n'en 
coutoit que des oignons. Les m&* 
dernes couteroient plus cher. La ve- 
ritable gloire des Egyptiens i cet 
egard eft d'avoir etc les maitres des 
Grecs. Mais les difciples furpafferent 
bien-tot leurs maitres. lis donnerent 
de I'elegance a ce qui n'avoit eu juf- 

• que-la que de la groffierete. Les co- 
lonnes qui fur le bord du Nil n'e- 
toient qu'un fupport indifpenfable & 
incommode , derinrent entre les 
mains des Grecs', un des plus ri- 
ches ornemens de I'architefture. 11$ 
en decouvrirent & en fixerent les 
{proportions qui n'ont point change 
^epuis. Leur exemple en ce point 
a ete fuiyi pfar tous les grands ar- 
tiftes , & Ton a regarde comme des 
bar bares ceux qui s'en font ecartes. 

^ Prefque routes les parties de Tart 
con fervent encore les noms que les 
Grecs leur one donnes , & Ton peuc 

confiderer 



coofid^rer tous nos beaux edifices^ 
comme des efpeces de monumens 
cleve$ a Icurgloire. 

On a pretc^du queles invenceurt 
des differens ordres d'archicedure 
s etoienc propofe d'imiter les uns ler , 

Eroporcions du corps de l^homme^ 
^5 autres cellesdu corps de la femme. * 
. Mais c'eft ainfi qu'on a couvert de 
ridicule la naiilance de plufieurs arts , 
par des explications forcees. A-t-oa 
jamais pu penfer <iue la tete d'une 
jolie femme animee par le feu des 
yeux Sc la finefTe ^u fourire f aic 
donne Tidee d*un ehapiteau quarrc 
ou triangulaire ? peut-on croire que 
ia taiile tournee amincie par les 
graces ^ aic fourni le modele de ce 
r^nflement qu'on pracique dans h 
Qiilieu des colonnes ? 
^es premiers Aichitedes qui vou- 
lurent reformer leur art ne fonga*, 
r^t fans doute qu'a plaire aux yeux: 
& foic qu'un heureux genie leur en 
ait bien-tot indique les moyens, foit, 
CQmme il eft plus probable^ qu'un^ ^ 
patience laborieufe & des feflais rei* 
tescs les ait^oaduics d la perfediop^ 



^Ci HiSTOIRB 

ils comprirent qu'ils ne reuffiroient 
qu'en joignant Tclegance a la foli- 
dite. Ils bannirent ces piliers rebu- 
tans qui bleflbient la vue & occu- 
poient trop de terrein. Ils les rem- 
placerenc par des voures legeres , 
cintrces avec grace. Ils degroflirent 
les colonnes. lis Ics referverent fur- 
tout pour les dehors, ouleur nou- 
velle forme en faifoit un point d'ap- 
pui folide , fans nuire a ragrement 
du coup d'oeil. Ils eviterent furtout 
de Xzmtt voir trop a nud toute la 
force de leur art. Ils ne cherche- 
xent point a fufpendre en I'air des 
inafles cnormes qui paruflent n'a- 
voir aucun foutien ; car (i la belle ar- 
chitefture fe permet quelquefois des 
hardiefles , elle exclut rigoureufement 
routes les temerites imprudentes, ou 
ces colifichets gothiques qm en Q||t 
I'apparence. Enfin comme dans tout 9 
le vrai beau eft prefque toujours 
limple J les Grecs ont merite de 
devenir nos modeles en ce genre des 
qu'ils eurent trouve cctte noble fim- 
plicitequi les caraAerife. 

Quaod ils €urent expm|f6 les bar* 



DU siEciE d*Alexanje)RE. i6j 
bares , quand ils fe furenc enrichis 
des dcpduilles de ces efclaves'qui 
avoient cm les acfervir , ils eni- 
ployerent leurs nouveaux trefors i 
elever des monumens digne$ de 
leurs aftions. Pericles , un citoyen 
derenu fans danger pour fa pa trie 
grand general & grand magiftrat , 
s'attacha a developper dans Athenes 
des talens , qui faute de circonflances 
heureufes reftent fouvent dans Tobfeu- 
rite. 11 trouva un artifte nomme Phi* 
dias,qui reuniflbit comme Michel An- 
g^le merite d'un excellent fculpteur a 
•celui d'un grand archited:e. II remplit 
Athenes d'ouvrages admirables done 
quelques-uns fubfiflent encore. Ceft 
ce meme Phidias qui fut depuis 
exile par le peuple dont il avoit fi 
bien embelli la patrie. On fe fervit 
pour le perdre des ouvrages memes 
qui faifoient fa gloire. Cette in- 
gratitude n*eft point extraordinaire,. 
'& comme on aura encore occafion 
'de le remarquer, il eft rare qtte 
les grands talens n'ayent pas ete ex- 
pofes i de grandes infortunes. 

Mij 



jl6S Histoirh 

. Unc des revolutions trop fr^ 
quences dans le m^nde a mis ce qui 
lefle de ces monumens fous le pou- 
voir d'an peuple barbare qui les me* 
prife & les decruic. Quelques voy4- 
geurs curieux en one feulemenc con* 
ierve les de0eins. En dernier lieu 
on vienc d'en publier une coUe&ion 
confiderable , Ibus le cicre des ruincs 
de laGrece , qui fervira par la fuit;e 
aaugmenter nos regrets, & ceuxde 
la poller ite, 

Ce ne fur pas afTez pour les Grecs 
d'avoir f^u fe batir des temples ma- 
jefiueux & des maifons commode^, 
j1 falluc encore les decorer avec 
^oiit , & c'eft a quoi travaillerent U 
^peinture ^ la. fculpiure* Ces deux 
<arts font ordinairement les foutiens 
4vi premier : ils fleuriileut tou;oufs 
avec lui. On s'eft fatigue beaucoup 
a rechercher leur origine. On Ta ac- 
tribuee a lamour, & onne pouvoic 
guerQS leur donner une naiilance plus 
'honorable , ni. qui leur convint; da- 
.vantage. La fculpture paroit la plus 
ancieone* On parle dans les (ems 



les plus recules d'ouvrages travaill^S' 
aa cifeau. 11 fallut encore bien des 
ann^es avant que les hommes euQent 
htiagine de reprefenter avec de5 cou-* 
leurs , fur une furface polie , des ob* 
jets €n relief. La fculpture qui rend 
les chofes ave? les m^ifies dimefi-" 
fions & les memes contours que U 
nature , a du etre plus facile a in- 
venter , & le fut en effet la pre* 
ixiiere. 

Ceft auffi la feule dont il noui 
rede des monumens. On fjait avect 
<|uel refped on regarde en Italic & 
ftieme dans route TEurope c6s d6-* 
pouillts precieufes que la terre a 
longtems cachees* L'atreu de tou^ 
les fikles leur donne uhe foperio* 
rite que ri«n ne peut d^mentir. Ld 
i!i§lebre V^nus de M^dicis pafle en- 
core pour le chef-d'oeuvre de Tare 
qui Ta produite. Prefque routes 
les antiques echappees au terns ou 
a la barbarie , font plus' eftimees 
<|ue les ouvrages modernes. On ne 
j3eut foup9onner qu'il y ait de la 
prevention dans'ces jugemens; lis 
font confirm^s par m)s artiftes meme, 

Miij 



xyo HiSTOIRE 

qui feroienc les plus incereflesa les de-' 
truire. On a vu les plus grands mai- 
tres avouer avec ingenuit6 qu*ils 
n'approchoient de la perfedion qu'au- 
tanc qu'ils fe modeloient fur. les 
ouvrages des Grecs. Ainfi leur^loi- 
re en ce genre eft* au - deflus des 
critiques, rhidias , Praxitele , Ly- 
fyppe , Myron, & tant d'autres fous 
la main de qui Ty voire & les me- 
taux les plus intraitables prenoienc 
une forme (i gracieufe , feronc tou- 
jours admires & refpe^es. 

II n'en eil pas de meme tout a 
fait de la peinture. Le cems n'a lai(7<& 
fubnAef aucun tableau, aucun de 
ces grands ouvrages dont les ecri* 
yains nJ3nt pu nous donner qu'une 
idee imparfaite. Cependant d'apres 
ce qu'ils flous en rapportent , on. 
pent croire avec fondement que c'e-. 
toient des chefs - d xBUvres de com- 
pofition.; Si les arciftes mettoient 
autaht de chaleur dans rexecucion 
qu'on en trouve dans Tinvention de 
quelques morceaux que Pline& d'au- 
tres Auteurs nous ont decries, c'eft 
yn moxnenc t)iea funeftepour la gloire 



i>u siicLE d' Alexandre. :^yi 
dc Tart, que celui ou tant de beau- 
tes ont perl. Nous en fommes a 
cet egard abfolument reduits a des 
conjectures &, a des r^rets. Le^s 
noms feuls de ceux qui les occa- 
Honnent , nous font parvenus. Par- 
rafius , Zeuxis , Apelle font encore 
fameux. Les deux premiers jouirent 
dans la Grece du fort^ des re- 
compenfes les plus briliaSPs.Le xroi- 
fieme les,eflra9a , ou par fon merite , 
ou par la grandeur du Prince a qui 
il ccMicra ks cravaux. 

OiH^ait combien Alexandre avoit 
d'eftime & d'amitie pour lui. II etoic 
fi prevenu en faveur des talens de 
ce peintre , & fi jaloux de fa pro- 
pre gloire , qu'il ne permettoit , 
dit-on , qu'au feul Apelle de tirer 
fon portrait. Ceft aflez Tordinaire 
des grands Princes de faire cas des 
grands artiftes. Le Titien fut ac* 
• cueilli par Charles-Quint : Leonard 
de Vinci par Franjois I. Le Brun 
& une infinite d'autres par Louis XIV. 
Les Rois dignes de rimmortalite ^ 
encoura|;ent les arts qui la donnent* 

Miv 



*7i His tor It K 

On ne peignoit alors qu'a fi'efqiie 
ou en detrempe. Le fecret de fixer 
& d'animer Jes couleurs' par le fe- 
cours de Itiuile , eft comme on f^aic 
une invention nouvelle. Elle afliire 
probablement a nos chefs- d'oeuvrer 
line duree que ne pouvoient avoir 
ccux des anciens. L'invcntion encore 
plus nouwUe de rranfporcer les cou* 
leurs , fa^Res alterer , fur une autre 
toile, cAfin pr^fervatif de plus cen- 
tre les ravages du terns. £n&ya gra- 
yure qui copie (i fidelemenS^def- 
iein 6c Tordonnance des tableaux, 
icra pour la ppfterite une reflbttrce 
qui I'aid^ra toujours a juger des pro- 
gres ou de la decadence de la pern- 
ture jufqu'i elle, 

Avant que de finir cet article , fe 
ne puis m'empecher de faire fentir 
trois meprifes aflez importantes ou 
eft tombe un Auteur tres-refpefta- 
ble, en parlant de la peinture d^$ 
anciens. Elles font dans un livre 
qui fe trouve cntre les mains de tout 
le monde , & furtout dans celles de 
la jeunefte. Ctft une raifoa de plus 



©U SifctE d'AwxANDRE. 17J 

«[e les relever , fans manquer aax 
tgards que doit tout homme de moa 
age aux talens & a la reputacidn^e 
rilluftre M Rollin. 

i^ II ^fliire d'apr^s Plinc (a) 
qu'Apelle & tous les Peintres deSpn 
terns n'employoient que quatre cou- 
leurs , le blanc , le jaune , ie rouge 
& ie noir ; qu'ils.n'avoient ni le bleu 
qui reprifente le del , ni le verd qui 
habille fi agr&blemenc la terre. Cela 
n'eft pas tout*a-faic dans Pline. U 
dit (implement que ce$ grands Fein- 
nes ne fe fervoient dans leurs ou- 
vrages immorcels que de quatre cou- 
leurs ; mais il n'exclud pas ; ce me 
femble , les couleurs intermediairet 
& nuanceesqui refultentdu melange 
des quaere premieres. II falloit biea 
quails eomtuflfent les degradations & 
les telntes : fans cela leurs tableaux 
n'auroient ite que des compofiis de - 
mafles plaqu^es gtoffieremeac • com- 
me font les peintures Chinoiies qui 
nous pafvietinent. Chaque coup de 



[«1 Hiftoire Ancie&ae torn. xi. 

My. 



174 HlSTOIRfi r 

pinceauauroic produicdes teintes tfatt-^ 
cfaantesyqui n'etantni fondues ni nuan^ 
ceesyn'auroient jamais pu faire un tout 
fupportable , ni figurer aux yeux* 
la moindre reflemblance. L'affoiblif- 
feisent de& ceinces eft la bafe de Idc- 
peincure. II falloic abfolumenc que 
les grands Peintres Grecs remployaf* 
fent, & des qu'ils le connoiflbient ^ 
la combinaifon des couleurs ^ & la 
variete qu'eile produit n'avoit pas pu' 
leur echapper.D-ailleurs ils peignoient 
des fleursj un Peintre difpiicoit a 
fa maitrefle la gloire de rendre avccr 
plus de verit^ les guirlandes qu'elle- 
OMnpofoit avec des fleurs naturelles. 
lleft clair quedu jaunc, du blanc , 
du rouge & du' noir feuls & fans me- 
lange ne rendront jamais le vif incar- 
nat de la rofe , ni le coloris tendre. 
& lachete de roeillet. Ainfi quoique 
les anciens n'euflent que quatre cou- 
leurs primitives > ils pouvoient com- 
me nous , en compofer une infi- 
nite. On ne fjatiroit en conclure 
qu'ils fuflenc hors d'etat de repre- 
fehter au naturelFazur du cict, Sch 



DU SIECIE p'ArEXAN0RB.^75 

belle verdure qui nous charme dans 
les prairies. 

2.O. M. Rollin , encore d'apres Pli- 
ne , raconte que Protogene (i^ vou- 
lant peindre un chafleur & fon chien , 
s'accacha long-terns a rendre avec ve- 
rite Tecume du chien ; que n*en pou- 
vant venirabout, il jetta de dfepit 
Teponffe fur Touvrage : par un ha- 
zard nngulier Teponge fit ce quelle 
pin^eau n'avolt pu faire j & mit a la 
gueule du chien la plus belle ecume 
du monde. Le tableau pouvoir etre 

farfait d'ailleurs , mais il falloit que 
'rotogene eut deflein d'y peindre lin 
chien d'imagination. Les vrais chiens, 
ceux que la nature produit , n'edi- 
ment ni he fuent jamais. Apres des 
mouvemens violens , ils rendent par 
la gueule une efpece d^humeur tTes-^ 
claire qui coule goute a goute , p'eft 
de la falive qui n'a pas la moin- 
•dre reflfemblance avec Tecume : tout 
le monde peut le remarquer, & il 
eft etonnant que Pline Tait oublie. 



(i) Hidoite Ancieaae tome xi. 
Mvj 




rj^ HrsTOik« 
|o. Enfin , M. RoUin affiire que c'eft 
a Apelle qu'eft due rinvention du 
profil (a) , qu'il ne s'en fervit meme 

3ue pour cacher dans le ponrait 
'un rrince borgne , la difformit^ qui 
le chagiinoit. Je ne fjais fi cecte ma- 
niere de faire penfer a un defaut en 
paroiflant le deguifer , devoit ^tre 
bien du goiit de ce Prince : maisil 
efl certain que nous ^ons des M^- 
dailies bien ancerieures a Apelle , (2) 
oil toutes les tetes font vues de profil; 
ainfi ce Peintre n'en eft pas Tinven- 
tieur. 



(i) HiftoireAxicicnnetoiiiexi. 

(i) Entre autres edict ixx Cabinet dc Zie» 
IBeaevkTci Paris. 



T 



CHAPITRE XXIII^ 

De la Mufique j de tHifioire. 

EN imitant avec des couleurs t6ti^ 
ces les produdions de la natuxcy 
en dotmanc au marbre le plus dur de 
la xnole^ , & de la flexibiUte f en 
clevanc a grands frais des ^ifices ma- 
gnifiques, les Grecs ne cravailloienc 
^oe pour le plaifir de leurs yeux. U 
tft encore un autre fens plus-d^licac 
peuc-etre, k qui tranfmet a I'ame 
avec plus de force & de promptitude 
les imprefi](ms dont il eft affede : 
c^^ celui de Touie. Cetoit pour le 
flatter que ces peuples ingenirax a^ 
Voient invent^ la Mufique. 

Cet art ^toit cbez eux dans la plus 
haute eflime. II etoit cc^nme parmi' 
nous I'expreilion de la joie ^ & Tame 
des plailirs. Dans la guerre il fervoic 
a reveiiler le courage des foldats : an 
Theatre les inllrumens accompa- 
gnoient les Adeurs. Une panie de 



la belle education ecoic meme de 
f^avoir en toucher avec elegance, 11 
n'etoic pas permis a un galant horn- 
me de refufer de jouer de la llute, on 
d'une efpece de guitarre alors en 
ufage. Le faineux Themiftocle fue 
accufe de grolfieretc , pour s'en etre 
difpenfe a la fin d'un repas. Un Afi- 
teur (i) ancien a meme cvt que la 
Mufiqye valoit mieux que toutes les 
loix pour entretenif la paix dans les 
Etats. II cite des peuples qui ne s'e- 
toienc polices qu'a ,mefure au'ils y 
avoient fait des progres , 8^ a autres 
qui pour Tavoir meprifee etoient ref- 
tes lauvages & barbares. 

II eft facheux pour nous de nV 
voir pu conferver aucune notion d'une 
fcience fi cultiveeyfi repandue. |&es 
plus fjavantes recherches n'ont point 
jette de liimiere fur cet article : il ne 
nous en eft refte que des fables peu 
propres a Teclaircir. Ses Inventeurs 
lurent rccompenfes par des honneurs 
divinis. On regarda comme des Dieux 



(i) Polibe, 



ceux qui imaginerent les premiers 
djaflujetir les elans de la voix a une 
cadence agreable , & de tirer des fons 
ha^monieux d-une corde de metal on 
decrin tendue egalement. Les hom- 
mes grofliers , mais fenfibles , ne cru- 
rent pas potivoir marquer crop de re^ 
connoiflance a ceux qui leur prociH 
roient de nouveaux plaifirs. La Poe-i> 
fie intereflce a la gloire de cet art 
qui Tembdliflbit , lui prodigua les 
plus grands eloges. £lle aflfura que 
ces premiers chanceurs accendriilbient 
par la douceur de leurs voix les be- 
tes les plus feroces : ils fe faifoienc 
fuivre par les arbres , les rochers : 
ils comniandoienc a route la nature 
imue , & domptant les objets inani- 
mes , un d*entr'eux voyoit au fon de 
fa lire les pjerres accourir en foule , 
pour clever les murs d'une ville cc- 
lebre. 

D'autres chant eurs moins fabu- 
leux , ce femble , ont fait des chofes 
prefque aufli incroyables. Ils faifoient 
eprouver aux hommes routes les pat, 
fions qu'ils exprimoient. En jouant 
un air ils rendoient Alexandre fu« 



%%6 HUtOfKl 

tieax J tfu point de frapper fts pf<^ 
ptts gftrdes : en chaDcant fur un au^ 
ttt ton f lis caimoient tout un pett<» 
pie pr6c a fe revalcer. lis 6toient 
ni^me les foutiens incorruptibles dt 
!& tertu des femmes. Agamemtiofi 
en parunt pour Troye laiflfa aupr4s 
de Clicemneftre un Miificien habito 
doftt rinf!rument devoir Stre pout 
elle une resource contre i'ennui du 
teu^fage. Pour parvenif k lui faire 
iccepcer d'autres confolations , £gi(b 
flit oblig6 d*eloigner la Mufique en 
fuant le Muficien. La ndtre a perdtf 
cette heureufe prerogative* No$ vi^ 
Ibnj d'opera feduifent plus de fern- 
fnes qu*ils n'en defendent. De tous 
le$ anciens fecrets que notre fiecle a 
perdus, c'eft un de ceux qui merite 
k plus d'etre regrete. 
(je ne font la fans doute que des em- 
blemes, des allegories que perfonne, 
excepte les Commentateurs , n'a ja- 
mais pu prendre a la lettre. Cepen- 
dant en rabattant de ces expreffions 
outrees ce qu'elles om d*exceffif , en 
fes reduifant a leur jufte valeur , peut- 
itre ne feroic ^ il pas impoflible de 



DU siicu b'Alexanbrc. itl 
i^ndre probable une partie de ces 
grands eflets qu'on attribue a la mu- 
hque des Grecs. Peut-etre pourrdic- 
^n faire comprendre pourquoi elle 
•produifoic de fi forres impreffions* 

Ce qui fefulce des diflertationt les 
:pius profondes ,c*ellqu'elle ^toit peu 
igayante , peu compiiquee. Elte avoir 
4des modulations diflfefentes pour eat* 
primer les diff^rentes paflions, C^ 
toit fur-touc i, les bien rendre que 
les muiiciens s'attachoient. N'ayant 
fii une v$xi6t6 bien nombreufe d'inC- 
^nimens , ni I'adrefle de faire mat- 
cher enfemble & d'unir plufieurs fons 
tous oppofifs , tls ne pouvoient of^ 
/fir k t'oreiUe qu'une melodie fim* 

|)le f toujours atcefttive a cara£lerifer 
e fentimenc qu'elle avoir k peindre ; 
mais en QX^me-cems nue Ac depouih 
1^ de tous les ornemens dont tious 
la furcfaargecms. Ne feroit-ce pas cette 
£mplicite , cecte nudic^ meme qui 
liii donnoic rant de charmes ? 

Je fuis trisw?l()ign€ de vouloir danr 
ct fvkle poll m'atcirer des injures de 
la part de tous les ahiaceurs. Je ref- 
peae tear go^t pour VhQ,ttAOQk 



t 



a^i HiSTOlJRB - 

bruyante , pour les accords varie», 
pour ces Quatuor cumulcueux ou les 
cris per(:ans font ce qu'on diflingue 
le plus. Je ferois bien fUche de m'aD- 
tirer la haine de tous les orqueftres 
& de leurs partifans. Je me demande 
feulemenc a moi*meme ce que c*eft 
que la mufique , 6c quel eft VeSst 
qu'on en attend* Ceft fans doute Fart 
dereprefenter la nature avecdesfons 
comme la peinture le faic avec des 
couleurs. Son effet doit etre de flatter 
Toreille , de divelopper infenfible-* 
ment dans les coeurs des pauions dott<- 
ces, dy exciter les plus vives avec 
rapid ite , ou d'y porter par iin char- 
xne fecret cette langueur agreable , 
ce calme d^licieux qui a tant d^at« 
traits pour les ames portees a la ten^ 
drefle. II faudroit f^avoir lequel eft 
le plus propre a prodttire ces eflets 
d'un fon unique , menage avec a- 
drelTe , qui ne choque jamais To- 
reille par des eclats difparates , &;: 
fe .plie avec docilite ^ toutes les in- 
flexions que lui indique la nature » 
ou^^un aflemblage nombreux d'ac« 
cords qui s'annonce ayec fracas ^ qui 



x>u siECLE d'Aie%andrc. ^9^ 
commence par ecourdir lefentime^c^ 
& finit par Taflbupir. 

II eft certain que la nature a atta- 
che a certaines inflexions de la voix ^ 
le pouvoir d'exciter dans tous les 
coeurs des mouvemens de joie ou de 
pitie. Le cri que la douleur arra- 
che a tout etre qui foufTre , eft un 
coup puiflant qui nous emeut maU 
gre no:us : il nous oblige a partager 
la peine de notre femblable. Un au-! 
tre cri plus l^ger ^ moins aigu, di- 
late agreablement notre coeur. II 
nous annonce la fatisfadion , le bon- 
heur de I'homme qui Ta forme. II 
nous fait eprouver un fentiment a« 
gr^able dont nous ignorons la caufe 
& Tobjet. II n'eft pas moins certaifi 
que ces inflexions s*affoibliflent fi elles 
fe trouvent confondues avec d'autres 
qui leur foient etrangeres. Elles per- 
dent de leur pouvoir a mefure que 
la confufion augmente. Un Muficiea 
qui s'attacheroit i etudier ces refr 
forts caches , qui attraperoit avec 
juftefle le ton invariable auquel I4 
nature a attache tant de force, n'au« 
roit surement gas befoin d'autre cho^ 



1^4 HistMfl* 

fe pour nous plaite & pout n6Qf 
^mouvoir. £n ebranlant (ians Koreilie 
Ics mtetes fibres , il cauferoit la me- 
Bie impreflron. 11 tit toucheroit pa^ 
d'ttne admiration froide j il excite-^ 
roit tin tranfport involontaire. SaiM 
aller a Ton clave(!in , fatid decom^ 
pokt en fept oa huit parties le fon ad-* 
mirable qu'il viendroit de decouvrir j 
Heftaflez probable qu'il pourroitott 
arracher des larmes j ou faire natrrd 
la joie. L'inflrumenc le plus (imple 
fufHroit pour operer ce prodige. 

Nous avons encore des preuvei 
fubfiftantes du foin avec lequel les 
Orateurs, lesPcetes, les Sculpteuri 
itudioienc la nature. lis fongeoient k 
la peindre avec force , & ne cher* 
choient pas toujours k Torner. Sf 
comme tout nous porte a le croire ^ 
les Muficiens la copibient auffi {ctvt^ 
puleufement,ne pouvoient-ils pas don-^ 
nera leurs. compofitions une ^er-* 
gie que les nottes n^ont jpoint & ne 
peuvent avoir ? Celles-ci font incon- 
teflablement plus f^avantes , plui 
travaiUees , d'une execution plus dift 
fitile ; mzis Its sutres.n'aUoient-rilei 



pas plus diredemisnc au caettr ? J^ np 
douce pas que touc cec appareil m(V* 
derne de notes , de parties preflees p 
entaflees les unes fur les autres , ne 
foic fort amufanc pour des oreiUcis 
exercees: mau la umplicite antique 
oe ppuvoit "p elle pas avoir des chac- 
xnes bien fuperieurs pour ces oreilr 
les neuves i ces ccpurs grofliers , qui 
lie f^achant encore goater que leis 
plaifirs piirs & naifs tels que la n^r 
cure les fournit ^ n'avoient pas be- 
foin qu'oQ les leur gatat par des rar 
finemens finguliers dont ils Jgno- 
roieat leprix? 

De la muGque d^pendoit la danfe, 
non pas cet art frivole qui enfeigne 
a faire des pas. uniquement pour 
changer de place , a courber le5^ bras » 
a remuer les jambes y a incliner le 
corps fans raifon , fans delTein dp 
rieii exprimer. Chez les Grecs touh 
%e$ les danfes etoient de caraderQ. 
Cecoit proprement une declamation 
par fignes , aflujettie i la mefure , 
xaarquee par les inftrumens qui Tao- 
cotnpagnoient tou)ours. Les geftes 
4(S$ A<Steurs lui etoiem foumiS| coxa<- 



Xt6 HlSTOIRB 

xne les Pas des danfeurs , & fa Mu«^ 
iique fouveraine abfolue du tKeatre 

§ouvernoit tout ce qui avoit le droit 
y jparoitrerCet art goutitlepuis par 
les Romains , pone par eux a, une 
etendue , un point de perfedion que 
nous qe ffaurions concevoir , ixige 
des difcuflions un peu plus longues^ 
Je les referverai pour le fiecle d'Au- 
gufte J ou elles trouveront plus natu* 
rellement Icur place. 

Tandfs que tant d^arts difFerens 
travailloient a Tamufement des Grecs, 
le defir d'etemifer leur gloire en fai- 
foit naitre un aupre d-'un genre tout 
*nouveau. Herodote employoit la pro- 
fe a un ufage auquel ellefemble plus 
propre que la poefie , a conferver la 
memoire . des evenemens pafles.-Ii 
lut fon hiftoire dans une aflfemblee 
entiere de la Qrecc 9 qui lui prodigua 
les plus grands ^pplaudiflfemens. II 
en meritoit fans doute,puifqu'il etoit 
inventeur ; mais il en auroit merit^ 
bien davantage , (i a la clarce , a la 
'be.aute duftyle il eut joint I'ordre, 
la precifion , la fidelite , & fur- 
cout fi employant un peu plus fa iai«- 



fon , il n'eut point rempli fon ou- 
vrage d'une foule de chofes , qu'iln'a 
jamais cce permis dans aucun fiecle 
a un homme fenfe d'adopter. D'au- 
tres ecrivains s'exercerenc apres lui 
dans* le meme genre , comme Xe- 
nophon 6c Thucidide. lis avoienc un 
merite que lelirs fuccefleurs ont eu 
rarement : c'eft qu'ayanc eux-memes, 
ou vu 9 ou conduic les evenemens 
qu'ils racontent ,, ils en parlenc avec 
une nettece qui manque fouvent aux 
aucres Hiftoriens. 



CHAPITRE XXIV. 

De IcL Religion. 

CE fiecle memorable ne caufa au* 
cun changemenc dans la religion. 
.Onetoit encore loin du jour qui de- 
voit aporter la lumiere au monde , & 
luimoncrer le culte du veritable Dieu. 
Gette heureufe revolution etoit re* 
fervee a un autre fiecle diftingue 
conune c^lui dont je parle , par les 



at Hi ST 61 UK 

fciences & les au:e$. La cerfe eotiefe 
Itvrec a i'erreur la plus profonde^ nV 
voir ni le moyen de s'en defeodre , ni 
celui de parvenir a la vericc. Mais 
ciffxx qui one parle de cetce erreur, 
oat pettt*etre ece cr<»> loin. U femble 
qu'en deveLoppanc les fecrets de k 
religton payenne , on n'aie pas d£kz 
craiot de multiplier fur fon compee 
les abiurdices* 

Les payens adoroient le bois & U 
piene , die on. Us prodiguoienc leur 
encens a des marbres inanimes. Us 
reiidoient un homma^e deshonoranc 
a d^s tnecaux fa^onnes de leur^ pro- 
pres mains. Voila Tidee qu'on a de ce 
quion apelle les idolitres. On ie xe- 
prefence les Grecs & les Romains 
proflernes devanc des ftatues^ bornanc 
groflierement leurs idees a la maciere 

r* frappoic letffs yeux , & fiudguanc 
leurs prieres des Dieux qui ne de« 
voienc leur ecre qu'au caprice des ou* 
Triers. 

II faut avouer que les partifans de 
I'anciquite raifonnent avec bien de 
Pxnconfequence. Ces hommes a qui 
lis donnenc fur nous une & grandeUu- 

periorite 



BU SiECliE d'AlEXANDRS. 1%^ 

periprke, ils fe plaifenc a les rabaiflfer 
au-deflbusdes plus vilsanimaux. Peut- 
etre eft-ce pour fe corifoler des avan- 
tages qu'ils leur accordent d'aiUeurs.* 
Mais cette piiferable reflburcc n etoit 
pas xieceflaire. Ces nations qu'on ac- 
cufe d'un aviliilement ft ignominieux, 
fie meritoient ni ,cant d'eloges , ni des 
. •nfures auffi outrees. 
, On ff ait que les Poetes etoient Ie$ 
Theologiensdupagartifme. Leurima- 
gination que rien ne genoit , relevee 
par la grandeur des objets , donnoic 
lieu a la Poe(ie la plus vive & la plus 
animee. £Ile viviiioit toute la nature, 
tlk rendoit tout (cRfible par des ima- 
ges riances & pleines d'agrctnent. S'ils 
avoient apeindre le Printems, c'ctoit 
xm Dieu jeune , aimable , refpirant le 
plaifir, & le.faifant eprouver a tout ce 
qui Tenvironnoit.' L'Ete etoit une 
Vierge prefque nue., couronee d'epis , 
& tenant dans fa main la faucilie 
tranchante. L'Automne ^levoit au 
milieu des campagijes , fatete majet 
tueufe, cbargee des frui^ les plus 
douK. Enfia THiveritoit un vieillard 
ch%g£(n.9 qui par fa.tete chauve & /a 

N * 



X90 H I s T o r K E 

barbe en defordre , annon^oit la cri(^ 
tefle oil il reduit la terre* 
. C'eft ainfi qu'ils depeignoient Sous 
des emblemes intereffans, les change* 
mens faccefllfs que Ton voic arriver 
dans la nature. Le peuple qui danc 
i;pus les climats dc tous les terns , eft 
toujours peuple , prenoit ces expref^ 
(ions a la lettre. il recennoiflbit d# 
Pieux f partout oil il retroUToit quel- 
le iuSuence de la Divinite. 

Pour le foods meme du cuke , I4 
"vericable.Qri^iiie cU Kidotatrie , il eft 
tres difHcile ^e la dernier dans I'anti* 
qiiiDe. II eft 'probable que fes premiers 
objets ont ete le foleil 6c les aftre$< 
C'eft TeCpece dereliffion qu'on a troo* 
ifee etabtie.cfaez les lauvages^qtii igno* 
lomt tous les arcs , n'avoient encor pd 
ft fmt cLes. Dieux i leur cboix , 8i 
prenoieot ceox que • la nature paroi^ 
ifAt leur prefemer. Enfuice la viuiite 
ic quelwe^PTiace-^ ou peat-etre la 
tecomioiilance des hona^mes pour dm 
heros bieniaxfa^ ir peat avoir 4ona^ 
lieu a I'intjrodfidion des ftatue^ dans 
les Temples* Feu i pcu les efprits 
fiiptrfikdeux crurent hpnQrer la:.Di^ 



Tinlte en luti rendanc des hommages^ 
dans la pecfonne d^s aniinaux utH 
Us qui enrichiflenc la terre , oa des^ 
animaifx cerrib|es qpi la defoknt. Oiv 
pia(;a done leurs image^ fur les Au«^ 
tel^pour s'excitcrpar ces objets vifi- 
ties , a adorer le Dieu invinble dontr 
Us ra^pelloicnc le fo^venir. Peu^-ecre 
auffi la tendrefle pourd^sobj^squ'of^ 
avoir perdus, & donron vpuloiccan-* 
fiwver la me^ioire ,. aura-r-elle ^on-i. 
tribue a la nalHance d'un culre qui 
9Woic dabord r^sn de qriminel. L'a** 
xnour , ce grand relTorc de la nature ^ 
pe^c pcre encre po^r boaiicopp dans 
IjB&vqeux qui furent les prQmiers pre* 
fences ad'au^res^tt'au verkable Diea» 
Un tandre amanc defol^ d'une perce 
irxcparable,,peut. avoir drelle un:mo^ 
9unient>a Pendroic oii repofaieBC les 
c^^rmes qu'il avoic; a4ft?e$, II peai 
^'%r? faicUjii defoir de'/V^niccOHsles 
J5Hirs y. Y^rer . des larmcis fifii ^ibulaT 
gfMa^ieat /a.d4>ul^ur ; Uf»H« ay<>ir aprii 
^Hx gages qu iluixeftoicpc d'u^e union 
(ixj^ere ^^a n'ea ^pproeber <}u*aveQ 
tefpeft » le oette vj^erati^n dont In 
m>i;i( &^ ^tif m^ f^ auicf^r^pec^ 

Nij 



^^1 His TO I RE 

petuee par Thabitude , peut avoir 
donne lieu a c6$ Tenlples de Venus , 
d'A.ftarbe , de Cibele , &c. dom Po- 
rigine eft pour nous dans lanuic la- 
plus profonde- ^ 

Quoi qu'il en foit, un refte de cette 
tradition in^fagable intimenient gra-: 
tec par la natui;^ dans le fond des 
coeurs de tous les hommes , leur ap- 
prenoit a rfefpeder un etre fuperieur 
dont tout d'emontroit Texiftrace & 
le pouvoir. 11 y eut des particuliers 
fpecialement charges delui offrir les 
vocux de to»s ceux a qui le travail ne 
laiflbit pas le^tenis de s'acquitter de 
ces pieufes fonftions. Dans le com- 
ihencement c'etoie^t les chefs des 
fkmilles , qui apresune jeunefle paflfee 
dans la moderation & dans Tobeif- 
fance , confacroient le refte de leurs 
jours au culte de la Divinite , & re- 
trajoient par leur conduite a leursf 
enfans les exemples de vertu , de 
foumiffion envers Ids Dieux , qu'eux 
memes avoient v& pratiquer a leurs 
ancetres.Tous lesvieillards ctoient fa- 
crificateurs;les Princes,le5gens en pla^ 
ceavoienc^gaiementkdrpit de verfec 



le fang des vidimcs> Mais dat>s l<i fuir 
te , ce droit fl^eftreint a une clafli 
d'homnies fepar^s, qui fe dievouerenc 
au fervice des Autels. Nous ne (g^L- 
vons abfolument rien, ni de lara9on 
done ilsfe confacroient ace miniftere, 
ni de Tautorite *qui le^^ conftroit le 
pouvoir de Texercer. Je ferois. ipeme 
porte a croire que chez les Grecs tout 
ordre de hierarchie etoit inconnu , 
que tous les Pretres etoientegaux , & 
que I'admifTion dans le facerdoce , 
n'etpit parmi eux , comme parmi les 
Proteftans de nos jonurs , qu'une fim-. 
pie cerempnie , pu pour etre reju , il 
fuffifoit.d'ayoir le cgnfentefn^nt de^ 
tous fes confreres. Mais ijs ctoienD 
bieh loin de s'en tenir a la fimplicite 
qui caraderife aujourd'hui ces refor- 
mateurs aufteres, De tres bonne heure 
Ifis Pretres payens introduifirent dan& 
leurs Temples tout ce que le Ipxe 
alors cohnu , permettoit de.t^agnifi-, 
cence. On f9ait cdmbien Delphe,. 
Epidaure, Dodone renfermoient de 
rrcheffes; on ydeployoit dans les fa- 
crifices , I'appar^il le plus poo^peu)^ ,; 
& il faut avouer que ii d'un cote la 
NTij ' '^ 



A94 N' s Tbr n E 

religion peut fe pafl^ de cet ext6- 
rieur frappant , de Tamre il n'eft peut- 
itre pas inutile pour occiiper les yeur 
■du peuple , done les organes plus grof- 
fiers one befoin d'etre remues par 
des objets fenfibles. 

Com me d'abord les facrificts e- 
foient rarei , &le5 Temples peu nom- 
breux > on jf'y raflembloic en foule 
aux jours marques ; chacun apres 
avoir fatisftiit a fa devotion , fe trou- 
voit d'un grand loifir ^ les anim^ux 
immol^s fourhiflbient aux repas , 8C] 
les plaifirs de la t^iAe otcafionnoitene 
une lok g^n^alcf ^ en cfft ordinal-* 
femwit la luite. 11 n*eft done pas e- 
ftwinant gue Tenvie de s'occuper a- 

freablement , fit naitre des danfes , 
es jeux, des amufemens de route eP- 
pece. On a vu qu'avec le ^ems , la 
politique lia aux ceremonies religieu* 
fei , ces rejouiflfances qiH d^ premier 
coup d*6eil en paroiflent fort cloi* 
grvees. 

Les premiers facrifices ^ tfavoient 
fans doute pour objet que deiiiarquer 
au fouverfln ma?tre de Tunivers une* 
^econnoiflaoce legixiiiote ^ teas les 



BU SliCLE d'AlEXANDRE* 2^^ 

biens done il le combloic ; mais il s'y 
joignit biencot un motif plus pre(Ianc. 
On commettoic des crimes comme 
dans les tems plus modernes ; la 
voix incerieure qui allarme les coupa- 
bles , fe faifoit des-lors entendre avec 
force f car c'ecoit celle de la nature* 
Le defir de lui impofer fiience 6t 
chercher des moyens d'expiation. II 
eft certain qu'un inftind fecret a dc 
tout tems averti les hommes , qu'a- 
f)res avoir commis des fautes , il fal« 
loic fe reconcilieravec leDieu qu'elles 
outrageoient. Avant la revelation , 
4}n travailloh deia a fe raJKiirer concfe 
les jugemens du ciel done on ne poa- 
voit fc diffimuler Texiftence , en 
i&eme tems 'qu'bn cratgnoit leor £2* 
verice. 

L'idee des chatimens & des r^om* 
penfes dans une aiicre vie^ ecoit an- 
cienne , mais confufe ; cootes testilli- 
gions rappuy6ient plus ou moins^ & 
enfeignoient des reiFources pour ism^ 
riter les ^nes , & fe derober a«)t au^ 
tres. Ces reflources n'avoieht ti«i de 
criminel , puifqu'il n'a fallu qa'ea^ptf- 
cer I'objet , pimr les rendre di^aas d^ 

Niv 



'SLf6 HiSTOIRS 

chriftianifme. Par exemple, la coti* 
feifipn qui a tant revolt^ les novateurs 
du feizieme fiecle, eroit pn ufage dans 
la Grecede touce antiquite. Pour etre 
admis aux myfteres d'Eleufis , il fal- 
loit avouer toutes fes fautes aux Pre- 
tres , jeuner plufieurs jours , be point 
coucher avec fa femme , .& pratique 
.diherentes ceremonies, qui n'avoieac 
de reprehenfible que lour objet. 

Ces myfteres d'Eleufis ont ete long- 
tems celcbres , & paroiflent avoir fne- 
tite de I'etre. Cetoitune efpece d'af- 
fociation religieufe qui femble n*a- 
voir eu d'abord pour but que d'excir 
ter Tamour de la vertu.On dit qu'on y 
enfeignoitclairementl'united'unDieu. 
De cette dodrine il ne pouvoit pas 
refulter des fuites honteufe^, Le fenti^ 
jtnenc co'mmun etoit que ceux qui 
avojept pu s'y.faire inicier, devoient 
Jqyir dans nine, autre vie , d'une feli- 
fite fupreme Ce qu'il yeut de de7 
plorable, c^eft que cec etabliffement 
jnvente fans douce pour contenir les 
paffions , & derourner les hommes du 
.crime , perdit peu a peu de fa force & 
de fon ucilite. Quelque terns meme 



Vfint Alexandra y! il ecoic 4eja biea 
dechu, II ne failoit qu etre opulent 
pour, fe fairc initier , & cpmme le 
pardon des crimes dependoic de cette 
ccremonie , <elle fe trouvoit a bom. 
marcbe pour Ie$ gens riches. II etoit 
cotrimode pour eUx de pouvoir payer 
avec I'argent de ce mpnde , un bon- 
beur certain dans I'autre. Mais ces. 
chofes la nexlevaht point etre du nom*^ 
bre de celles que Ton peut achetec 
avec des threfors , le peuple s'accor-, 
da bientoc a decri^r des privileges 
dont il ne pouvoit jouir : les gens dif-. 
tingues en firenc peu de cas, parce 
qu'ils etoient tropfaciles , & iesipyf- 
teres d'Eleufis Te font infenfibleinent 
aneancis fans que Toi^ fache com^ 

. Oo a fakentondredsms I'introduc^ 
Vion I que la religion diCp .payens n'a* 
yoix cien ii%ximiliwtifdx ellememe 
pour la nature huitiaine ^ (i Ton en 
cxcepte l0 choix pciu r^gle desobjets 
queVoaiCJtoyoii: prof^^s, a reprefen- 
tetjlai Divijlite, Uiie cliofe qui poarr 
Toit le prouver , c'tifl qa^en tout pays^ 
les legiflate^ii^ ^u^-xti^Ties ravpienc 



49» Mi^ioimii 

homme qui ^icAine ^s lojx a il'attt#6s y 
& qui^eur fatre adorer fen ^avrage, 
kur commands de refpedtt otes ift« 
fiimie$. Cett^ (rate r^>flcfxk>ti fuffinmr 
poor kv^r la reli^on ptyctine der 
reproches qtt^un z^ele (>ea 4xnifid^r^ 
hii a fair^ fi itbavetit.il 5*y troQvoit des: 
^us (ans doure ^ parte qu'elle at«oit 
^e inVent«e pardes bommes , & qM^ 
e'ecotenc dc$ liommes qui la prati- 
quoient : mais il mt Illicit point dire 
^u'elie-m^me autorii^ des d^^fordres: 
ailreux* Sa morale ^ir pure , ii la 
tottdniced^ qoe^Ue^uns de fes feSt^ 
tears ne Tetoit pas. Qoelqve f«per« 
Akfeux que feic ««i peuple , il i^aic 
rou}oiir$ f^di^ jilftifce aAtt imcurs^ 
des miniftres du cahe qu*il zdopte^ 
it n'^ft {>oiAt dans 1^ OE^^dkeire de$^ 

far Yhottmi§&^6^ VcMcem q^ Ton 
doit a la Dirviftic^e^. 

On reprocte a^m payem lew^fStes^ 
de Bacchus ^ ilt Adorn » db la i>ofi{ie 
Deede ; "oii e^ choqu^ ite voi^ det 
ci^r^moflles oill il ne dev^k entrer que 
des femnies:d*au;»es^ii cesiaemti 



(ethmci edievelces , un tirfe a lii 
Ikiam , CQWoitot avec one ((fpece de 
furear en chantam les lauanges da 
Dieuqu'etlescroyofenchoaDrer. I>'a-^ 
bordc'ecoteirt des ofages, & r<m l^fc 
fue ceux qui font rudiculis fke foot 
pas.cev^iiTs viciieiiix. 
> 'Nos aocetres feifeientune procd^ 
Son dei'ane. IlsrimroduifbieBc dtaM 
le fan&uaire ^ «n cfasppe y en bonnet 
qoarre y on r^petok cros fois en (ba 
IhoBnear > ktaa , hias , hian^ En 'FiaB- 
dres i «& £%agne , en Italte , il y « 
des homines qvi crcxyent faire plaifif 
a la Divinite en fe fooetcant en pd-^ 
bUc?il» fetiechirent les ^patiles p»^ 
piete. Ccs devosions qui tomnieki^ 
cent a fe mllenctr ^ ont it6 bkn pUtti 
coBina«fies^& bieit plus amm^'es qu'''6l-' 
les ne. le &mc aujourd'faai. Le meme 
princif)e pcmvoit engager }es Bacchant 
tes a courir cottroanees de lierre en 
cf iaic EVioIi^ Bftcche. Toutes ee^ pra«^ 
tiqites (oxn egalement TefTet d*«in trtxi^ 
pe^tderegle^ 6c it'otic ece mUleparlr 
i^DUvees par la raifon. 
^ .11 eft vrai qcibn tefijr attrflbijie dam 
i^afttiottisi diesibuethttmiliaficesv Ba 



500 Hi si ornfi ' ^ 

Philofophes one reproche a la ville 
d'Athenes d*etre, plongee ces jours la 
dans ladebauche & I'ivrognerie. Cela 
pouvoic etre. Mais que penferoient de 
nous ces memes Philofophes s'ils e- 
toienc cranfporces dans nos villes aif 
temps du carnaval ? Que diroient-ils 
en voyant ces mouvenwns tumul- 
tueux , ces agitations tronvulfives 
qu'on prend pour du plaifir ; ces af^ 
femblees indecences 06 tons les or- 
dres egalement confondus p rofitenc 
de la liberte du mafque pouc s'a-* 
vilir egalemcoc f S'ik ffayoient fur-* . 
tout que ces jours de defbrdjre, pre- 
cedent fans intervalle des jours de- 
mortification ; que la nuie qui ter^ 
mine le terns defiine a la debaucbe , 
commence celui que Fbn confacre h 
la penitence ; alors s'ijs avoienr TeC- 
prit aigre & cauftiaue des ceafeurs 
dont on parie , its duoient de nous r 
ces peuples la font des miferables : 
ils croyent honorer la Divinite par 
des infamies. qui deshonorent Tbuw 
manit^. Mais ils s'adouciroient e» 
penfant que ces pratiques ridicules > 
abford^s^ coj^damnces par foir^&a^ 



f 

le 



Dir silcrf d'Alexandre. jof 
font aufli ancienne? que le monde^ 
& fe retrouvent dans toutes les reli- 

ions , danscous les fiecles , dans tou$ 
cs pays. 

II y a grande apparence que leg 
Orgies furent ainfi appellees d'abor J 
de Teffet que produit le vin. Les an-» 
ciens efperoient appaifer Bacchus , & 
s'exempter deis fuites funeftes de fa 
liqueur, en confacrant fur chaquean- 
iiee quelques jours pour en fencir les 
effets. 11$ facrifioient leur raifon a ce 
Dieii , pour qu'll ne la troublat pas 
le reftedu terns. Ce motif , tout nn- 
gulier qu'il eft , peut nous engager a 
troir les bacchanales avec un peu plus 
d'induJgence. 

Ce qui peut meme les faire regretter^ 
c'eft qu'on y confervoit une efpecc 
de refpeft pour les droits de rhuma- 
nite, trop oublies le refte dii terns. 
Algrs rcnaiflbit cette egalite fi pr6- 
cieufe dont aucun bien ne peut de- 
dommager les homines. Les^maitres 
& les efclaves affis a la meme table, 
& goutant dans te fein de la joie des 
plaifirs purs & fenfibles, retrafoient 

une image du fiecle d'or; ChCit nous^ 



les plaiHrs du carnaval ne /erredl 
^^a facigaer te^riclies^& £)uv€At 
^ derefperer les pauTres. L'4mpuii][afir* 
ce ou us font d imicer ces exe^ cott-^ 
teuK , les hamilie , & leur fait fe^tir 
tvec bten pl«$ de dweti a quel aviUA 
lemenc ils font ted luts* De qoelqui^ 
cote qu'on ks examine ^ on ttoaveAi 
prefque toujoucs les «iaximes ^ W 
coutumes , les plaiHrs , & m^e les 
foiblefles des ancieas plus huMainet 
que les n&cre»^ 

La parcie la jptos eflentieUede-lelit 
religion , c'etoiem les Oractes. Gi^ 
toic audi cdlle que les Prices oitte^ 
tenoient avecpkis de feio » paroe 
qu'elle ieur rapportoit davattcbgiev) 
On dotttoic encore il y a quelqoes 
annfes n les Oracles etpieac le fruit^ 
d'nne impofhsre arsificieufe » ott d'uA 
pouvoir lurnauirel:. Pittfieurs per(^D^ 
nes croyent la choie d^cidee aujoup* 
d'huu Elles font bien convaiDciKs 
que touc s'y faifoit par des moTetii 
humatns , & que dans ces fraftdealtf^. 
cratives & pieufes, il ny avoic riett 
d'extraordinaire que la foiblefle dr 
ceux ^ui y croyoient. Ceux %iu i» 



non.^ dsfeiic^e^ , irkme pa» pmfr 
que fi Dmi lltv^ persnis aim ^ il 
aurott latflc 4Um ie stiond^ one l:attfi^ 
d'errevur abfohkneitt iairiiicibte* Si ka^ 
Parens avokoe tu ^lew:» flaciACs paiv 
Icr , 5!iil avott it6 bten frouve qw'eU 
ks tlonnaflent a leurs Prectcs une* 
emmoi(iwiceftccik de rsrvemr ^ ai»^. 
iim*-t)n pti Te ctifpen&r ^croif e aux 
Dieiix qnik annon^oie&t .^ N<m-iei^: 
lement I'idolatcie n*a»toac point ctct 
ci«m]tieile^ nms le i>^s aoSHr de 
l^entens aux idoies Mroit cce unfet 
a^^ioft impriidecicedcpttniflabki puif^ 
cftt'elle aurott I^ayi^k co4e^ ti'^n ctre* 
puiflant., diofit te peovoix , k fkiiom 
6acir par d£» marques jbiea ^fibksw 
Qsehpae fortune pi^oifle ce raiifennc<^: 
meiat^ tieft pourtanc vrai que'danslt^ 
wits bieii averts qui mnisreAeiittie 
oe qui firpailbct dans les Temples^ de» 
Fayeiis ^ il 7 a des fiii« qu'on ee ffan-; 
R»t expiiqcter avec k.&xours de k^ 
_ Jbule .Phyfiqtae. 5 

. On f^att ide qwMe, fefon fe reiJrr 
ibienc ks Grades. Qaebjiiiefoi^ vtt 
IftMOime^iaais phis fouvoit use feoH 



yo4 Hi St 5 IK if ^ ^ I 

x&eetoieflt les organes du Diea. Elte^ 
trembloient , elles ^cumoient , elle^ 
avoienc des convulfions, & c'etoit^ 
dans les acces d'un enchouliaftne di* 
vin que la verite leur cchappoit; Ce^ 
folies fe font encore xcproduites ett 
differens tems. Malgre Tefprit de 
iiotre religion bien oppofe a un char<* 
latanifme fi indecent , on Ta vu re-^ 
naitre de nos jours , feduire d'abord 
la populace , & trouver meme enco« 
re des partifans diftingues. 

Tous les Oracles ne Fe reflem-'- 
bloient poarrant pas. Chaque Diecr 
avoit fa fa9on d'annoncer Taveiiir , 
fiiivant que fes miniftres etoient plus 
<m moins adroits. Ceux qui s'en fe« 
Toient'tenils a une fimpte imitanoa 
auroient infpire peu de confiance ; 
chacun rafinoit de fon.cote pour s'at- 
tirer la vogue. Dans un eudroit c'e* 
toient des chenes qiii parloient , dans 
un autre des colonnes , aiUeurs c'e- 
toit autre chofe : maisune pratique 
qui leur -etoit aflez commune , c'e*^ 
toit de bien faire payer leurs reponfes. 

Au refte il ne faut pas croire qiie 
chez les Grecs toute une nation' 'fuel 
egalement credule ou impie 3 PHicr 



xm SINGLE ©'Alexandre. 505 
rophante , la Pythie , les Druides j 
les Flamines n'etoient ni meprifes ^ 
ni adores de tout le monde. Lesfemi- 
inens etoient partages fur le refpeft 
que Ton devoic a ces tenebreux myf- 
teres. En general on pouvoit diftifl- 
guer trois fortes d'opinions feparees. 
Celle du petiple qui croyoit la reli- 
gion fansl'examiner , celle des grands 
& des gens inftruits qui rexaminoient 
& ne la croyoient point , & celles des 
facrificateurs qui peut-etre fans la croi- 
re & fans I'examiner, ne laiflbient pas 
de la defendre avec vigueur pour leur 
utilite particuliere. Les gens d'etat, 
qui prefque toujours etoienc Pontifes 
^eux-memes , contens de la foumiflion 
dupeuple& dufilence des ffa vans, ne 
cherchoient ni a approfondir , ni ^ 
difcuter les dogmes rejus. Un voile 
refpe£lable les tenoit toujours fuffi- 
lamncienc caches aux yeux qu'il valoit 
inieux ne pas eclairer ; & parmi les 
f^avans^ ceux que leur merite elevolc 
aui^fejrmieres places , inftruits par la 
dif^Rion de leurs predecelleurs ^ 
n'avoient^ garde de larfler un autre 
exemple aux Magtftrats qui devoieat 



3o( HlSTOlRE 

lent fucceder. Mais encr'eux , & me- 
me dans ies ecoles de Philofophie 
qui ce font pas faices pour le peuple^ 
lis penfoient & parloient librement. 
Les objecs duculte , ks colleges de 
Pretres etoient nombreux & varies 
dans la Grece ; cependant on ne voic 
point , die-on ^ qu'ils y ayent |amais 
caufe de troubles. Les guerres de 
religion ne fouillent point leur Hi£- 
toire J Sc fi les interets des Princes 
faifoient comme aujourd'hui couler 
le fang des hommes , il ne femble 
pas dumoins qu'il ait ete verfe pitf 
des mains confacrees a iin'mibiftere 
innocent & pacifiqae. C'eft ce qui 
merite d'etre examine., De$ ^rivaias 
mal intentionnes fc font hk de cette 
obfervation ua ti&re poiK calommier 
notre religion. lis ont avance qu'elle 
etoit la premiere & la feulfe qui eut 
favorife ces guerres deftru&iyes &: 
indccentes ; que remporcement qui 
les caraderife ecoit particulier au 
Chriftianifme. Mais ils n-ont p|ftreir- 
fc que fon efprit ai( caistrairt^K ua 
•efprit de douceur Sc 4e patience.; 
gue il qnelques-tts db Sn ttbiftces 



X>U SIHCLB ]D'A£EXANDKE« ^OJ 

fe font livres a de$ exces bien eloi- 
gnes des maximes qu il$ devoient en- 
feigner , ces exces ne k» ont point 
detruites ; que ce que Ton prend pour 
des guerres de rel^ion, font fouvent 
des fecouHes excicees par des ambi- 
tieux^qui fe fervent peut ecre du fana* 
tifine comme d'une reflburce avan*? 
tageufe pour ieurs projets , mats qui 
Be les formeroient pas moins quand 
cetce reflfource viemiroic a leur man« 
quer ; qu'enfin fi Ton releve avec 
eclat des traits fcandaleux de quel^ 
queiques Pontifes peu iouables » qui 
ont oubHe ce qu'^tts devoient etre y. 
on laifie dans Toubti miile traits de 
rtrtix qui prouvent que les confreres 
de ces Pontifes ont etc fouvent de* 
Pafteurs pidns de tendrefle, vraiment 
peres des pen pies qui .leur etoient 
confi^s y 6c tres - avares du fang des, 
kommes / dom on lei accufe d'a>^oir 
Hi fi prodiguesw - 

• LesPrecres parpens n'ayanc iii use 
monde auili fubUme ^ ni des prto«^ 
cipes anffi spares/ avotent d'ancres^ 
xnoftift qui ies empechoient de coti^ 
ttibuoriauxtzr0tcbloideiktem« Ca« 



5o8 Hi sf oi n K 

bord leur religion n*aLvoit rieti t\vii 
d'agr^abie ; elle confiftoit toute en fe- 
tes, en fpedacles dont I'apareil flateur 
pour tous Ics efprits, ny pouvoit 
laifler dlmpreffion funefte. Ceux 
qui ne croyoient pas aux travaux 
d'Hercule ^ n'en voyoient pas avec 
moins de plaifir les jetix & les fa- 
crifices inftitues en fon honneur. It 
y avoit des Philofophes qui ne re- 
connoiilbienc que le hafard pour 
maitre & pour createur de Tanw 
vers. Les geils qui donnoienc ces 
ticres a Jupiter , ne faifoienc exclure 
les premiers^ ni du theatre , ni de9 
combats gymniques en vertu de lent 
increjlulite. Cecte religion dont la 
faufftte fe faifoit fentir aifement i 
ne pouvoit avoir ni des defenfeurs 
bien, ardens , ni des ennemis bienr 
achames. / 

D'ailleurs les Pretres en recevant 
1^ caradere qui les invdftiflbit da 
.fecerdoce, n'eprouvoient prefque au- 
cun changement dans leur fa^on de 
vivre. lis fe marioient; ils avoiene 
des emplois , devenoient foldars & 
generaux d'armees comme le% dXL^ 



T>v si£ci£ d'Aicxandhc. 309 
tres. Charges d'aflfkires , d embarra$ 
domeftiques , ' -lU n'avorent pas le 
ictp^ de . s'amufer^ a ccs difcuflions 
fubtiks qui ^ont-lk)ccttpatfon de i^di- 
fivete. lis en ecoienc meilieurs pa« 
trioces : • comme ils tenoienc a Thu- 
jxianite par tant d'objets ; comme 
leur ambition fe trouvoit ou fati^ 
faite ou occupee, il n*ecoit pas pot 
(ible qu*ils devinflfenc ni Thiologiens 
inquiets-, ni rcformateurs cruels. • 
' G^pcridant des Princes , des chefs 
avides degloireou de puiflanceiabu- 
ferenc plus d'une fois de leurs noms , 
pour armer les hommes les uns con- 
tre les autres. Cette guerre facrce 
dont on a parl^ dans rincrodudion, 
efk une preuve que des lors les eir- 
prits fadieux , f^avoienc couvrir fous 
des cicres refpedables des projecs 

3ui fans cela n'auroieiit excite quo 
e rhorreur. Telle a toujours ct6 
la foiblefle de Tefprit humain^ que 
les loix , les i^egles deilinees par la 
Providence a fairc fon bonheur , font 
fouvent devenues pour lui la fource 
des plus affireux defordres. 



^M HisTems 



•» I .iiJfstammtmmrB;^^!^^ 



CHAPITR.E XXIVt 

De la Phiiofophi(. 

CE mot de Bhilofophi^ a figni* 
fie difl^renceschofescn diSevens 
terns. IdK premfcer$ Fbiloibpb^s qui 
fe faifoient appeUer f^ges , ecoi^nt 
des homnies qui fe fervanc de teur 
raifon plus que les aucres^ ne tar- 
dereot pas a s'acqu^rir uue certainf 
fupertortce. Entour^s d'hoji^nstes eor 
€Ofe fauvage^ ,iU s'en .fai(bieat re(» 
pedef ou pac ie» invemiofi9 utiles » 
oa pac de$ ^jeifi natureis qyi m 

venus d'«m.. cipce le$ ai<^^.> &. de Tj^.ur 
tte. la iMgie , les fcjin¥^i9> Ofiwltiesr^ 
ecceim prefqw ai^ aocief#e$ . qw 
k monde , &^v^»i ciat eie;,fondircw 
comioeosi voie^^ ^ 1^ c^pnotfl^^ei 
les plttsj propfes a ks decfwre* TfW$ 
les peuplesont eu dece» PbUo^fofibef 
bienfaifans , on ; 4^; c^s^p^giciens jpe^ 
dout^s , parce que parcouc le lia* 



BU SlIciB D*AtEXA!TDItS. J t r 

ferd ou la reflexion ont decouverc 
quelques-unes des proprietes nacu-* 
relle« de la matierc , & que I'em- 
plot qu'on a &ic de ces proprieffs 
etoit ott naifible ou favorable. 

Quandon eutun peu perfedionn^ 
la foci^c^y c'eft-a-dire , quand les 
homines commencerent a n'ecre plu$ 
des anifliaux feroces , les fages con-> 
iervereiK encore leur afcendant. Ih 
forent prefque tou^' ou l^giflaceurs ^ 
Ott fonaateurs des nouvelles focieces 
qui s'etaWiflToient. II eft vrai que le 
defpotirmeduc longtemsetoufTer leurs 
lumieres : mais felon toute apparence ^ 
on n*eut recours a eux que quand il 
fut-decmic en partie, Alorsayant af* 
iaire k des efprns intraitables,e(larou- 
cWs par Tefclavage dont Us for- 
teieat , & fuweux de la liberte qtf iU 
tenofeiH de recouvrer, ils fe fer- 
▼ireiH , pour fe faire ecouter , d'ua 
kngage un peu diiS^rent du langa^e 
commun. lis antmoient leurs dif- 
cours par des images f6duifantes. Ils 
cherchoient a flatter. le§ efprits par 
des id^es agriables, ou a les (ub- 
)uguer par des comparaifons plui 



^12, HiaxoiRE 

forces. De ce langage figure cfl;^€e 
la poede , qui fuc par confequeni le 
premier charme qu'on employa pour 
eolairer & gouverner les bommes. 
Elle fut longtems rorgarte de la re- 
j^gion , comriie de la p9licique , & 
I'mterprete de la philofpphie, 
! Dans retabliflement d «ne fbciete , 
les efprits eclaires pr^ivalent , pacce 
i}u'on a befoin d'eux. Mais quand 
elle eft formee , lis perdenc de leur 
pouvoir f parce que les loix qu'iU 
pnt- donnees rendent leur fecours 
xnoins neceflaire. AufH avec le terns 
la philofopbie n'euc plus le droic 
ile conduire les bommes , mfiis elle 
garda toujours . celui de les inf- 
truire. Elle perfedUonna la morale , 
elleinvenca Tart de mefurerrecendue, 
cUe crea Taftronomie » & jufques^ 
la le. citre de Philofotpbes annonga 
encore des bommes utiles. Ceux qui 
)e poherenc enfuite fongerent fur* 
tout a £^ faire une reputation & des 
difciples. lis voulurent expliquer 
tout rendre raifon* de tout , preuve 
cju'on abpfoit deja des fciences qui 
comnciencpient a naitre. . U fallue 
' * alors 



r>u siEctBT b'Aiexandre. 3^3* 
aJois- diflinguer ia Philofophie en 
antant de feftes qufil y euc d'opi- 
wons feparees ^ & cet etat dura long- 
terns. 

Quand les barbares du nord eu- 
tcnt d^gure ^Europe , & d^truic 
le pcBt de fciences qui s'y etoit con- ' 
ftrve y rignoranc^ avec Tamour de 
la.difpure qui I'accompagne tpujours , 
foent naitre une nouvelle efpece de 
pfaHofopbes* Mais autant les pre-* 
laiers avoienc cherche a developper 
la- raifon. ^ aotant ceux-ci s'slplique- 
renc a lui donner des entraves. On * 
{^ak ce que c'ecok que ces^ ten^bres 
fcholaftiques qu'on a ofe hbnorer dft 
nom de- Philofophie , qui au lieu 
de rien edaircif , embrouilloient juf- 
qu*aux connoiflances les plus fimples. 
. Enftrt apres^ une etlipfe fi longue • 
& fi humiHafcfit?e / \i riifon humaihe a 
repant avee Idut fon edat. Dec- 
cartes', Newton-, une (bule de grands 
bommes ectaires & formes par eux, 
out pofe ^es principes clairs , certains 
da pefque tous inconnus a Tan- 
tkjuite. . Si li* ^ftite - des iems-. nc ^ 

O 



)t4 H I S TO IRE 

Icur donne pas dos fuccefleurs dl« 
gnes d'eux > au moins il eft k 
croire que 1^ barbaric ne pourra* 
jamais aneantir le fruit de leurs cra<« 
vaux. 
. Les premiers lages ayant done un 

eu debrouille la nature > ayant e« 
uche quelques arts , & procure 
a\i genre humain quelques connoif- 
fances utiles , routes les nations s'em-* 
preflerent a recueillir les fruits de 
leurs decouver^es, Les Mages ado- 
rateurs du feij , furent des pre*- 
naiers.qui y reulfirent. Us etudie- 
r^nt a^ifi U morale & Taftronomie ; 
c? fut cbez eux qu'Alexandre trouva 
cptte (bite c^lebre d'pbfervatiqns re- 
cueillies p^pndant dij^-neuf cens trois 
ans , qq'il envoya a Ariftote. II n'y 
auroit point eu de Pbilofophes plus 
refpedables qqe les Mages j s'ils 
r/avoient employe leur tems qq'a de 
femblables rechercbes. Mais a queU 
ques verites ils joignirent beaucoup 
d'lerreurs. L'aftrologie ^|oit pour eax 
la. premiere des fciences. Ceft a 
nx qjie I'pn do;t pegart.tromppur dp 



lire dans le del touc ce qui doit 
;irriver fur la terre. 

Frappes des. conrradi£lions fans 
nombre qui font regner tour a tour 
chez les hommes le vice & la vertu, 
la joie & la douleur ; lis avoienc 
imagine pour la dire<%ion du isionde 
deux principes , run bon , i'autre 
mauvais. Cellledognie developp^,* 
commence depuis par un Perfan nom-^ 
me Manes, qui a retrouve des Sec- 
tateurs en differens terns, & qui leur 
a^ fait donner le, nom 'de :Mani-» 
cheens. Les defcendans deceS)Mage^'^ 
fubfiftent encore difperfes ' dafisr irA^: 
fie , fideles a toui les pri^eptes de^J 
leurs ancetres , adbraot le feu , fe-*- 1 
pares des autres nations ,' mariant' 
l^s fteres. avec les fceurs,. flcife per-i 
petuant ainfi par des inceftes.q^o^ils '- 
croyent Qonformes. aux' loi5j>lde la > 
nature, quoique chez tous les.peu-»it 
pies COS fortes d'uriiornj 'foienj coti- 
traires aux loix civiles. Indeperi* " 
dammenr de$ refglemens divins qui ' 
les interdifent , il eft. fur que rimerep^ 
g^n^ral dc la focicte ^ la deccnce, ' 

O i j . . ^ i 



Iprdre ffnibtic &la fixrete, rhotmeuf^ 
meme particulier des, families , de-* 
i««ndeQt qu'elles tm feienc plumper-- 

^ ht$ Indiens curent auffi des Pbi- 
]f)ropbe9 qui les .polkerent un pQu» 
lU prineii}(!;le nam de Bramins. ovt 
BrdchitiaQes qu'tb eopfervenc aicore 
ay|jOttrd'bm!y parce que ces coBcree^ 
n^ont etc fujecoes a prefque aucBiie 
d^ fecouflCb& qui ontfi fouvenc ebraH«- 
1^ le refle de la terre. Elles one gar- 
d4 leursLi.ufages , leur retigiOB , 
Iwrs moeurs & kur pbilofbpye. II 
fa^ .aieo0br pourcacc qme cetf^ci a 
UD pw:degni^r& Les premiers &a» 
mins 4ti^m les do&Qurs , les pre- 
c^pteuriird^s: peuples. Leursfiiccef- 
feilfs^eairo&t.deveiius les Devimy &les 
BoiijQ^Ra^ La philofophie awx Indes 
eft prprque: un. metier pour gagner 

'iho ^iidpoi'dogme de ces Bra- 
tarns. \ detoir celui de> la metem- 
pfycofey adoptee depuis par Py- 
tbagorCy &; coaitee dQ ridicule par 
V^aucouptneitu^ desaocieas mccaphy^^ 
ficiens. ^i O 



BIT SiiciU D'AlLEkANDRE. '31^ 

> Bien des gens neanmoins pr^tenderit 
que de tousles fyftemes de raneierttie 
philofophie avanc la revelation, la m6« 
tempfycofe fed le plus raifbnnabte. Oe 
changement fecceffif des etres , c«etre 
revolution des ames qui les tratiC* 
porroit par degres d'un corps dans 
un autre , etoit fondee fur ce qiii 
fe pafle tous les jours fons tios yeuir. 
Un animal more fcrt i i'ac^roiire- 
menc d'un arbfet ret arbre nourric 
de fes fruits un autre animal, qui en 
ie ditruifant fervira de matiere a une 
^roduiSJon nouvelle. Si les parties 
d'un corps pouvoienr par une orga- 
Jiifation dilfcriente en com|)ofer «n 
•UKre., n^ poiivdit-Dn. pas fuppoftr 
aii(i| que Tame qtif avoic aniqi^ 1^ 
premier corps pouvoit mouvoir fe 
fecoiid ? 

. Ce fyfteine etoit d'uoe fimplicit^^ 
jd'tane fecondite , d'une conC^quence 
qui font tares daos les fyft^raes. Cat 
jil repondoit a tout. 11 juftifittk 1^ 
Providence des xn^lheurs , des &ccir 
dens , des defolations , qui trop fou- 
vent uoublent le nu)tide« Jt rdndoic 

Oiij 



5ift Hi $ T o X RK 

raifon des irregularices qui defignrenr 
ou les corps en particulier ^ ou le 
globe en general. Ce qui etoit bien, 
etoit la recompenfe dela vertu pra- 
tiquee dans une vie anterieure : le 
sial etoic la punicion du vice. 

II eft vrai qu'en foutenatic uri fifteme 

alors fi plaufible,Pythagore y joignoit 

,des fables abfurdes. II difoic au peuple 

. qu*il avoic une cuiiTe d'or. 11 afliiroic 

. a fes difciples que c'etoic un crime e- 

norme que de manger des feves ; il pre- 

tendoit que le nombre crois meri- 

.toic le plus grand refpeA ; que qua- 

tre etoic la perfedion de la nature^ 

& que fept renfermoic cous les dan- 

•gers poflibles. Mais ces folies ped 

phi^fophiques n'onc pas empeche 

que la metempfycofe ne fut un fi/1 

t^me bien imaging , agreable meme 

a foutenir , quoique pechanc par bien 

des endroits , comme cous les (If- 

cemes ^ ni que les Bramins qui Ta- 

vbient inventee ne puffent etre des 

gens tres-fages 'y & pleins de fa:- 

gacite. 

De la Metapbyfique avec un pea 



1)U SliCLE D'AlE3t ANDRE. J Ij 

de Geometric & beaucoup de Mo- 
rrale , etoient ce que les Orecs ap« 
• pelldient de la philofophie. Les ad- 
tres peuples n'avoient.fur ces pbjets 
que des id^es tres-confufes* On die 
ijue ce que les Grecs eii f^avoieht, 
ils le tenoienc^des Egyptiens. Mais 
-il ne paroit pas que ces maitres igno* 
;rans ayent ere jamais en etat d'en- 
. feigner perfonne. Un Grec nomme 
Thales, qui voyageoit chez eux pour 
s'inflruire , les furprit beaucoup en 
.leur faifanc voir qu'il en fjavoit plus 
iqu*eux. 11 leur apprit a mefurer les 
•bltimens elev^s par le moyen de 
Tombre. II fit fervir auffi I'ombre 
de la terre fur la Lune , a deinoii- 
trer la rondeiir de notre globe. II 
pretendoit que I'eau etoit le pre- 
mier principe de tout , & cette opi- 
nion , il pouvoit Tavoir re^ue des 
Egyptiens, chez qui les deborde- 
mens du Nil, & la fecondite des 
fables apres fa retraice , fervoit tous 
les ans a la confirmer. On a dit de 
lui qu'il pofledoit I'aflrologie judi- 
ciaire, & que pluGeurs de fes pre- 

O iv 



jio Hi ^T oiRK 

oidlons avoient reuffi. lis n'eo aa« 

roic pas ete . moins grand hpmxne 

3uand il n'auroit jamais rien pre- 
it. 
On conte bien d^dmtes m^rveilles 
d'un Scythe nomme Abaris qui par- 
courut tout le monde^ & qui voya- 
geoit en Tair affis fur un^bSton. Tha- 
les & lui furesit au nombre de ces 
fept Sages fi renommes , dont la (k^ 

fefle paroit avoir produit peu de 
ien aux h9mme5. Vn d*entr'eux 
nomme Solon , doima des loix a 
fa patrie ; mais un autre fage (e 
lendit le tyran de la fieone. llcoa* 
feilla a un de ks atnis^ qui-etott 
fage auiTi , de faire mout ir tous ies 
principaux citoyensde fa viHe, afin 
de regner en . repbs< Cette fagefie 
^toit crop fanguinaire. 

Le premier qulmontra inconce£- 
tablemen t de grandts veftus dans une 
vie privee , qui fe valoir ' tous Ies 
droits de la raifon ^ fans lui aprendre 
^ s*en-orgueiUir, ce fiit Socrate, II 
eft encor fameux aujourd/'luii par 
. fes maximes ^ par fes difciples., par ^i« 



1>U SIECIB: D'AxEXAliDRE. Iflt 

vie •& pdr fa man. II recommandoir 
b pratique de$ vertus ,V(5Tibli des in- 
jui*es ^ Jft moderktioa dans tes defirs ^^ 
liCgalite d'ame cpii peac feiile con-^ 
dtwre au ,bonheiit* II mohtra trop de- 
meprispour la phyfique, maisil etoic 
e^cufahle d^ dedaigner celle de fott 
tenfis. Il.ttieprifbit:enc0r plu^ les ri- 
ch^es : rr^aiail nc choquoic point lei^ 
ufegei -dei Ift fociecc. II fepcetoit aux' 
foibieflres'des hommbs^afiii de s'acque- 
rir le droit de tes corriger. 
i. Avecjdcs Inaximes fi eputeey, &' 
des moiurs.fi donices > il Tcmble qu'ill 
a'auroit point idA fe faire d'ennemirJ 
lienreut cependapti, & d'afiez violenf > 
ps>:ur lui alr^c&er kLyie «vec les ftjr-*> 
miiH tes de la pft'rce. L'arret qui le» 
ciji^damna a boire la cigueyefl une ter- 
rible preuve de Tingratitudedes pea- . 
pies, en vers ceux .qii'ofent fe charger: 
du penibleemploi de lesinflarqiTe & • 
dje les eclairer; Ce ti'eft feas te feul 
ionocent. qui art .fuccambe: fous les . 
manoeuvres de Tenvie. Une grande : 
reputation a fouvcnc caofe de grands 
mallieurs. u :.* . 

: 'Qt . , . 



jii HisToinff 

, La pofterite plus eqaicable a juX^ 
tifi^ Socrace des accufations qu'une 
r^ge envieufe lui a fufcitees: mais elle 
lui a tpujours fait deux reproches, qui 
p^rolflenc plus difficiles a decruire. 
L'un c'efl d'avoir abufede lacredu-^ 
lice des hommes pour leur perfua-- 
der qu'il avoic un genie familier v 
Taucre c'eft d'avoir eu pour Al- 
cibiade une foiblefle qui nVtoir 
furement pas dirigee par la vercu. 
Les f^avans one eerie avec dignite fur 
la nature du demon de Socrate. Les 
Flutarques > les Daders ont laborieu- 
fement compoie des .volumes fur une 
chimere dont on pouvbit rendre 
compte en deux mots. II falloit dire 
cpe le demon de Socrace ecoit de la 
xneme efpece que la belle Nymphe 
Egerie du Roi Numa, L'une & Tau- 
tre font le fruic d'une politique artifi- 
<ieufe , & de I'enyie d'en impofec aur 
honimes. Mais la Nymphe reuffic 
bien mieux a Numa , que le dempn k 
Socrate* 

. 11 aioMit lesfenames^pujfqu'il enr 
cpoufa deux a la fois. Ce gout done, 
lexces Jfeul eft blamable ^ femble le 



juftifier de Pautre gout dont on rac<» 
^ufe* Son amicie pour Alcibiade , que 
ce dernier meritoit par de grandes 
qualites , s'il en ecoic indigne par (es 
vices , la facilite qu'il y a toujours a 
cato mniei' un innocent , les mceurs 
de$ Grecs qui n'auroienc point fast un 
crime d'une paffion devenup com- 
mune, ont fait naitre & accredice de$ 
bruits peu honorables pour tous deux,. 
Mais puifque la realit^ eft loin encore 
d'en etre demontree^fauvons, s'il fe 
pent , la gloire du plus grand homme 
du paganrfme. Ne travaillons pas fur 
de fimples (bup^ons , a ilecrir fa 
memoire,qui doit etre cbere a ecus les 
amateurs de la vertu. 

De I'ecole de Socrate fortit un 
homme qui eut autant de reputation 
&, plus de bonheur que lui , le cele- 
bre Platon. Ne avec de grandes ri- 
cheffes, une figure feduifahte , & de 
la fenfibilite pour; les plaifirs , i\ ne 
fongea point a imiter Texemple dan* 
gereux de fon maitre* 11 ne s'apliqua 
pas a faciguer les hommes en leur re- 
commandant tr6p Texercice de l^ 
vertu. II avoit uoe imagination £h- 

Ovi 



}i4 Hrsi'oiK fr ' , 

condei il s'y livra -fofls'referve : f&f 
de ne point blefller par dei- ^bimercsr 
bien ecrites,nf la^lelicateflfe, ni Tor- 
gueil de fes conremporains , ii voulut 
les accou turner a regardcf coas (es ou* 
vragej , comme des allegories in-- 
genieafes : de peur de pafier pour 
avoir une doftrine fufpefte, il voulut 
paroitre n'avaiT point de fentittienj s 
lui, 14 ne fe faifoit aucunfcrupulede 
fe contredire , & pouvif qu'il ecrivit 
bien , ii s^em-baraffoit peu-cTcCTire? 
des cho fes con fi?qu en te5. 

Cette methods lai reuiRt. Ses on^ 
vrages parfenK* de fables amuffantds , 
one ieduic fon fiecle & la pofteritd. II 
eft vrai que les cenfeurs feveres j 
trouvent de grands d^fa^ts^ j mais lis 
n'ont point empeche que Ton neTa- 
pelat Ic divin rlaton ^ que fon ecole 
n'ait ete tres longtems^ flopflTante feus 
le nom d'Academie , & q^e les Chre- 
tiens meme ne lui ayent attribu^ la 
connoiffanGe de quelques verites im- 
portantes du cjiriftiapifme. II fe fi« 
comme bien d^autres ] un fyfteme for 
la formation & I'arrangemerc da 
XQonde. 11 admit un Etr« Supreme ^ 



l^rfait , & d^s eites, intermediaires 
ehtrerhomme &lui , qu'il apella de- 
mons cm getiies. Les genies a^ciien^ 
^te, fuivant lui,les createurs du motidi 
fous rinrpeftion de la Divinite, qui 
teuf en lajflbirentor fa condaite. 
< On a dfetendrf ftiis ^aifoh qu'orl fu? 
devoit tidee regue dans le' chrriftia-^ 
mffn^ dcs bons.& de$ mauvat^ Ahges.; 
Deffandes j^yancc contfe route vcrit^; 
que ce qu'on trouve fur ces htes fpi- 
Htueh dans l*Ancien & le NouveaU 
Teftamcnr, ne fiiffifoit pas pour eta- 
Wirlenr exiftence ; qu'ellen'a^c^bien 
/^connue , fcien decidee , que quartcf 
la PhilofophlePlatonicienne, adoptee 
par les premiers chr^tiens , eut fait 
tranfpfrer parmi leurs dogmes , quel- 
ques-runs des princrpes de fon auteur,? 
Mai^ cette errt^ur de Deflandes ^ n'efli 
I>as la feule on cet ecrivain foit tombe 
pendant fa vTe,& qu'il ait rachede 
t^parer a fa morv;. 

' Malgre I'idce qu'on a cotnmune- 
tnent de relaquence de Platon , & d^ 
lateaute de fon ftyle , il ne fauc pas 
^roire qtfil foit egalement foutehu. 
H fe permej fouvenr des fubcilitesri- 



^i6 Histoids 

dicules & des allegories rebutantts^ 
Far exemple, dans I'apologie de So-^ 
crate , morceau d'ailleurs touchaat ^ 
^ pleln de traits admirables , on eil 
fiirpris de trouver des chofes qui 1^ 
• deparent. Socrate en fe juflifiant no«; 
blement aux yeux des Athetviens , 
s'avife de dire que la bonte & rinfa- 
xnie vont beaucoup plus vice que la 
xnort : que lui qui eft vieux & pefant , 
la mort va I'attraper ; mais que pour 
fes adverfaires qui font robuftes Sc 
legers , leur partage fera d'etre iaifis 
par la bonce robutte & legere comme 
eux. II faur avouer que de pareilles 
biierflitesfbnt bien indignes d'un Phi- 
tofophe pret a quitter la vie , & qui 
fonge a laifler %n mourant un temoi- 
^nage de fon innocence 6c de fa gran*- 
deur d'ame. 

[ Si Platon fe,piqua d'etre agreable 
plus que profond , (on difciple AriT- 
toce affeda fouvent d'etre inintelligi- 
We. Peu d'Auteuf $ ont eu Tefprit plus 
|,tendu, &aucun n'atant ecrit ; mais 
dans cette immenfe quancite d'ouvras-* 
ces , il y en a tres-peu qui foient vrai- 
meat uciles* Sa Khecorique& Cx Po^ 



r>V SI&LE D'AlEXiNOUE, fzj 

cique font pleines de preceptes exceU 
lens ; mais on fgaic que ce ne font 
pas ies traites d*eloquence qui font 
les Orateurs^ ni Ies regies qui font Ies 
Foeces. Sa politique marque qv^'A 
avoit beaucoup It Sc beaucoup reHe- 
chi. II a donne un grand i:raice fur la 
Logique , dont on pent dire qu'il ett 
I'inventeur^ du moinsen tanc quecetpe 
fcience donne des regies pour per* 
fe&ionner le jugement : car c'eft tout 
ce qu'elle pent faire. Mais il manqua 
de la premiere qualice neceilaire a un 
Loeicien, de la clarte. Ses definitions 
ne tout celebres que par leur obfcurit^. 
Ses Cathegories font ridicules » &la 
plupart des regies qu'il donne pour ap<-' 
prendre aux hommes a bien raifon- 
ner^ ne roulant que fur les mots^ $c ^ 
non fur les chofes ^ ne font gueres ca- 
pables que d'oflfufquer le jugenient, 
& de retarder le progres de la raifon. 
Sa morale eft vraiment admirable, &, 
comme c'efl Tordinaire de tous les 
ouvrages , c'eft le moins connu. S% 
Phyfique aidee, dit-on^par les de-» 
penfes prodigieufes d'AIexandre fon 
cieve , eft tres imparfaite , parce 
^'elle eft fondee fur des rapports , 



pL%: Hist'omrf 

Strangers f & non pas fur Texperiencflv 

Cependant telle eft U force diy p:e*>. 
pigii (]uand il eft etu6 far I'ignorance^ 
que les ecrits d'AriftbcQ ont paSe 
longtems pour la plus parfidce pro- 
dudion de Pefprit hufoatn. On %ait 
avec quel defpotifme il a regoe dans 
bs ecoles jufqu'audrx^fepticme fiecle. 
On regard o(€ ^es opinions prefque 
Gomtne des articles de foi. £n.y^in. 
quelques refradaires albiedt de tetttts 
en terns s'elever contte mr culte. qui 
Jeur paroiflbit peu mjerite ; on kur 
impofoit bientot fildnce. II y a eu des^ 
tems oil Ariftote a pafle pour un faint ; i 
il.y en a eu d'autres au I'on bxtlloic: 
fesdivins ecrits :maisinal^re.lescon« 
tiadi&ioDS , il s'etabUt fi bien dans les 
ecoles^ qn'ii n'etoic plus permis d'a»^ 
peller de fes decifions* Son ancorsre: 
e^lipft)it touceis les i^utres y & Ton tf^it 
combien Defcarteseaca fouifirirquand 
ilofarattaquer. • ....;.: 

Ce qu'il y a de fingdiiet , c'eft que • 
cememe homme que. quelques^ uns 
des premiers chretiens de KEgliOi^ 
ont Toulu placer dans le osei ,\ 
ies compatriotes payens I'ont ^ccufij 
df Atheifme ^& pouncamble d'abfor^ 



dire , on iui a reprodie devoir bSett 
des facrifices a la femme. Tout cda 
erifemble prouve qn'il euc beaucoup 
d^'^nvieux pendant Ja vie , & beau*- 
coup d'admiratears apres fa mort. 

Ceux qui ont pretendu qu'Aiexan^ 
dre avoit ete empoifonne , ont accafiS 
Aridoce d'avoir eu part a la conrpi-* 
Tation 4ui lnj couta la vie. Heureuic^- 
menc pour Thonneur de la Philofo 
-phifi , cette accufation n*a point ere 
^rouvce, & an ne voit pasce qu*Arti^ 
tote auroit pfi gagner a la mort d'un 
Prince fon ileve , dont la reconnoiC- 
raac^ & la liberatice n'avoient point d^ 
liornes , & qui par fes vertus faifoit 
.^iaht d'bontwur a fon education. 
, Eatre Axiftote & Placon oft pent 
^placer un Jiomme qui ftit leur con^ 
rtemporaiti^ & quicomme eux fe fit 
im grand tiom , mats par des moyens 
bien differens. Ceft .ie fameux Diot 
^<ehe lecynique.'LesCyniques^toient 
.Hne efpecede Philofophes qui fediP- 
,tiiiguoient par un mepris outr^ des 
bienfeanoes, par une independanc^ 
generale de tous les devoirs de la fo^ 
jCiejDe ,. .par une renoaciaiion abfoliMk 



I Jo Hi «* O I Rfi 

a toute propriete. Leurs pfincipcfs 
font a pea presles memesqa^ fuivenc 
Ics Faquirs & lesDerviches en Afie, 
& d*imt;res focieces en plufieurs pays. 
C^r rhidoire nous aprend que les. 
xnemes travers fe font reproduits fuc- 
ceflivement cbez differens peuples. 

Tels qu'ctoient les Cyniques , il eft 
^tonnant qu'on ait pA fe refoudre a 
les fouffrir , & meme que leur feAe 
ait pfli durer un certain terns. Ce- 
toient les plus infolens & les plus fai«- 
neans des hommes. Des-lors ils al- 
loient direftement contre Tinftitii- 
tion de la foci^te , qui ne peut fe fou^ 
tenir que par le travail & la cotnplai- 
fancereciproquede fes membres. Da 
refte en ne faifant rien pour le public, 
ils lui demandoient peu de chofe. lis 
meprifoient les richeffes , les plai(irs : 
une liber te entiere faifoit leur gloire 
& leur bonheur, 

Diogene fur un des plus celebres 
d'entre eux , .parce qu'il outroit leurs 
bonnes & leiirs mauvaifes qualites. On 
ffait qu'il n'faabitoit point ailleurs- 
que dans une efpece de tonneau. Oi| 
4ait aufli qu* Alexandre ajranc eu 1^ 



©U SIlSCLE D'AlfiXANDRE. JJT 

f uriofite de le voir ^ lui demanda s'il 
defiroit dc lui quelque chofe. Oui 
r^pondit le Cynique, c'eft que tu c'oces 
un peu de mon foleil Tant d'orgueil 
dans le fond de fon tonneau peut-il 
pafler pour de la veritable grandeur ? 
Diogene eroit d'ailleurs un homme 
de beaucoup d'efprit. Sa hardieffe que 
rien n'arretoit, lui donnoit encore le 
ihoyen d'en faire paroitre darantage, 
Tous les autres phjlofophes le redou-' 
toient. Platon dans fes lemons definif^ 
foic rhomme, un animal a deux pieds 
fans plumes. Diogene prit un coq , le 
pluma, le porta a Tecolede Platon, & 
ditaux diiciples du philofophe, VoiU 
Iliomme de votre maitrc. Cette plai* 
fenterie fit changer la definition. 
' Une autrefois rlaton eut fa revan- 
che. Sa maifohctoit tresbien meublee, 
& fuivant Tufage les planchers etoienc 
converts de tapis. Le Cynique y en- 
tra un jour pieds nuds , Sc dit en mar- 
chant furee tapis , Je fouleaux piierds 
la vanite de Platen, Oui , repondit 
celui ci , mais c'eft par une autre va- 
nite. En effet il y a peut-etre encore 
plus d'orgueil a affeaer ainfi de mS- 



jji . Has TO I a« 

prifer tout ce <{\iq les aucres homr 
xnes recherchent Sceftiment , qu'ilrfy 
a de molleilc a s'en iemr avec mo- 
deration. 

II eft fingulier que cet efpric de 
reforme auftere , ce gout de rigorii^ 
me qui femble le plus grand enne^ 
mi du luxe 9 fe foit toujours produif 
Sc foutenu avec lui. Cecte fe^e faic^ 
pour le combattre, ndquit en Gtec^ 
auilirot apres la defaite des Perfes^ 
quand ropulence introduite chezlef 
vidlorieux kur euc aprisafaireufage 
d'un fuperfla qui aniionce toujours 
le luxe & Tes ravage«« £lle paJ3a k 
Rome avec les arts des Grecs yain? 
bus. Tandis que des homtnies de cett9 
nation employoient toute U vivaciw 
de leur efprit pour rcveiller par .des 
rafinemens finguliers Je gout dedat-x 
jgneux & fatigue de leurs vainqueurs , 
queiques uns d^ leurs xrompatriot^^ 
attaquoient hautement la corruptipi) 
commune , dont le principe etoit for* 
ti deleur pays, DesGrecsenfeignoiea^ 
aux Romains les dernieres reffi)urc«f 
de la volupte , trop fouvenc memo 
jTes dernjers excesj^ d'aucres.Grecs 



tes exhtorcoient a marcher nuds pieds , 
aboire dans le creux de leurs mains, 
pour evkef teute fuperflaitc. 

De nos jours meme oil rorrne fyau* 
ft>it fe diffimuler que ce monflre de-, 
w>rant qu'o» appelle le luxe , a fe- 
dutc , infeJl^ prefque tousles ordres 
de TErae , on a vu dts hommes-qui 
fans adopter, h, fajon de vivre crop' 
cknred^s anciens Cyniques , n'ont pas' 
l*iflS d'e rappefler plufiears de feurs 
maximes. €fa fe tromperort fi Fon 
prenoit ceete conduite pour une m- 
ConC^quence , (i Von crayoit qu^elle ' 
xrfentre pas dans la conftitunon du! 
cioeur homam. On ff.att que lien ne 
le chatouiUe davanrage que la repu- 
tation. H facrifie tout poor en acquerin 
Or c'eft prefque tou jours un moyen- 
for pour y parvenir que de paroitre 
la mepfiier, furtout quanxt il eft pof- 
fibl'e de heurter les fentimens com- 
muns , St de paroitre lutter ayec cou- 
rage contre les pr^uges de la. multi- 
tude, Cet air de grandeur d'ame qui 
tfeft au ^nds qu'un piege imagine . 
pour trompcr les hommes , a tou- 
j^urs fairimpreffion fur eux. lis one 



?. 



J34 HiSTOIRK 

jprodigue dcs refpeds a des ambitieui: 
qu'ii auroit fallo laifler dans le plus 
profond oubli ^ pour obeir a leurs pro-* 
pres maximes^ 

Dans les ecats pauvres , ovt- toas 
les cicoyens font fag^s & moderes j 
il n'y a aucun merice a T^tre : car on 
eft comme tout le mond.e« Ob no 
doit done avoir ni Cyniques ^ ni rien 
qui leur reflfembie , chez ces peupies 
jui ne connoiflcnt pas Topulence & 
!c$ defordres, Mais par-tout ou Ton 
yoit naitre ce luxe dclicat , cettq 
cprruption polie qui eft la fqite des 
richefles , & qui en pervertit Tufage, 
il eftnaturel de voir eclore aufli des 
eXprits outres qui affedent de la dedai- 
gner. Il eft bien plus facile de paroitre 
pauvre & modere^ que de fe diftin^ 
guer par ces plaifirs ruineux- qui flac-^ 
tent rorgueil,& font peut-etre le tour- 
xnent des riches. On ne doit jdonc pas 
6tre furpris de retrouver toujqurs a 
cote du luxe une philofopbie qui en 
paroit fi eloignee. Diogene marcban^ 
fans fouliersj 5c n'ayant pour tout 
bien que fa beface & fon baton , ne 
inerice pa$ plu^ d'eloges que Platoa 



DU siictu d'Alexandrk. 5J5 
& tant d'autres qui fans fe donner tanc 
de peines , etoient egalement parve- 
nus a fe rendre fameux. 

Si le premier n*avoit fait que blA- 
xner les riches , & confoier les pau- 
VXGS par fon ^x(5mple , on n'auroic 
pas pu s'en piaindre ; mais il ne ref-* 
pedoit rien , & fa philofophie n'^toit 
tonne que dans une Republique. 

Gelle d'Epicure etoit plus com- 
tnode & moms revoltance. II enfei- 
g4ioit a fe conformer en tout aux 
ufages refus , a faire fur-tout grand 
cas de la tranquillice 3 a ne jamais 
choquer Tamour propre des liom-? 
xnes , & a difputer avec faoderation. 
11 faut avouer que jufquesia fa phi- 
loTophie etoit fage j mais il s'eft perdu 
comme les antres dans tes abimes d^ 
la phyfique fyfteniatique. II attri- 
buoit la formation du monde & de 
tout ce qu'il renfermie , au hazard, 11 
fuppofoit une infinite d'atomes tour- 
nant eternellement dans le vuide , & 
s'attachant Tun a Tautre par une de 
leurs pointes xjui portoient un cro- 
chet. Comme le mouvement rapide 
de ces atomes devoit les empfftec' 



^^S H I Sf 6l RE 

. ep ligne droite ^ & qu'alors its au^' 
roienc pii fe rencontrer , U faiiuc teur 
donner une petite declieaifon a droite 
QU a gauche^ & avec cetcecoTredicin, 
Epicure precendoit expUquer dair&-' 
x»enc comment le fobil , les etoiles ^ ' 
rjiomme, riinivers>avoieiiit cce for- 
mes par la# rencontre des atoohes cro- 
chus. 
^ C'eft le meroe fyfteme qui a-de- 

}mis eie foueenii & refbrmr par Ga^ * 
endi y qui vouloic Foppofer aux tour- 
I)illonfi & au.' ptein» de . Defirartes ; 
mais tes atome^ iSc \6% tourbillons ofit 
e^lempnc difpaxu. Du fyfleme d'E* 
picure f il n'e^ refle i|ue le vuide 
djbnc Newton a d^moncce i'exiftence 
& la n^cfljte. 

, Dans la fuite des tefns on a trop 
atmfe de quelqties expi^eflSons d^Epi*- 
cure pour donnef a, h. ^iorophieun 
ah odieux. II defendpit ^ fes difin- 
pies de crop recheil'chec les grands 
emplois & les places brillantes ; il 
leur recomnutndoic le repos & le 
c^me des pa(Ik)ns{» Cet etat qui. eft. 
en eiTec la me Aire de boiifaeiir a.la^> 
cyielip I'l^o^npn^v peiit.. jfe. flaxterjdei 

parvenir 



bXT $IECIE ^'AlBXANDRE. 357 

parvenir , il rappelloit la fouveraine 
voluptc. On a pretendu qu'il prechoit 
Pindolence & raxnour des plaifirsf ; 
que fon principe etoit que pour etre 
heureux , on devoit fe livrer fans re- 
ferve a tous Ics oenchans de la nature. 
Ces idees injuftes ont preralu. 11 a 
fallu que dans la fuite des fiecles , tous 
ceux qui fe pretoient trop a la feduc^ 
tion des fens , Sc qui en cherchact des 
plaifirs deregles , combattoient le 
premier principe d'Epicure^ ayent et6 
appelles Epicuriens. 
S'il y a de Tinjuftice a accufer ce Plii- 
lofophe d'une morale trop relachee^il 
n'y en auroit peut-etre pas a reprocher 
aux Stoiciens une morale trop fe- 
vere. Ce que notre religion a de plus 
rigoureux , les principes qui cho- 
quent le plus la nature , en s'oppo- 
ianc a.fes paifions , etoient connus ^ 
xnis en pratique par eux. Une rertu 
rigide ^ une fermete inflexible dans 
tous les evenemens de la vie , etoienc 
fur -tout ce qui les caraderifoit ; ils.fe 
fiquoient de dompter toutes les fbi- 
olefles de Thumanite ^ & ce qui paroi^^ 
tra peut-etre plus furprenant^ c'efl que 



de tant d'effbrri > ils n'attendoieht 
d'autre tecompeftfe que k plaifir d6 
les avoir fait5. Ils aimoient la vertu 
pour elle-meme , & croyant leur fage 
en itat de fe pafler du fecours des 
Dieuxj ils faifoient le bien fans crain- 
te du cote des hommes , & fans et 
perance du cote du Ciel. lis n'admet- 
-toient d'autre mal que le crime , & 
d'iaure bien que la yertu ; lis pla- 
5oient au meme rang la .p^ine & le 
plaiiir 9 k joie & la douleur , & prc- 
tendoient que le bonheur d'un coear 
droit, d*une ame vertueufe devoir dtre 
inalterable. Cette fefteorgueilleufe, 
qui ne paroilToit pasfatte pour deshom- 
mes , eut poOrtant beaucoupde parti- 
Ikns. EUe brilialongtemsau miheude 
la licence payenne , 8c ne c6da enfin 
qu'au ChrriHaiiifine , . qui aux menits 
exemples de v^rtu , joignit des mo- 
tifs plui raifonnablesj plus confolah$ 
icplust^tains. ' ' ' 

JLes ecolts fondS^s pat ces &znA$ 
honimes tie "fptfetit pas 1*y letles ; 
.ttiais ce ftrtrettt ItJs J)tin.c¥pdes. De 
celles-U il s*fett%rm^ beaucoup d*au- 
vtes , cStottic au pietl 4l*im ttbiie vi- 



DXX SIECIJS dA'IKXANDRE. J3f 

goureux , on voit s'elever plufieurj 
ycjectons- EIIqs fe difperftrent en 
differentes concrees , & y porterenc 
la gloire de celles qui les ayoient pro- 
duites. 

II ne faut pas croire qu'elles eurent 
ainfi la liberte de s*ctendre fans ef- 
jfuyer bien des traverfes. EUes en- 
:(eignoient beaucoup d erreurs , & 
cependanc on les perfecuta , comme 
{i elles n'avoient enfeigne que des 
verites. Dans tous les cems , les horn- 
xaes fe font fait un devoir de s'oppo^- 
fer avec acharnement aux progres de 
la raifon. 11 en cofita la vie a Socrate* 
Arirtote craignit la meme injullice ; 
on travailloic deja a fon proces dam 
|a ville d'Athenes quand il en fortic , 
pour cpargner ^ difoit-il , un fecond 
affront a la Philofophie. Ceft qu'il 
tonnoiflbit le peuple , aux yeux du- 
quel une vertu eclatante eft prefque 
toujours un crime. 

On a jpu voir par le peu qui s'en 
trouv« ici, que la Morale, la Mctaphy- 
iique etoient ce que les ecoles Grec- 
ques avoienc le plus aprofondi. Le 
iems n'ecoic pas encore venu , ou U 

Pi) 



JAO HiSTOIRK 

veritable pliyfique devoit developer 
les fecrets de la nature. Avant que 
d'arriver a la verite , il falloit epui-- 
fer une partie des erreurs qui la cou- 
vrent. La morale qui eft un frein n6- 
cellaire aux pafTions , etanc plus fa« 
cile & plus intereffante , fuc plutoc 
perfeftionnee. La Metaphyfique qui 
embraflfe des ob}ets crop au deflus de 
rhomme , produifit beaucoup de fi« 
flemes , des idees ou ridicules , ourcouc 
au plus un peu probables , 5c point 
de luinieres. Tous ceux qui one ofe y 
penetrer , fe font egares : c'eft la de- 
llinee commune a tous les anciens & 
a beaucoup de modernes. La Geo- 
metrie fit de grands progres. Des phi- 
lofophes Grecs firent dans cette par- 
cie des Mathematiques des decouver- 
tes admirables j mais non pas telles 
que celles qui ont eclaire le dix-fep-* 
tieme fiecle. Le commerce , la navi-* 
gacion , s'en reflencirent. Tous les 
arts s^en aiderent , & par une fuc- 
cefTion infenfible , le monde entier en 
profita. Quoiqu'a biea des egards , il 
fut encore dans une efpece d'enfance ^ 
jl n'en eft pas moins vrai que le fiecle 



uiy siEcii d*Albxandiie. '541 
-d' Alexandre eft & fera toujours une 
cpoque glorieufe pour Thum^nite. 

Si les hommes qui Tont illuftre 
fe font livres a des erreurs peu par- ' 
donnables ^ ces memes erreurs au- 
roient pu devenir utiles a leur pofte- 
rite , en lui aprcnant a s'en prefer- 
ver. Mais eile eut le maiheur de les 
adorer trop longtems , parce que ce 
qui eft ancien a toujours eu le pri- 
vilege de feduire les hommes , & que 
des exemples meme defedueax ont 
eu rarement le pouvoir de les inf- 
truirc. 

FIN. 






860563 



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